Interview de Jean-Yves Burel : Président de Theraclion

Jean-Yves Burel

Président de Theraclion

L'échothérapie peut être une arme supplémentaire dans l'arsenal thérapeutique contre le cancer

Publié le 09 Avril 2014

Theraclion est l’un des pionniers de l’échothérapie en France. De quoi s’agit-il ?
L’échothérapie est un traitement non-invasif des tumeurs grâce aux ultrasons. Notre appareil, l’EchoPulse, permet d’atteindre avec une grande précision les tumeurs situées deux ou trois centimètres en dessous niveau de la peau, et de les détruire sans toucher les tissus environnants. Nous ciblons deux types de tumeurs bénignes mais très répandues : le fibroadénome du sein et les nodules thyroïdiens. Même si elles ne présentent aucun risque de cancer, ces tumeurs sont souvent gênantes et génératrices d’anxiété. Actuellement, 95% de ces tumeurs sont enlevées par la chirurgie, qui laisse des traces et se fait sous anesthésie générale. Nous offrons une alternative moins lourde et plus rapide à mettre en oeuvre. Sur les 200 patients déjà traités en France, en Allemagne, en Italie, au Royaume-Uni et en Bulgarie, les résultats sont très positifs.

Vous avez obtenu fin 2012 le marquage CE (autorisation de commercialisation) de l'Echopulse pour le traitement des fibroadénomes du sein. Qu'en est-il du remboursement du traitement par les systèmes de santé?
Le remboursement du traitement par les systèmes de santé est un enjeu majeur, nous y travaillons tous les jours. En Italie, le traitement est pris en charge par l’Assurance santé des cadres. Un accord est en voie de finalisation en Allemagne pour une partie de la population. En France, cela pourrait prendre plus de temps mais nous sommes confiants d’y parvenir. Aujourd’hui, l’ablation d’un fibroadénome du sein par chirurgie est facturée 1340 euros aux caisses d’assurance maladie. En routine, notre traitement coûtera moins de 1200 euros. Par ailleurs il est réalisé en ambulatoire, sans hospitalisation ni arrêt maladie prolongé, ce qui réduit d’autant les coûts pour la collectivité.

Peut-on imaginer des applications futures dans le domaine du cancer ?
L’échothérapie peut être une arme supplémentaire dans l’arsenal thérapeutique contre le cancer. C’est particulièrement vrai pour les petites tumeurs, qui pourraient être traitées par ultrasons avant une chirurgie, par exemple. Mais les études cliniques dans ce domaine sont encore longues, c’est pourquoi nous avons dans un premier temps ciblé des tumeurs bénignes. Cela, dit, nous avons démarré en 2013 deux études, l’une en Allemagne avec l’université de Tübingen, l’autre aux Etats-Unis avec l’université de Virginie, afin d’explorer cette voie.

A quoi vont servir les fonds de l’introduction en bourse ?
Nous avons trois investissements en tête. Premièrement, le déploiement d’équipes commerciales dans tous les pays où le marquage CE est accepté (UE, Russie, Turquie, Moyen-Orient, Afrique, une bonne partie de l’Amérique latine...). Deuxièmement, nous devons financer des essais cliniques aux Etats-Unis et en Chine. Nous avons en effet obtenu le 6 février dernier l’autorisation de démarrer une étude clinique aux Etats-Unis, qui est une étape importante de notre développement. Cette étude durera environ trois ans et devrait déboucher sur une autorisation de mise sur le marché en 2017. En Chine, nous tablons sur une homologation en 2016. Le troisième objectif est de perfectionner notre appareil en réduisant le temps de traitement. Enfin nous voulons industrialiser notre production. Jusqu’à présent nous n’avons produit que des petites séries dans un laboratoire en Suisse. L’objectif est de rapatrier la production en France où il y a beaucoup de sociétés de fabrication spécialisées dans la technologie médicale.

Envisagez-vous un partenariat avec un grand groupe de technologie médicale ?
Nous ne sommes pas encore assez gros pour intéresser un industriel. Dans trois ans, lorsque nous aurons obtenu les autorisations de commercialisation aux Etats-Unis et en Chine, nous y réfléchirons sérieusement. Il y a une cinquantaines de partenaires potentiels parmi lesquels General Electric, Siemens, Philips, Toshiba, Hitachi, Samsung, etc. Pour l’heure, nous comptons accélérer notre développement grâce à l’introduction en bourse.

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Propos recueillis par François Schott