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Interview de Peter Jarrett : Economiste, OCDE

Peter Jarrett

Economiste, OCDE

Nous ne voyons pas de reprise en France avant 2014

Publié le 24 Juillet 2013

Comment jugez-vous la situation de l’économie française ? Peut-on parler, à l’instar de François Hollande, de reprise ?

Tout dépend de ce que l’on entend par reprise. Pour moi, la reprise intervient lorsque le taux de croissance d’une économie est supérieur à son taux potentiel, autrement dit lorsque le chômage diminue. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. L'activité en France stagne plus ou moins depuis deux ans et nous n’avons pas de raison d’être plus optimistes à ce stade, même s’il est vrai qu’un certain nombre d’indicateurs se sont améliorés ces derniers mois. . Pour l’heure, l’OCDE prévoit un recul de 0,3% du PIB en 2013 et un léger rebond (+0,8%) l’année prochaine. Nous ne voyons donc pas de reprise avant 2014.

Quels sont ces signaux positifs ?

L'amélioration est surtout sensible au niveau des exportations. La demande en provenance des Etats-Unis s'améliore de même que celle en provenance du Japon. Dans la zone euro, le Royaume-Uni et l'Allemagne se portent mieux. En revanche, les pays émergents donnent des signes de faiblesse, notamment la Chine, le Brésil et l’Inde. Il faut donc rester vigilant.

Sur le plan intérieur, la consommation est morose en raison de la montée du chômage et des hausses d’impôts. Il faut absorber ce choc fiscal avant de pouvoir espérer un rebond de la consommation. Quant au chômage, on pourrait avoir une amélioration dans le courant de l’année prochaine, plutôt dans la deuxième partie de l’année. Là-encore, il ne suffira pas d’une baisse mensuelle du nombre de demandeurs d’emplois mais d’une tendance qui s’inscrive sur plusieurs mois.

La France fait-elle encore partie du peloton de tête de la zone euro ?


L’économie française a un certain nombre d’atouts et de handicaps. Son principal atout réside dans sa démographie, plus dynamique que dans la plupart des pays de la zone euro. C’est un élément qui accroît le potentiel productif à moyen terme, mais, à court terme, cela peut créer des tensions sur le marché du travail. Par ailleurs, la situation budgétaire française est assez maîtrisée et les banques françaises sont parmi les plus solides de la zone euro.

Au rang des handicaps, je citerai le niveau de fiscalité, notamment sur le capital. Il est l’un des plus élevés d’Europe et décourage un certain nombre d’investissements. Il y a également une forme de morosité plus marquée qu’ailleurs. Mais je pense qu’il s’agit d’un phénomène conjoncturel plutôt que d’une tendance profonde.

Propos recueillis par François Schott