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Interview de Thibault Francois : Co-fondateur et Associé de Fastea Capital

Thibault Francois

Co-fondateur et Associé de Fastea Capital

Le potentiel de hausse d'Arcelormittal est de 100% sur 18 à 24 mois

Publié le 18 Février 2014

Que vous inspire le marché des actions françaises cette année ?
Nous nous attendons à ce que 2014 se passe relativement bien pour les actions françaises.

Le principal soutien réside à mon sens dans l’absence d’alternatives d’investissement intéressantes pour les opérateurs. Les rendements que procurent les autres classes d’actifs comme les obligations, l’immobilier, le monétaire sont relativement faibles, inférieurs à 4%. Le couple rendement risque penche d’autant plus favorablement pour les actions que la visibilité de l’environnement macroéconomique est aujourd’hui meilleure.

Le consensus table sur une progression des bénéfices de 13% pour les larges capitalisations et de 34% pour les petites et moyennes capitalisations. Qu’en pensez-vous ?
Les publications des entreprises en janvier et février cotées françaises ont plutôt été bonnes. Les chiffres sont solides. Les estimations avancées pour les deux segments nous paraissent cependant élevées.
Cela ne signifie pas pour autant que certaines entités ne soient pas en mesure de délivrer des bénéfices bien supérieurs à ces 13% sur les larges caps ou 34% sur les small et mid caps.

Du coté des flux, anticipez-vous un retour des investisseurs institutionnels français ?

Autant les investisseurs institutionnels anglo saxons ont enclenché le processus de retour sur les actions européennes et les actions françaises, autant tel n’est pas vraiment le cas pour les investisseurs institutionnels nationaux.

Je pense en effet qu’ils voudront reprendre du risque pour délivrer des rendements intéressants à leurs clients.

Que pressentez-vous s’agissant des opérations capitalistiques : introductions en bourse et fusions-acquisitions ?

Nous voyons aujourd’hui plus d’entreprises vouloir se coter. C’est en soit une bonne chose car cela permet de diversifier le marché et de donner de nouvelles opportunités aux investisseurs. Pour notre part, nous ne sommes a priori pas très friands des IPO car la plupart du temps les entreprises ont déjà connu une belle croissance par le passé. Nous n’y participons pas à court terme mais nous nous donnons la possibilité de nous positionner à moyen terme.

Les opérations de croissance externe devraient animer le marché cette année. Certaines valorisations sont très attractives par rapport à leur actif net et certains prédateurs qui disposent de cash important hésiteront moins à procéder à des rachats.

Certains secteurs seront-ils plus touchés que d’autres ?
Quelques opérations sont déjà dans les tuyaux dans le secteur des télécoms. Il est difficile ensuite de donnée une vue sectorielle pour les autres pans de l’économie.

Nous regardons beaucoup les caisses régionales du Crédit Agricole. Nous pensons qu’à l’instar de Natixis, le Crédit Agricole pourrait se porter acquéreur de certaines de ses caisses régionales similairement à 2007-2008. Les valorisations de plusieurs établissements sont basses et les fonds propres élevés.

Nous pourrions aussi avoir une opération sur Esso, qui nous parait nettement sous valorisé.

Misez-vous sur un effet positif découlant d’une intervention de la BCE ?

Une intervention d’envergure de la BCE ne nous semble pas aujourd’hui nécessaire. La zone euro va mieux. Le Portugal et l’Irlande sont revenus sur le marché. Nous avons un retour de la croissance en Espagne. L’Allemagne a révisé à la hausse ses prévisions de hausse du PIB. Malgré un petit rebondissement sur le plan politique en Italie, les taux souverains italiens ont peu varié, ce qui est encourageant. L’inflation est de notre avis sous contrôle. Le retour de la croissance devrait permettre l’inflation de repartir.
En conséquence nous voyons le marché vivre de lui-même sans artifice.

Quelles sont les principales caractéristiques de votre allocation d’actifs ?
Toutes les tailles de sociétés nous semblent attrayantes. Nous avons toutefois un biais « value » important. Nous nous attachons aux valorisations par rapport à l’actif net et aux perspectives de progression des bénéfices.

Nous sommes très présents sur les valeurs domestiques, autrement dit des sociétés françaises très tournées sur l’Europe. Pour le moment nous évitons les sociétés très exposées aux pays émergents. Nous préférons avoir moins de croissance mais avoir de la croissance maitrisée. De plus, nous préférons évacuer le risque de change.

Pourriez-vous nous livrer des noms de valeurs qui vous paraissent particulièrement intéressantes ?

Une conviction forte que nous avons est Vivendi. Nous sommes très à l’aise avec les actifs qui composent le groupe que ce soit dans les télécoms ou les médias. Ces actifs ne sont pas bien valorisés eu égard à leur très bonne croissance organique. D’ailleurs certaines compagnies affichent leur volonté de racheter ces actifs à des prix nettement au dessus de leurs cours actuels. La présence de M Bolloré renforce notre sentiment positif. Le potentiel de rebond est au dessus de 50% sur 12 mois.

Une autre valeur que nous apprécions est ArcelorMittal qui constitue un call sur la reprise mondiale. Le dossier a beaucoup souffert ces dernières années en raison du recul des volumes et des prix de l’acier. La fin de l’année devrait être favorable aux fondamentaux de la société. Les prix de l’acier sont en hausse. Les volumes devraient augmenter que ce soit en Asie, aux Etats-Unis ou en Europe. Le potentiel de revalorisation est de 100% sur 18 à 24 mois.

Enfin, nous avons un intérêt certain pour le groupe Lanson, un des leaders dans le champagne. La société est très présente en France ou la demande a été en essor et au Royaume-Uni qui connait une notable reprise économique. Le cours est 50% en dessous de l’actif net. La société est endettée mais le management est de qualité. L’action pourrait récupérer plus de 50% de sa valeur sur 12 mois.

A l’inverse y a-t-il des valeurs que vous n’aimez pas ?

Les biotechnologies. L'activité est souvent passionnante mais investir dans ce secteur nécessite une compétence particulière que peu d’investisseurs possèdent aujourd’hui.

De combien de valeurs se composent votre principal fonds d’investissement ?
Notre principal fonds d’investissement se compose de 45 lignes.

Quels principaux risques identifiez-vous ?

Le risque émergent peut être important surtout au premier semestre en raison du change et du ralentissement économique dans certains grands pays de la zone.
Ensuite, nous pourrions avoir des perturbations venant de la Grèce.
Le risque d’emballement sur le front des taux nous parait limité en raison de la modération de la reprise.

Quelle a été votre collecte en 2013 ?
En 2013 nous avons enregistré au total une collecte nette d’environ 20 millions d’euros.

A lire également le dossier :

"Comment investir sur les actions françaises en 2014 ? 15 gérants vous répondent"

Propos recueillis par Imen Hazgui