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Interview de Romain Boscher : Responsable de la gestion actions de Amundi

Romain Boscher

Responsable de la gestion actions de Amundi

Une performance de plus de 10% dividendes inclus est plausible pour les actions de la zone euro dans un horizon de 12 mois

Publié le 25 Juin 2014

Quels commentaires vous inspire le bilan de l’évolution des marchés actions à l’issue des six premiers mois de l’année ?
Nous sommes relativement satisfaits par le bilan qui se dégage à l’issue de ces six premiers mois de l’année. Les marchés actions ont été plutôt bien orientés dans leur ensemble. Comme nous l’avions prévu, les actions de la zone euro sont arrivées en tête devant les actions américaines et les actions japonaises.
Plusieurs facteurs expliquent cette performance, en particulier les mesures supplémentaires de la Banque centrale européenne qui ont permis de compenser les effets négatifs induits par une reprise plus poussive qu’attendu.

Certains mettent en avant des surprises liées à l’arrêt du rallye de la bourse japonaise, au redémarrage de la bourse de certains grands pays émergents, ou encore au retrait des secteurs cycliques ?
Ces trois tendances trouvent leur explication dans une même considération : les annonces et mesures de politique monétaire des banques centrales qui depuis 2008 jouent un rôle prépondérant dans le choix d’allocation des investisseurs.

Les actions japonaises ont considérablement monté depuis la mi-2012 et en 2013 sous l’impulsion de l’intervention massive de la Banque centrale du Japon. Celle ci a accru son bilan de plus de 50%.
Une pause a cependant été décidée par la BoJ au premier semestre de cette année dans l’attente de voir quels seront les effets du relèvement de la TVA de 5% à 8% en avril sur l’économie.
Concomitamment, le rallye qui préfigurait sur le marché des actions japonaises a marqué une rupture.
Nous pressentons au second semestre une intensification de l’injection de la liquidité par la BoJ et par conséquent une bourse japonaise de nouveau bien orientée.

Il n’est pas illogique que la politique monétaire ultra accommodante menée par les grandes banques centrales et notamment la BCE ait tout d’abord permis d’enclencher le parcours haussier des valeurs à profil obligataire sensibles à la baisse des taux : les utilities et les foncières.
La remontée des valeurs cycliques est censée constituer la vague qui suit juste après. Celle-ci a déjà commencé à se mettre en place. Nous avons pu relever une surperformance de ces valeurs par rapport aux valeurs défensives. Cependant afin que la trajectoire ascendante puisse se poursuivre et s’affermir, il est nécessaire que nous ayons au préalable la confirmation que la reprise est bien durable.

Les actions émergentes avaient beaucoup souffert en mai-juin 2013, après que le gouverneur de la Fed de l’époque, Ben Bernanke ait évoqué l’intention de la Banque centrale d’enclencher un processus de normalisation de sa politique monétaire en procédant à une diminution de son programme mensuel d’achat de titres sur le marché, également appelé « tapering ».
Les craintes des opérateurs de marché de devoir composer avec un environnement emprunt d’une moindre liquidité a conduit à des sorties massives de flux dans les marchés aux fondamentaux les plus fragiles, autrement dit les marchés émergents.
Toutefois, non seulement nous sommes arrivés au fil du temps, au printemps de cette année, au terme de l’effet dissuasif du « tapering » de la Fed mais surtout le choix a été fait par la BCE d’assouplir davantage sa propre politique. Combiné aux opérations de la BoJ, la masse monétaire a continué à croitre dans le système à un rythme soutenu permettant à la liquidité excédentaire abondante de se placer de nouveau dans les actifs émergents dont les valorisations entre temps étaient devenues plus attractives et pour lesquels l’incidence devise s’était estompé.

Il y a tout lieu de croire que la longue histoire d’amour entre Banques centrales et actifs risqués n’est pas terminée ?
Effectivement mais celle-ci n’est toutefois pas sans danger. Nous ne sommes pas à l’abri d’un excès de confiance de la part des investisseurs dans le rôle des banques centrales qui les pousserait à prendre trop de risque sur le marché. Or ces banques centrales sont incapables de gérer les perturbations liées à une crise géopolitique ou à une crise sociale.

Quels ont été les ajustements apportés à votre allocation d’actifs depuis le début de l’année ?
Nous avons diminué notre surpondération sur les actions japonaises parallèlement à la respiration qu’on avait anticipée sur ce compartiment de marché.

Dans la zone euro, nous avons accentué notre surpondération sur les valeurs de consommation cyclique au détriment des valeurs de consommation courante. Ces valeurs présentent des multiples de valorisation plus modestes et renferment un potentiel de croissance plus important.

Face au recul plus prononcé que prévu des taux au sein de la zone euro, nous avons également révisé à la hausse nos prévisions sur les valorisations des sociétés de services aux collectivités et donc alourdi notre exposition à ce secteur en particulier dans les pays périphériques à la zone euro. D’une part, la conjoncture de ces pays est clairement en amélioration et laisse place à un regain d’activité. Ensuite, les entreprises de ces pays jouissent par ailleurs de meilleures conditions de financement.

Nous avons, en outre, réévalué nos vues sur les opérations de fusions et acquisitions dans la région. Les conditions de refinancement s’avérant plus attractives nous avons jugé que les plutôt que de laisser leur liquidité dans leur bilan, les entreprises de la zone euro seraient plus enclines à participer à des mouvements de consolidation dans leur secteur respectif.

Nous sommes revenus sur les actions émergentes mais pas de manière discriminée. Nous avons renforcé nos positions chinoises par exemple. Les PE étant très faibles, les mauvaises nouvelles nous semblent dans les cours.
Nous retournons ponctuellement et tactiquement sur les marchés que nous avions sous pondérés comme le Brésil, l’Indonésie ou la Grèce.

Avec quel sentiment débuterez-vous le second semestre de l’année ?

Nous avons décidé de ne pas suivre la fameuse expression : achetez la rumeur, vendez la nouvelle.
Malgré la sortie de l’artillerie lourde par la BCE, nous faisons le choix de ne pas liquider nos positions en vue de prendre nos profits.
Le scénario de la reprise économique est bien à l’œuvre. Les bénéfices ont vocation à progresser. Ces derniers sont 25% en dessous de leur niveau d’il y a six ans. Le potentiel de rattrapage est encore considérable.

Qu’attendez vous du coté des bénéfices des entreprises européennes ?
Nous escomptons une stabilisation des estimations de bénéfices à leur niveau actuel, autrement dit à environ+8%, contre 14% en début d’année.

Quels principaux risques identifiez-vous à ce stade ?
Deux types de risques géopolitiques peuvent être distingués. Tout d’abord, les risques partiellement prévisibles liés au déroulement d’élections importantes dans plusieurs pays phares. Nous avons ainsi pu appréhender à partir d’analyses approfondies le risque lié aux élections législatives en Inde qui ont conduit à la l’établissement d’un nouveau premier ministre charismatique efficace pro business, ce qui nous a encourager à surpondérer l’Inde dans notre stratégie d’investissement.

Parallèlement, d’autres risques géopolitiques sont difficiles à apprécier, notamment ceux relatifs aux perturbations observées en Ukraine, en Irak ou en Syrie. Nous surveillons ces risques de près mais nous ne pouvons en mesurer les répercussions qu’à long terme au gré des évènements.

Quelles incidences ces perturbations ont eu dans votre allocation ?
Etant investisseurs de long terme, nous veillons à ne pas réagir excessivement à ces évènements. Nous étions déjà sur le secteur pétrolier en raison de ses valorisations attractives, des bons rendements offerts et de la hausse du cours du baril. Nous avons simplement affermi nos positions.

Risque de déflation versus risque d’inflation, qu’en pensez-vous ?
Le risque de déflation est selon nous plus élevé que le risque d’inflation exacerbée. Nous jugeons le scénario d’une surchauffe aux Etats-Unis prématuré.

Face à la faiblesse de la volatilité, d’aucuns préconisent l’utilisation d’options dans une optique de protection. Qu’en pensez-vous ?
Les options méritent d’être considérées de près. Les prix de ces instruments est anormalement bas. En outre, règne sur les marché une accalmie trompeuse. Au-delà des zones de tensions géopolitiques, les incertitudes demeurent notables sur le front économique et financier.
Ces instruments peuvent être utilisés dans une stratégie passive de couverture ou dans une stratégie active avec des obligations convertibles ou un portefeuille d’arbitrage de volatilité.

Quels potentiels de performance escomptez-vous in fine ?
Une performance de plus de 10% dividendes inclus est plausible pour les actions japonaises et les actions de la zone euro dans un horizon de 12 mois.
Les actions américaines pourraient encore gagner 7% et les actions britanniques 4%.

Propos recueillis par Imen Hazgui