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Interview de Vincent Battle : Responsable de l'activité Reorganisation Services chez Deloitte

Vincent Battle

Responsable de l'activité Reorganisation Services chez Deloitte

Nous ne prévoyons pas de baisse significative du nombre de défaillances d'entreprises cette année

Publié le 02 Avril 2013

Dans votre dernière étude sur les défaillances d’entreprises en France (Deloitte/Altares, mars 2013) vous signalez une accélération des procédures ces derniers mois. Quels sont les chiffres ?

Le nombre de défaillances d’entreprises (redressement et liquidations judiciaires) a augmenté de 3% en 2012, avec environ 59 800 procédures ouvertes. Cela représente un taux de sinistralité de 2% des entreprises françaises. La hausse a été particulièrement marquée en fin d’année avec une augmentation de 13% du nombre total de procédures ouvertes par rapport à la même période de 2011 et notamment des entreprises de plus de 50 salariés. Cela s’explique par une nouvelle dégradation de l’environnement économique au second semestre et traduit l’état de vulnérabilité des entreprises françaises après quatre ans de crise. Même si nous constatons une baisse de 2% du nombre total de défaillances sur deux premiers mois de 2013, le nombre de procédures concernant des entreprises de plus de 100 salariés est, lui, en hausse de 8%.

A quoi doit-on s’attendre en 2013 ?

Il est difficile de prévoir le nombre de défaillances. Depuis quatre ans, on tourne autour d’une moyenne annuelle de 60 000 défaillances, alors que ce chiffre était plutôt de 50 000 avant la crise. Compte tenu du cumul des disparitions d’entreprises ces dernières années, la statistique va finir par s’améliorer. Il se peut qu’il y ait 500 ou 1000 défaillances de moins cette année, mais nous ne prévoyons pas de baisse significative. Nous ne prévoyons pas non plus de hausse trop importante. Le record de 62 000 défaillances atteint en 2009 ne devrait pas se répéter.
Il faut par ailleurs souligner que cette statistique est très influencée par les petites entreprises. Sur les 59 800 procédures ouvertes l’année dernière, 57 900 concernent des sociétés qui font moins de 2 millions d’euros de chiffre d’affaires. Il y a beaucoup d’artisans, de commerçants, dont il est très difficile de connaître la situation.

Y-a-t-il, malgré tout, des raisons d’espérer ?


Oui. Les entreprises sont aujourd’hui beaucoup plus attentives à la gestion de leur trésorerie et ont entamé leur adaptation au nouvel environnement économique ainsi qu’aux nouvelles habitudes de consommation (e-commerce, drive, etc). Pour celles qui sauront conduire ce changement et adapter leurs produits et services à un monde nouveau (et pour celles qui auront les moyens de financer cette transformation), l’avenir est porteur d’espoir. En revanche, les entreprises qui se bornent à attendre une reprise de la croissance sans remettre en cause leur modèle économique risquent de continuer à souffrir. L’internationalisation et l’innovation sont deux facteurs clés du succès aujourd’hui et certaines entreprises qui ont su diversifier leurs marchés ont retrouvé un niveau d’activité supérieur à celui de 2008. Face à une demande mondiale qui continue de progresser, les dépenses en recherche et innovation restent à un niveau élevé en France (2,2% du PIB en 2010) et on assiste prise de conscience collective de la nécessité de restaurer la compétitivité des entreprises françaises. Le savoir-faire, la productivité, l’investissement en R&D, la formation reconnue des salariés, le positionnement géographique et la diversité des industries et services en France sont autant d’atouts dans la compétition mondiale.

Le crédit d’impôt de 20 milliards d’euros annoncé pour 2014 va-t-il aider les entreprises à « tenir » dans ce contexte?


D’une manière générale, les entreprises accueillent favorablement le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE). C’est un ballon d’oxygène notamment pour les gros employeurs de main d’œuvre peu qualifiée comme le BTP, le commerce et les services, sachant que les PME pourront en bénéficier dès 2013. L’industrie profitera, dans une moindre mesure, de ce crédit d’impôt car les salaires, en particulier ceux des ouvriers qualifiés, y sont en moyenne supérieurs à ceux du tertiaire (ndlr : le crédit d’impôt ne porte que sur les salaires inférieurs à 2,5 fois le Smic). Un autre élément positif est l’accord trouvé entre les partenaires sociaux pour une réforme du marché du travail. Si cet accord est appliqué, il permettra aux entreprises de mieux s’adapter aux évolutions de leur environnement économique.

Propos recueillis par François Schott