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Interview de Louis Schweitzer : Président d'Initiative France

Louis Schweitzer

Président d'Initiative France

Nous sommes là pour rassurer les banques

Publié le 10 Juin 2013

Pouvez-vous nous présenter Initiative France (ex France Initiative), le réseau que vous présidez ?
Initiative France est un acteur essentiel du financement et de l’accompagnement des créateurs et repreneurs d’entreprises en France. Notre réseau est constitué de 230 associations, les plateformes Initiative, présentes sur l’ensemble du territoire français, outre-mer compris. Ces plateformes locales apportent une aide financière, sous la forme de prêts d’honneur, et des conseils aux créateurs d’entreprises. Nous les accompagnons dès les premières étapes (constitution du plan de financement, recherche de partenaires, etc) et tout au long des trois à cinq premières années d’existence. En 2012, nous avons ainsi aidé plus de 16 000 entreprises et contribué à la création ou au maintien de plus de 37 000 emplois.

En quoi consiste un prêt d’honneur ?
Un prêt d’honneur est un prêt personnel, sans intérêt ni garantie. Concrètement, chaque projet qui nous est soumis passe devant une commission d’agrément, composée de chefs d’entreprise, d’experts comptables, d’avocats, de cadres qui décide souverainement de l’attribution des prêts d’honneur – ainsi que du montant. En moyenne, nous prêtons environ 8000 euros (nldr : le montant maximum délivré par l’association est de 25 000 euros). En soi, ce n’est pas une grosse somme mais notre objectif est que les entrepreneurs qui viennent nous voir puissent ensuite pousser la porte d’une banque, et obtenir un prêt « classique ».

Pourquoi ne pas aller voir directement une banque ?
Les banques n’ont pas forcément le temps et les moyens d’instruire les petits prêts s’agissant de création d’entreprise. Elles ont également une connaissance limitée des créateurs lorsque ceux-ci ne sont pas leurs clients. Nous sommes là pour les rassurer, grâce à notre expertise et à notre accompagnement qui permet aux entreprises que nous aidons d’afficher un taux de pérennité de 86% à trois ans, contre une moyenne de 65% sur l’ensemble des entreprises françaises. Ainsi, lorsque les dossiers que nous leur présentons sont retenus, les banques accordent en moyenne un multiple de huit fois le montant du prêt d’honneur. C’est ce que nous appelons l’effet « levier », ou multiplicateur.

Pourquoi ne faites-vous pas partie de la Banque publique d’investissement, créée le 1er janvier 2013 et qui regroupe d’autres organismes de soutien aux entreprises (Caisse des dépôts, FSI, Oséo…)
?
Nous intervenons un peu en amont de la Banque publique d’investissement. Notre public est celui des TPE lorsque celui de la BPI est plutôt celui des PME et des ETI (ndlr : entreprises de taille intermédiaire). Néanmoins nous travaillons en étroite collaboration avec Oséo, qui accorde aux plateformes Initiative qui le souhaitent une contre-garantie partielle à nos prêts d’honneurs. Du reste, nos encours de prêts – 158 millions d’euros - sont sans commune mesure avec ceux de la BPI (ndlr : environ 15 milliards).

L’essor des plateformes de « crowdfunding », qui permet à des particuliers de financer directement un projet culturel ou de création d’entreprise, remet-il en cause l’aide plus institutionnelle que vous apportez ?
Je ne le crois pas. Avant de faire appel au « crowdfunding », un entrepreneur doit construire son projet et se faire accompagner par des professionnels. Nous n’accordons pas seulement des prêts mais également des conseils qui sont essentiels dans le démarrage et le développement de l’activité. Le crowdfunding peut être un bon moyen d’élargir, par la suite, les financements. Notre réseau a aidé plus de 16 000 entreprises en 2012 : c’est beaucoup plus que chacun des autres canaux de financement (fonds publics, business angels, crowdfunding, etc). Cependant nous souffrons d’un manque de notoriété. La plupart des gens n’ont pas entendu parler d’Initiative France. A nous de faire en sorte que cela change. Je suis convaincu que nous pouvons doubler le nombre d’entreprises aidées, même si c’est un objectif à très long terme.

Propos recueillis par François Schott