Espace International - News, articles, interviews et dossiers

Interview de Alexandre  Carrier : Gérant analyste chez Natixis Asset Management

Alexandre Carrier

Gérant analyste chez Natixis Asset Management

Nous ne voyons pas l'or aller au-delà du plancher de 1200 dollars

Publié le 03 Septembre 2014

Quel regard portez-vous sur l’évolution du cours du baril de pétrole ?
Si de prime abord, le cours du Brent affiche un repli de près de 7% depuis janvier, sur un historique un peu plus long le prix du pétrole est empreint d’une relative stabilité.
Le prix du baril a continué à osciller entre 10 et 15 dollars au-dessus ou en dessous de 100 dollars.

Comment expliquez-vous cette relative stabilité ?

D’un point de vue fondamental, nous sommes sur un équilibre offre-demande assez tendu. L’offre essentiellement alimentée par la hausse de la production aux Etats-Unis mais mise sous pressions par les perturbations géopolitiques au sein de grands pays stratégiquement importants pour la matière première devrait progresser de 1,1 million de barils par jour. Parallèlement, la demande qui a repris depuis la crise financière de 2008 mais qui reste limitée en raison de la morosité de la conjoncture économique devrait se rehausser d’environ 1,2 millions de barils par jour.

Le conflit en Irak est clairement selon vous le principal risque haussier à avoir à l’esprit pour le cours du baril au cours des prochains mois à venir ?
Effectivement. L’avancée des Djihadistes dans le pays a alimenté des craintes autour d’un impact négatif sur la production pétrolière en Irak qui est aujourd’hui 1,6 million de barils par jour. Le baril a d’ailleurs atteint un sommet à 112 dollars en juin pour redescendre ensuite, les investisseurs s’étant aperçus que l’essentiel de la production se situait dans le sud, dans des zones très bien protégées.

Le risque lié à ce pays est d’autant plus important si l’on considère un horizon de moyen terme…
Selon l’Agence international de l’énergie, l’Irak pourrait potentiellement doubler sa production pétrolière dans les années à venir. Nous pourrions d’ici 2020 passer à une production de 6 à 7 millions de barils par jour.
La persistance des perturbations pourrait finir par décourager les sociétés pétrolières à investir et à développer de nouveaux champs et compromettre l’augmentation de la production à venir comme prévu.

Hormis l’Irak, voyez-vous d’autres risques haussiers pour la matière première ?
L’accentuation des conflits entre la Russie et l’Ukraine, la Palestine et Israël, l’intensification des tensions internes en Libye, ou encore l’aggravation de la guerre civile en Syrie. Ces différentes zones de surchauffe contribuent à la création d’une prime de risque qui s’ajoute aux fondamentaux. Celle-ci est de 5 à 10 dollars. Elle pourrait cependant croitre à 15 ou 20 dollars.

Quatre risques baissiers sont identifiés : l’accroissement de la production aux Etats-Unis et en Libye, la levée de l’embargo sur les exportations pétrolières de l’Iran, ainsi que l’appréciation du dollar. Qu’en pensez-vous ?
Nous avons tous ces risques à l’esprit. C’est la raison pour laquelle nous ne sommes pas plus optimistes sur la matière première.
Ceci étant la probabilité de concrétisation de ces risques est assez faible. S’agissant de la production pétrolière des Etats-Unis certains analystes qui étaient très optimistes quelques mois plus tôt, ont révisé leurs perspectives à la baisse. La modélisation de la production dans les champs de gaz et pétrole de schiste est compliquée car nous n’avons pas d’antécédents fiables sur le sujet. La durée de vie de ces champs est extrêmement courte comparativement aux champs traditionnels. Il faut constamment en relancer de nouveaux. Aussi, même si elle devrait demeurer soutenue, la croissance de production pétrolière aux Etats-Unis pourrait s’avérer un peu moins forte qu’attendue.

Nous avons pu voir la réouverture d’un port en Libye qui a joué une certaine influence sur le cours du baril. L’accalmie dans le pays n’est cependant pas acquise.
S’agissant de l’Iran des signatures devaient en principe aboutir cet été. Les discussions ont finalement été repoussées à novembre. Il n’est pas du tout évident que nous parvenions à une issue favorable compte tenu de l'implication de l'Iran dans le conflit irakien.

La montée du dollar est à mon sens le principal risque baissier à l’heure actuel. Traditionnellement l’appréciation du billet vert a tendance à avoir des répercussions négatives sur le prix des matières premières en général.

A ce stade de l’année à quelle variation du cours du baril vous attendez-vous pour les mois à venir ?
Le cours devrait rester autour de 105 dollars le baril. Cependant plus le conflit en Irak se poursuit, plus la hausse de la production pétrolière du pays est remise en cause, et plus il pourrait y avoir des pressions à la hausse sur le cours. Celui-ci pourrait redépasser les 110 dollars.
A présent quelle analyse faites-vous de l’évolution du cours de l’or ?
Après un fort déclin en 2013 en raison du fort repli de l’investissement financier via les ETF, l’or a repris de l’élan depuis janvier. Le prix de l’once d’or est passé de 1200 à 1290 dollars. Malgré la hausse du dollar ces dernières semaines, la matière première est restée stable. La principale explication tient au fait que l’or constitue une bonne assurance face à la multiplication des perturbations géopolitiques.

D’aucuns considèrent que la remontée des taux de la Fed constitue le principal risque baissier pour l’or. Qu’en pensez-vous ?
La remontée des taux de la Fed et dans la foulée l’appréciation additionnelle du dollar devraient peser sur l’or à la baisse.
La matière première tend à bien performer lorsque les taux d’intérêt réels sont négatifs. Aujourd’hui, aux Etats-Unis les taux corrigés de l’inflation sont toujours en dessous de 0.
S’il y a une remontée des taux, l’opportunité du coût de détention de l’or sera moins intéressante et la matière première perdra de son intérêt.

Le repli devrait être limité...
Structurellement, la consommation d’or des pays émergents s’inscrit dans un trend haussier. Il y a une relation positive entre la hausse du PIB par habitant, et l’achat d’or.
En 2013, la Chine s’est même érigé en plus grand consommateur d’or dans le monde, devant l’Inde, avec une demande de 1 132 tonnes (en croissance de 259 tonnes), représentant 26% de la demande globale. Après une telle année de hausse, la demande chinoise à quelque peu ralenti en 2014. Ceci étant dit, elle pourrait atteindre 1,350 tonnes en 2017.
Par ailleurs, les banques centrales de ces pays émergents continuent à afficher un réel engouement pour l’or. En Chine, en Russie, en Turquie, ces banques centrales sont redevenues nets acheteuses d’or alors qu’elles étaient net vendeuses pendant plusieurs années.

Si 1100 dollars est un support naturel car il correspond au coût de production, en dessous duquel de nombreux producteurs d’or génèrent des pertes, nous ne voyons pas l’or aller au-delà du plancher de 1200 dollars.
Nous pourrions alors nous retrouver, comme pour le pétrole, dans un canal entre 1200 et 1400 dollars.

Qu’en est-il des principales caractéristiques de votre allocation d’actifs ?
Nous sommes totalement investis sur des sociétés productrices d’or. Les niveaux de valorisation étaient très bas. Le rebond du prix de l’or a aidé à la performance des titres.
Les cinq principales positions de notre portefeuille sont Goldcorp, Randgold, Barrick Gold, Agnico Eagle Mines, et Newmont Mining. Nous favorisons également les sociétés mid-caps ainsi que les valeurs de Royalties.

Nous privilégions le secteur pétrolier dans les pays où la devise baisse comme en Russie.

A lire également le dossier :
''Pétrole, or, blé, maïs, soja, colza : à quoi s'attendre sur le marché des matières premières au second semestre 2014 ?"

Propos recueillis par Imen Hazgui

OK, tout accepter
Fermer