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Interview de Nathalie Renson : Directeur de la gestion chez Primonial Asset Management

Nathalie Renson

Directeur de la gestion chez Primonial Asset Management

Marchés actions : nous ne sommes pas à l'abri de déceptions liées aux agissements de la BCE

Publié le 01 Juillet 2014

Quel bilan dressez-vous de l’évolution des marchés actions à l’issue du premier semestre ?
Les marchés actions sont décrits par certains gérants comme étant difficiles, et comme manquant de rationalité. Cela n’est pas inexact. Il n’y a pas actuellement de grandes tendances qui se dessinent que ce soit en termes de taille de capitalisation ou de style de gestion.

Une approche géographique se distingue cependant ?
L’amélioration de la macroéconomie dans les grands pays périphériques de la zone euro, comme l’Espagne, le Portugal, l’Italie ont conduit les investisseurs à se positionner massivement dessus. Le mouvement a été appuyé par la baisse des taux d’emprunt de ces Etats.
L’Allemagne a fait les frais de cette rotation géographique. Si l’économie allemande a confirmé son rôle de moteur, les valeurs allemandes avaient largement performé depuis 2012 et ont donc souffert du processus de rattrapage.
La France, quant à elle, a notamment été portée par le fort rebond des petites et moyennes valeurs qui ont été aidées par le nouveau dispositif mis en place, le PEA PME, même si la collecte dans ces véhicules n’a pas été à la hauteur du souhait des gérants.
Parallèlement, en raison de cette discrimination géographique, certaines entreprises exportatrices dont l’activité était peu domestique, et peu tournée sur l’Europe ont beaucoup souffert malgré de bons résultats.

Le style « value » ne vous semble pas s’être distingué ce premier semestre ?
Certaines titres « value » oui, mais pas le style en tant que tel. De nombreuses sociétés cycliques oubliées par le rebond de 2012 et 2013 ont été plébiscitées par les investisseurs et ont commencé à afficher un net rebond. Le mouvement n’a pas concerné toutes les valeurs décotées. Aussi, nous constatons que sur ce même type de gestion dite « value », certains gérants ont surperformé tandis que d’autres ont sous-performé. Ceci traduit la complexité de la configuration actuelle et justifie la primauté avant tout donnée au « stock picking ».

Quels ont été les principaux ajustements apportés à votre allocation d’actifs ces six derniers mois ?

Nous avons décidé dès la fin 2013 d’être fortement exposés aux actions des pays périphériques de la zone euro. Nous avons maintenu cette ligne directrice et l’avons renforcée. Les conditions nous paraissent remplies pour avoir une poursuite de la tendance haussière. Les fondamentaux économiques sont en amélioration. Les taux de refinancement des Etats et des entreprises s’inscrivent dans un processus baissier. Des réformes structurelles ont été implémentées. C’est ainsi que les entreprises exportatrices italiennes ont réalisé un bien meilleur parcours boursier que les entreprises industrielles allemandes.
Nous avons également procédé à certains arbitrages en fonction de la performance des fonds dans lesquels nous étions investis depuis le début de l’année.
Une zone à laquelle nous n’avons pas touché, en revanche, est celle des pays nordiques. De très intéressantes opportunités continuent à exister dans sur les marchés de la Norvège, du Danemark, de la Finlande pourvu que la sélection de titre se fasse de manière scrupuleuse.

Avec quel sentiment débutez-vous le second semestre ?
Nous attendions une intervention de la Banque centrale européenne. Celle-ci s’est matérialisée et semble avoir été dédiée aux entreprises européennes et à leur financement. Si la situation venait à notablement se rétablir sur ce front, une progression des résultats de ces dernières pourrait en découler. La question est de savoir quand ces effets positifs vont finir par se faire ressentir. Pour certains, nous devrons patienter jusqu’en 2015. Toutefois le marché a une grande capacité d’anticipation. Des positions tangibles pourraient être prises en amont pour bénéficier des répercussions à venir de la politique monétaire ultra accommodante.

Qu’attendez-vous justement du côté des bénéfices des entreprises pour cette année ?
Nous tablons sur le fait qu’à présent les estimations de bénéfices vont se stabiliser. Traditionnellement les prévisions fournies par les analystes en début d’année sont empreintes d’un certain excès. Un niveau de hausse des profits entre 7% et 8% nous parait correct car correspond à la moyenne séculaire observée au travers des cycles.
Une telle augmentation pourrait entraîner une performance des actions pour l’ensemble de l’année d’environ 12%, dividendes réinvestis.

Qu’est ce qui vous pousse à tabler sur une stabilisation des estimations des bénéfices ?
Tout d’abord, l’éclaircie sur le front macroéconomique dans la zone euro.
Ensuite le raffermissement de la reprise aux Etats-Unis. Même si le PIB s’est contracté de près de 3% au premier trimestre, nous avons des signes évidents d’un redémarrage de la dynamique qui devrait aider à soutenir l’activité d’entreprises exportatrices européennes à forte valeur ajoutée notamment dans l’aéronautique, l’automobile, les services électriques.
Enfin, le fait que les pays émergents aient réussi à l’instar de ce que nous anticipions à éviter une crise profonde et marquée. Certains d’entre eux sont même sortis de la tourmente.

Ainsi les entreprises exportatrices en bonne forme vont continuer à bien se comporter grâce à l’accroissement de la demande extérieure et les entreprises tournées vers le territoire domestique vont pouvoir connaitre un redressement de leur activité grâce à une intensification de la demande intérieure.

Entreprises internationales versus entreprises domestiques, avez-vous une préférence ?
Nous mettons l’accent pour l’instant sur les entreprises dont l’activité est essentiellement en dehors de l’Europe car nous admettons qu’il est encore trop tôt pour aller vers les valeurs domestiques.

Quels principaux risques identifiez-vous à ce stade pour les prochains mois ?
Une amplification des agitations géopolitiques, spécialement en Ukraine et en Irak. Il faut espérer qu’il n’y ait pas de contagion des perturbations que l’on perçoit à d’autres pays, auquel cas cela pourrait être dommageable pour les marchés.
Un autre facteur de risque est lié aux agissements de la BCE. Celle-ci a déployé une partie de ses armes, à savoir la baisse des taux. Il reste à concrétiser les mesures destinées à permettre une meilleure circulation de la liquidité entre les banques et les entreprises. Un long chemin reste donc à faire. Des réponses sont attendues en septembre et octobre pour rassurer les investisseurs s’agissant des garanties apportées en contrepartie des prêts accordés aux banques de la zone euro ou encore concernant le programme d’achat d’ABS. Nous ne sommes pas à l’abri de déceptions.
La menace d’une remontée exacerbée des taux qui pourrait provoquer une chute des actions existe mais nous paraît peu probable. Si une élévation des taux venait à se concrétiser, elle trouverait très certainement sa justification dans la robustesse de la croissance économique.

Envisageriez-vous dans les mois à venir de modifier votre allocation sur les actions de la zone euro ?

Pour l’heure, nous sommes aujourd’hui très confortables avec l’allocation que nous avons. Nous ne craignons pas d’éléments majeurs qui nous conduiraient à réduire drastiquement notre poche d’actions de la zone euro. Nous sommes convaincus que nous n’avons pas totalement épuisé tout le potentiel de ce segment de marché.

A lire également le dossier : "Que faut-il attendre des marchés actions au second semestre 2014 ?"


Propos recueillis par Imen Hazgui