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Interview de Stéphane Grégoir : Directeur du pôle de recherche en économie, EDHEC

Stéphane Grégoir

Directeur du pôle de recherche en économie, EDHEC

Pour gagner en compétitivité, il faut réformer le marché du travail

Publié le 12 Novembre 2012

Le rapport Gallois remis début novembre au Premier ministre dresse un constat sombre de l’état de l’industrie française, parlant de « décrochage ». Quelle est votre analyse ?

Nous partageons le constat du rapport Gallois. Au cours des dix dernières années, l’augmentation du coût du travail a été nettement plus rapide en France que dans la plupart des pays européens. Le Smic horaire a progressé de 46% entre 2000 et 2012, alors que l’inflation, mesurée par l’indice des prix à la consommation, n’a été que de 23%.
Résultat : les entreprises exportatrices ont dû baisser leurs marges pour rester compétitives. Le taux de marge dans le secteur industriel tourne aujourd’hui autour de 20%, ce qui ne permet pas aux entreprises d’investir. Si rien n’est fait, il y a un risque de fragilisation supplémentaire du tissu industriel français au cours des prochaines années. Les pays d’Europe du Sud (Espagne, Italie, Portugal) ont déjà mis en œuvre la baisse du coût du travail : ils voient aujourd’hui leur balance commerciale s’améliorer et leurs entreprises concurrencer directement les entreprises françaises.

Les mesures annoncées par le gouvernement – baisse des charges de 20 milliards d’euros sous forme de crédit d’impôt aux entreprises, hausse de la TVA …- vous semblent-elle appropriées ?

Ces mesures ne sont pas de nature à provoquer le « choc de compétitivité » tant attendu. La baisse du coût du travail annoncée par le gouvernement n’a pas l’ampleur de celle préconisée par le rapport Gallois, ni de celle pratiquée par d’autres pays européens. Concrètement, on va baisser coût du Smic de 6%, ce qui va profiter aux entreprises de services plutôt qu’aux entreprises industrielles, où les niveaux de salaires sont plus élevés. Le gouvernement a en effet choisi de cibler les allègements de charges sur les petits salaires (entre 1 et 2,5 fois le Smic), alors que le rapport Gallois voulait baisser les cotisations sur tous les salaires jusqu’à 3,5 fois le Smic.

D’autre part, cette baisse des charges va être financée par une hausse de la TVA et par une baisse des dépenses publiques. Cela risque d’accentuer le choc récessif induit par les hausses des prélèvements décidées à l’automne. Au final, le bénéfice pour les entreprises est difficile à évaluer. D'autres mesures doivent être prises.


Que préconisez-vous ? 


La compétitivité d’une économie passe aussi par un ensemble de facteurs structurels sur lesquels l’Etat doit agir et qui ont un impact sur les coûts des entreprises industrielles, sans pour autant entraîner de hausses d'impôts. Par exemple, l’introduction de plus de concurrence sur un certain nombre de marchés ou de professions réglementés dans les services, permettent de réduire les coûts supportés par les entreprises industrielles qui achètent ces services, et favorisent dans le même temps la création d’entreprises et d’emplois.

D’autre part, il est nécessaire de réformer le marché du travail, en introduisant «des souplesses nouvelles qui doivent trouver des contreparties dans la limitation du recours aux contrats les moins protecteurs» évoquée dans le rapport Gallois. L'EDHEC a fait une proposition de contrat de travail unique, sécurisant juridiquement pour l’entreprise, et associé à un degré de protection des emplois suffisamment modéré pour faciliter l’insertion des jeunes. Les évaluations menées mettent notamment en évidence des gains supérieurs à 5 points d’emploi pour les moins de 25 ans.

On peut ajouter à ces mesures la stabilité fiscale, qui est un élément essentiel pour permettre aux entreprises d’investir. Dans ce domaine, les signes donnés par le gouvernement sont plutôt encourageants.

Propos recueillis par François Schott