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Interview de Eric Heyer : Economiste, OFCE

Eric Heyer

Economiste, OFCE

Il y a en France un potentiel de rebond assez important

Publié le 19 Juillet 2013

Le président de la République a estimé le 14 juillet qu’il y avait une « reprise économique » actuellement en France. Qu’en pensez-vous ?

On s’attend effectivement à une évolution positive du PIB au deuxième trimestre. Mais je ne pense pas que l’on puisse parler de reprise étant donné que le niveau de production est toujours inférieur à ce qu’il était avant la crise. Nous produisons moins aujourd’hui qu’il y a cinq ans alors que nous sommes plus nombreux. Résultat : la richesse par habitant diminue. Comme nous sommes aussi plus productifs, il y a du chômage de masse.

Cela étant dit, je pense qu’il y a en France un potentiel de rebond assez important. Toutes les enquêtes montrent que les entreprises pourraient produire beaucoup plus qu’elles ne le font. Lorsqu’on les interroge, une majorité de chefs d’entreprises affirment qu’ils pourraient augmenter leur production sans embaucher ni investir. C’est ce qu’on appelle l’ « output gap », ou l’écart entre la production potentielle et la production réelle. En France, cet écart est lié à un problème de demande : les carnets de commande sont vides. Ce problème résulte de la politique d’austérité menée par le gouvernement mais aussi d’une demande extérieure déprimée.

Le second semestre sera-t-il meilleur que le premier ?

Si les autres pays européens arrêtent ou atténuent leurs politiques d’austérité, il peut y avoir un effet sur notre commerce extérieur et donc sur le PIB. Je pense que la récession peut se terminer cette année en Europe, à condition de suivre les recommandations du FMI et de rompre avec la logique de l’austérité à tous crins. On n'en est pas là. Pour l’heure, nous tablons sur un un recul de l’économie française en 2013 (-0,2%) avant un léger rebond en 2014 (+0,6%).

N
dlr : Le gouvernement table sur une croissance de +0,1% cette année et de +1,2% l’année prochaine tandis que le FMI est proche des prévisions de l’OFCE : -0,2% en 2013 et +0,8% en 2014).

La France est-elle condamnée à stagner ou à avoir des taux de croissance durablement inférieurs à ce qu'ils étaient avant la crise?

Je ne suis pas de cet avis. Je pense que l’on peut retrouver des taux de croissance de 2-2,5% à moyen terme. Je rappelle qu’en 2011, la croissance était de 2,6% (après une récession en 2009 et une croissance de 1,5% en 2010, ndlr). Le taux de croissance moyen sur les 20 dernières années en France est de 2,1%. On a eu des pics à plus de 3% pendant la période 1997-2001. Ce n’est pas la préhistoire ! Il est vrai qu’après chaque crise économique mondiale, on a observé une perte du potentiel de croissance. On peut supposer que ce sera aussi le cas pour la crise de 2008-2009. Mais nous n’avons pas encore le recul suffisant pour l’affirmer avec certitude.

Vous évoquez également le risque de déflation. De quoi s’agit-il ?

C’est un risque lié à la baisse du pouvoir d’achat et à l’augmentation continue du chômage. L’indice sous-jacent des prix (hors tabac, énergie) n’a jamais été aussi bas : +0,3% en juin. On se rapproche dangereusement du moment où les prix commencent à baisser. Ce serait une très mauvaise nouvelle : quand les agents anticipent une baisse des prix, cela les dissuade encore plus de consommer et d’investir. Il est alors très difficile de sortir de la spirale négative. Le Japon, qui se bat depuis quinze ans contre la déflation, en est le meilleur exemple. C’est pourquoi il est temps de rompre, en France comme dans les autres pays européens, avec les politiques de réduction drastique des déficits, en étalant davantage l’effort, comme le préconise du reste la Commission européenne.

Propos recueillis par François Schott