Interview de Pierre-Olivier Goineau : Co-fondateur et vice-président d'Erytech

Pierre-Olivier Goineau

Co-fondateur et vice-président d'Erytech

Notre technique consiste à affamer les tumeurs

Publié le 24 Avril 2013

Pouvez-vous nous présenter Erytech, la société que vous avez créée en 2004 et qui s’introduit prochainement sur le marché réglementé de Nyse-Euronext (1ère cotation prévue le 7 mai) ?

Erytech est une société lyonnaise qui conçoit des traitements innovants contre les leucémies aigües et d’autres cancers. Notre technique consiste à « affamer les tumeurs » en les privant des nutriments contenus dans le sang, sans impacter les cellules saines. Cette méthode est déjà utilisée dans le traitement de la leucémie aigüe de l’enfant. Nous souhaitons l’étendre à d’autres patients notamment les seniors. 80% de nos investissements à ce jour se sont concentrés sur cette première indication thérapeutique qui est la leucémie aigüe (cancer du sang). Mais nous pensons pouvoir l’appliquer à d’autres types de cancers.

Où en êtes-vous du développement clinique de ce produit ?

Nous sommes très avancés dans notre développement clinique, ce qui nous distingue de la plupart des sociétés pharmaceutiques ou de biotechnologie qui font appel au marché. Nous sommes actuellement en phase III d’études cliniques, autrement dit la dernière étape avant l’autorisation de mise sur le marché (AMM). Nous visons une AMM en Europe fin 2015. Les études menées jusqu’à présent ont prouvé l’efficacité de notre technologie et sa tolérance par les patients. Il faut savoir qu’aujourd’hui, plus de 80% des patients, notamment adultes, ne disposent pas de solution efficace en raison de la toxicité des traitements existants qu’ils ne peuvent pas supporter.

Quels sont vos sources de revenus ?

Nous avons signé fin 2012 un deal structurant de distribution en Europe avec le groupe Orphan Europe-Recordati, qui nous a permis de recevoir un premier paiement de 15 millions d’euros, dont 5 millions prendront la forme d’une participation à l’IPO. Recordati s’est engagé sur d’autres paiements d’ici 2015 et l’autorisation de mise sur le marché, pour un total de 50 millions d’euros. A ces versements pourront s’ajouter des royalties estimées à un total situé entre 20% et 45% du prix de vente.
Orphan Europe-Recordati est le spécialiste européen des médicaments dits « orphelins » (moins de 5 cas pour 10 000 personnes). Ce partenariat assure notre développement et notre solidité financière au cours des prochaines années et nous permet d’envisager d’atteindre la rentabilité à moyen terme.

Pourquoi faites-vous appel au marché ?


L’IPO vise d’abord à financer notre développement clinique en Europe, avec un objectif de première commercialisation en 2016. Cela nous permettra de valider notre partenariat de distribution avec Recordati. Nous souhaitons également lancer notre produit sur le marché américain. Cela implique de refaire des études cliniques, mais nous avons récemment obtenu le statut « fast track » de la FDA pour un examen accéléré de nos résultats. L’objectif est de signer dans deux ans un partenariat de distribution comme celui que nous avons conclu en Europe. Dans cette optique, l’introduction en bourse est un bon moyen d’accroître notre visibilité. Enfin, nous souhaitons développer des traitements pour d’autres formes de cancers comme les cancers de la vessie, du pancréas et du foie, toujours selon la même approche thérapeutique.

Vous avez également signé un partenariat avec le laboratoire israélien Teva. Comment envisagez-vous votre expansion internationale ?


Nous avons aujourd’hui deux partenariats de distribution, l’un en Europe, l’autre en Israël. Comme je vous l’ai expliqué, nous souhaitons développer notre produit et trouver un distributeur aux Etats-Unis. Mais nous n’excluons pas d’autres marchés comme la Russie, la Turquie et les pays asiatiques. Nous réfléchissons à ces développements futurs, cependant nous ne souhaitons pas brûler les étapes.

Propos recueillis par François Schott