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Interview de Olivier  Potellet  : Président-directeur général de la société Legal & General France

Olivier Potellet

Président-directeur général de la société Legal & General France

En 2013, le gouvernement Hollande reviendra à coup sûr sur certaines de ses mesures fiscales

Publié le 08 Octobre 2012

Quel regard portez-vous sur les réformes envisagées par l’actuel gouvernement eu égard à la fiscalité du patrimoine ?
Nous pouvons déplorer le choix plus politique qu’économique de préférer mettre l’accent sur une augmentation des charges fiscales plutôt que sur une diminution des dépenses publiques.
Nous pouvons également regretter l’alignement des revenus de capital sur les revenus du travail. Si cela peut paraitre égalitaire, il se cache derrière cet alignement une remise en cause de l’investissement dans les entreprises françaises, en particulier les PME, et donc une mise à mal de l’emploi de demain.
De plus, si la simplification de la fiscalité des niches fiscales, par une harmonisation du plafond à 10 000 euros nous parait être une bonne chose, pour autant, il est critiquable de ne pas voir sauvegardées dans les exceptions l’emploi à domicile, la retraite et les PME. Au lieu de cela, nous avons un traitement de faveur pour le Malraux, les monuments historiques, les Dom-Tom, ce qui est difficilement compréhensible.

La tranche d’impôt à 45% a en revanche du sens. Les Britanniques qui sont plus libéraux que nous ont défini une tranche à 50%.

Pensez-vous qu’il soit encore possible de procéder à une bonne optimisation fiscale...

Le PEA, le PERP, l’assurance vie ont pour le moment été épargnés. Il est encore possible de faire des donations même si le plafond est passé de 259 000 euros à 100 000 euros. Le donateur est alors moins lourdement taxé le donataire. De l’optimisation fiscale est donc encore réalisable.
Il faut cependant que les conseillers en gestion de patrimoine aient une gamme de produits très étendue pour pouvoir jongler. A ce jour, en général, les conseillers se sont spécialisés dans un ou deux domaines. Il faut qu’ils gagnent en nouvelles expertises de manière à orienter au mieux leurs clients vers les produits qui répondront à leurs besoins.

Quels sont les principaux produits d’épargne à utiliser dans le cadre de cette optimisation fiscale ?
Il faut un peu d’assurance vie en maitrisant la donation, un PEA, un PERP pour les salariés.
Il faut enfin avoir accès à une gamme immobilière telle que des SCPI pour se protéger de l’inflation ou des fluctuations boursières.

Quels sont les actifs qui ressortent perdants des mesures énoncées ou envisagées par le gouvernement ?

Les actions. Toux ceux qui toucheront des dividendes ou une plus value sur les actions seront affectés. La transmission d’entreprises se voit également compromise avec une imposition à 75% + 15% de CSG.

Y a-t-il des moyens d’atténuer la fiscalité qui affecte ces deux actifs ?
Investir dans les actions à travers des contrats de PEA ou d’assurance vie qui ne prévoient pas de distribution des revenus.

Quels vous semblent être les dommages collatéraux les plus importants à l’issue de l’adoption de ces mesures ?

A mon sens, l’épargne de précaution des Français a vocation à progresser afin d’anticiper la fiscalité future. Aujourd’hui le taux est à 17%, soit le double du taux au Royaume-Uni. Il n’est pas impossible qu’il s’élève à 19%.
La fuite des grandes fortunes ne concerne qu’une minorité de gens. Les ménages français aisés qui sont restés ne sont pas suffisamment riches pour partir.
Le climat économique devrait, quant à lui, se dégrader. L’aversion pour l’investissement en France devrait inévitablement s’accentuer. L’ampleur des dégâts liés à cette aversion n’est pas chiffrable pour le moment. La consommation des ménages devrait en outre s’amoindrir.

Selon vous, les autorités n’ont pas conscience de ces dommages ?

Par ces mesures, les autorités témoignent d’une méconnaissance concrète de la réalité du monde. Beaucoup de nos responsables viennent d’écoles franco-françaises et n’ont pas de vision internationale.

Vous vous attendez à ce que le gouvernement revienne sur certaines de ces mesures en 2013 ?

Effectivement. Selon moi la situation ne pourra pas perdurer. Des exceptions devront être établies. Pour ce qui est de la transmission d’entreprises, des exceptions d’entreprises devront être conçues auquel cas toutes les transmissions d’entreprises dans l’Hexagone seront bloquées.
Le gouvernement devra aussi réduire la charge du prélèvement obligatoire, réduire le nombre de fonctionnaires pour élargir la marge de manœuvre. Le saut périlleux arrière sera compliqué à faire car cela amènera le gouvernement à se contredire mais il sera inévitable. Le gouvernement est allé trop loin et n’aura d’autre choix que de changer son fusil d’épaule.

Quelle forme devront prendre ces exceptions ?

Ces exceptions pourraient être prévues par secteur ou par taille d’entreprises. Nous pourrions imaginer une fiscalité avantageuse pour les PEA dédiés aux PME créatrices d’emplois. Actuellement, dans les PEA nous avons essentiellement des actions des grandes sociétés.
Une fiscalité favorable pourrait aussi concerner des pans stratégiques de l’économie. Les revenus de capital générés par un investissement dans ces secteurs seraient moins lourdement taxés de manière à renforcer leur compétitivité.
La fiscalité serait alors mise au service d’un projet économique et ne servirait pas uniquement à répondre à l’impératif de redistribution.
Pour ce qui est des niches fiscales, le gouvernement devrait revenir sur l’exception liée aux services à la personne.

Vous anticipez le point de rebroussement en 2013 ?
Oui. L’absence de croissance va creuser le déficit. La bouffée d’oxygène ne pourra provenir que d’une réduction de la fiscalité.

Propos recueillis par Imen Hazgui