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Interview de David Gaud : Gérant, Zone Asie hors Japon au sein de Edmond de Rothschild Asset Management

David Gaud

Gérant, Zone Asie hors Japon au sein de Edmond de Rothschild Asset Management

La Chine prend son rôle mondial à coeur pour ne pas contribuer au gonflement de bulles et ne pas exacerber l'inflation

Publié le 04 Septembre 2012

Quel regard portez-vous sur le ralentissement de l’économie chinoise ?
Les chiffres du mois de juillet et les premières estimations du mois d’août, font état d’une poursuite d’un ralentissement initié au premier trimestre 2010.
La croissance de PIB au troisième trimestre devrait être au mieux en ligne avec le deuxième trimestre, nous sommes proches d'un plancher.

Quelle est votre vision des différentes composantes de la croissance : exportations, consommation, investissement ?
Nous continuons à observer une dégradation forte du volume des exportations en raison du contexte global-un affaiblissement de la demande de l’Europe, une fragilisation de la demande des Etats-Unis, une modération de la demande de l’Asie.
La consommation domestique, si elle continue de croître, le fait moins fortement que l’année dernière. Cette composante n’est pas a même, de par sa taille encore insuffisante, à faire rebondir ce PIB de manière importante.

C'est du coté des investissements que cela va encore une fois se jouer. Pour le moment les signes d’améliorations sont limités et l’impact des mesures annoncées depuis avril n’est pas encore très net.

Pour certains, une partie de ce ralentissement est voulue par les autorités ?

Il y a clairement une volonté d’éviter la surchauffe et en cela de contenir le niveau de croissance par rapport à ces dix dernières années.
Le gouvernement ne veut pas réitérer le déploiement d’un modèle basé sur un investissement massif tout azimut. Un certain nombre des investissements effectués par le passé n’ont pas été rentables. De nombreux projets d’infrastructures ont été conduits à leur terme alors qu’ils n’étaient pas économiquement viables.

C’est en cela que les autorités ont revu à la baisse leur objectif de croissance à 7,5%. Ceci étant, 7,5% de croissance n’est pas un objectif intangible poursuivi par Pékin. Le gouvernement recherche avant tout une meilleure harmonie sociale. En cela l’état du marché de l’emploi constitue un paramètre essentiel. Si ce marché venait à se détériorer, des actions seraient menées.

On l’aura compris. La décélération est un élément inhérent au processus de réformes destiné à équilibrer la croissance chinoise entre investissement, exportations et consommation. Cependant, cette décélération voulue initialement par les autorités n’échappe-t-elle à leur contrôle ?

Sur le plan de la consommation, la Chine est plutôt libérale. Il est normal que dans le contexte actuel, nous ayons des chiffres, concernant la consommation de base et la consommation discrétionnaire, qui soient moins impressionnants. Par le passé, le rythme de croissance très élevé était lié à une augmentation considérable des salaires en termes réels. Cette hausse salariale s’atténue ce qui est une bonne nouvelle pour les profits des sociétés. Les marges de ces sociétés ont été pénalisées ces dernières années par ces hausses de cout du travail.

La Chine a peu de moyens de stimuler ses exportations, hors une limitation de l'appréciation du Yuan. L’importance de ces derniers est surtout dépendante de la macroéconomie globale.

Aussi, ce sera surtout la composante des investissements que pourra intervenir la Chine. L’ampleur de cette intervention et les modalités de ces interventions sont critiques. Là-dessus la Chine veut évoluer eu égard aux segments investis.
Elle veut passer des traditionnels projets d’autoroutes, aéroports, et biens immobiliers, des investissements gourmands en capital et désormais faibles en termes de retour économique, vers des projets de traitement des eaux, de traitement des déchets, de sécurité sur les systèmes ferroviaires ou sur l'aéronautique par exemple- des projets à plus forte valeur ajoutée qui ont davantage vocation à contribuer à l’amélioration économique.
Même si les moyens financiers sont disponibles, ces investissements ne peuvent pas être décrétés du jour au lendemain. Les travaux doivent être effectués par des entreprises ayant les compétences et la technologie requises pour limiter les risques d’exécution. C’est ce qui donne cette phase de décélération plus prononcée que prévu.

Le ralentissement est d’autant plus accentué par le contexte politique actuel du pays ?
En effet, le contexte politique est également quelque peu délicat. Le pouvoir doit être transféré d’ici la fin de l’année. Le nouveau bureau doit être officiellement mis en place en mars 2013. D’un bureau de neuf personnes, nous devrions revenir à un bureau de sept. Chaque période de renouvellement du bureau politique permanent coïncide avec un certain gel dans les décisions de réformes. Il est cependant intéressant de noter que les reformes des marches de capitaux chinois et son ouverture aux investisseurs étrangers n'ont pas ralenti.

Le marché s’attend à un statu quo du côté de la Banque centrale de Chine. Qu’en pensez-vous ?
Une politique monétaire trop agressive a créée des déséquilibres. S’empêcher d’utiliser trop facilement et trop rapidement le levier monétaire n’est pas une mauvaise chose.
De plus, l’on n’observe pas actuellement de souci de liquidité a proprement parler en Chine comme en 2008.
La demande de crédits est faible car les investissements sont au ralenti. Les entreprises chinoises veulent avoir plus de clarté sur les grandes orientations définies avant de prendre plus de risques et de demander de nouveaux prêts à leurs banquiers.
Une fois le redéploiement des investissements effectués, nous devions voir un cycle de crédits plus fiable. Il fera alors sens pour la Banque centrale d’intervenir.
En attendant, une baisse de 2 à 3% du taux de réserves obligatoires pourrait se faire mais elle n’aurait pas d’effet massif sur PIB mais serait positif en termes de sentiment.

Non seulement l’outil monétaire aidera de manière marginale mais en plus il implique un risque non négligeable de faire remonter l’inflation…

Si l’inflation a baissé, elle demeure un niveau encore relativement élevé. Si la croissance remontait brusquement l’inflation pourrait se retrouver entre 4 et 6%.
La Banque centrale, la PBOc, est en outre très prudente avec ce qui se passe en Europe et aux Etats-Unis.
Si la BCE commence à se comporter comme la Fed aux Etats-Unis et que l’on commence à voir un processus de rachat massif des titres de dette sur le Vieux continent, une partie de la liquidité pourrait créer des bulles et venir en Asie. Une détente monétaire se dessinerait alors sans que la Banque centrale de Chine ait à assouplir sa propre politique. Pour ne pas contribuer au gonflement de bulles et ne pas exacerber l’inflation, la Banque centrale préférera éviter d’agir. De ce point de vue, la Chine prend son rôle mondial à cœur.

Au-delà des mesures budgétaires, des mesures fiscales devraient être prises. En particulier un allégement de la fiscalité pour les sociétés exportatrices pourrait bien être décidé prochainement ?
L’imposition est un facteur important que le gouvernement envisage d’utiliser. Il faudra y être très attentif. Certains secteurs vont bénéficier d’un soutien important pour se développer et pouvoir investir dans leur capacité.

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Propos recueillis par Imen Hazgui