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Interview de Cédric Chaboud : Président de Société Privée de Ggestion de Patrimoine (SPGP)

Cédric Chaboud

Président de Société Privée de Ggestion de Patrimoine (SPGP)

Nous pensons qu'avec l'IPO d'Altice, Patrick Drahi qui est le principal actionnaire de Numéricable va vouloir participer à la consolidation du marché français en rachetant SFR

Publié le 14 Février 2014

A ce stade l’année, de quelle manière se profile 2014 pour les introductions en bourse (IPO) en Europe ?
Nous avons eu en 2013 une très belle année aux Etats-Unis. Quasiment une introduction s’est déroulée tous les jours. La vague s’est progressivement étendue à l’Europe avec l’amélioration de l’environnement macroéconomique et le retour de la confiance. Dès que nous verrons des signes concrets de raffermissement de la reprise, nous devrions voir de nombreuses IPO se faire.
La liste d’attente est considérable. Un chiffre supérieur à 200 est estimé.

Comment expliquez-vous cette liste d’attente ?
Les turbulences depuis 2007, l’amoindrissement du levier bancaire, du financement alternatif, la diminution de l’appétit pour les obligations d’entreprises.

Trois types de dossiers se distinguent ?
Une première catégorie intéresse les entreprises qui ont décidé de se refocaliser sur leurs activités cœurs, et d’introduire en bourse des filiales qui ont des activités annexes. Se trouve dans ce premier cas, Kering qui pour se purifier a mis sur le marché la Fnac. Il est possible que Vivendi fasse de même avec SFR, à moins qu’elle ne parvienne à vendre l’entité à une autre compagnie.
La deuxième catégorie rassemble les entreprises de taille relativement importantes qui préfèrent lever des actions par des filiales mieux positionnées a l’instar de Vodafone avec ses filiales en Argentine et au Brésil, ou Santander avec ses filiales au Chili, au Mexique et au Brésil, ou encore Telefonica Deutschland.
La troisième et dernière catégorie agglutine les entreprises qui vont se coter pour investir dans des projets de développement de leurs outils industriels ou d’expansion de leur exposition géographique. Cela a été le cas de Moncler et de Tarkett ces dernières semaines.

Dans les 200 dossiers anticipés en Europe, combien concernent la France ?
Entre cinq à dix dossiers au total si l’on ne considère que les grandes sociétés ayant un chiffre d’affaires de plusieurs milliards d’euros et une quinzaine si l’on compte aussi les plus petites sociétés.
Nous attendons dans les semaines à venir l’introduction de GTT, une société spécialisée dans le confinement de gaz liquéfié qui appartient à Total et GDF Suez. La société fait un chiffre d’affaires de 2 ,5 milliards d’euros et a 70% de parts sur le marché sur le méthanier.

Comment justifiez-vous ce chiffre assez faible ?

La situation économique de la France n’est pas bonne. L’environnement fiscal n’est pas attractif. Le pays ne permet pas présentement aux belles histoires d’émerger. En témoigne l’exemple de Criteo, dont le management a commencé par expatrier les actifs et a fini par s’introduire à New York.

Il y a peu de chances pour le moment, parce que les éléments structurels d’un bassin de bienvenue pour les investisseurs ne sont pas réunis, de voir un flux d’IPO similaire à celui que l’on peut voir au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis.

Vous ne pensez pas que le PEA PME, le contrat euro-croissance ou le Pacte de responsabilité vont dans le bon sens ?
L’éligibilité à ce PEA PME pourrait inciter quelques petites sociétés à s’introduire. Mais cela ne bouleversera pas le tissu entrepreneurial en France.

Qu’est ce qui manque ?

Ce qui pose réellement problème c’est que le ratio risque-rendement pour les capitaux investis n’est pas acceptable en France. Les gains sont taxés comme des salaires. Les pertes sont entièrement subies.
Ainsi, le risque n’est pas bien rémunéré. Et l’appétit pour le risque à l’égard des actions françaises n’est pas accentué, au contraire.

Même si le nombre sera limité, les IPO de cette année pourront elles contribuer à l’animation du marché des actions françaises dans son ensemble ?

Marginalement. Les investisseurs seront intrigués de découvrir de nouvelles sociétés, tentés de se les procurer pour diversifier leur portefeuille.
Néanmoins, l’effet ne sera que léger car les volumes d’échanges sur la place parisienne devraient rester faibles. C’est ainsi que les volumes échangés à l’occasion de l’IPO de Tesla ont dépassé les volumes échangés sur tout le Cac 40.

La seconde partie de l’année devrait être plus animée que la première partie.

Dans les 200 dossiers, quelle part devrait couvrir le Royaume-Uni ?

Un quart. Est notamment prévue l’introduction Appliances Online, site de ventes en ligne d’équipements électroménagers. Doit être introduite à Londres également la troisième chaine de supermarché russe qui a un chiffre d’affaires de 5 milliards de dollars, qui est implantée dans une cinquantaine de villes et détient une centaine de magasins.

Au-delà du Royaume-Uni, parmi les autres pays dynamiques figurent l’Allemagne, l’Autriche, l’Espagne et l’Italie, deux pays dont les sociétés se sont beaucoup restructurées, qui ont besoin de faire appel à des capitaux extérieurs, dont le système bancaire n’est pas encore mis sur pied pour assurer le financement.

Dans votre allocation d’actifs, avez-vous des entreprises nouvellement introduites en France ?

Nous avons Tarkett et Numéricable. Le titre Tarkett avait mal évolué du fait de la dépréciation du rouble face à l’euro. Environ 30% de son résultat net est exposé à la devise russe. Cependant le produit est très local et la capacité à monter les prix est réelle. Les comptes ne devraient pas être affectés outre mesure. La compagnie est par ailleurs bien exposée au marché immobilier américain.
Nous aimons bien Numéricable car la société a non seulement un rendement intéressant mais a aussi un caractère opéable et spéculatif qui pourrait amener l’action à engranger une dizaine d’euros supplémentaires. Nous pensons qu’avec l’IPO d’Altice, Patrick Drahi qui est le principal actionnaire de Numéricable va vouloir participer à la consolidation du marché français en rachetant SFR.

Vous avez opté pour ne plus avoir de position sur Altice ?
Le titre a grimpé de 10% rapidement. L’action nous parait en conséquence trop chère. Nous en sommes sortis.

La même analyse vaut-elle pour les fusions-acquisitions ?

Le levier financier des grandes entreprises françaises s’est beaucoup réduit depuis 2007. Les cash sont importants. Des groupes qui ont du mal à faire de la croissance organique vont aller rechercher des petites pépites ailleurs, comme LVMH. Après Loro Piana, le groupe pourrait jeter son dévolu sur Brunello cucinelli ou Moncler.

Des mouvements de grande ampleur devraient se dessiner sur le secteur des télécoms. En Allemagne, les régulateurs laissent le secteur se consolider autour de trois acteurs. Cela devrait aussi être le cas en France. Un rapprochement entre Iliad, Bouygues, SFR ou Orange est probable. Comme Vivendi, Bouygues pourrait vouloir céder son activité mobile.
Aux Etats-Unis, quatre opérateurs se répartissent le pays. En Europe il y en a une centaine. Il est très envisageable que l’on se retrouve avec un chiffre plus petit à terme pour supporter les dépenses d’investissement.

Le secteur des logiciels m’inspire beaucoup aux Etats-Unis, mais moins en Europe. Les acquisitions par les leaders comme SAP, Oracle se fera plutôt au sein de la Silicon Valley.
La thématique de la haute technologie en général concerne surtout cette région du monde : que ce soit dans la sécurité des données sur Internet, le cloud computing, les serveurs slash, l'impression 3D.




Propos recueillis par Imen Hazgui

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