Interview de Roland Kaloyan : Responsable de la stratégie actions européennes  au sein de Société Générale Corporate & Investment Banking

Roland Kaloyan

Responsable de la stratégie actions européennes au sein de Société Générale Corporate & Investment Banking

Actions de la zone euro en 2015 : nous recommandons de préférer les actions françaises et italiennes par rapport aux actions espagnoles et allemandes

Publié le 29 Janvier 2015

Quel bilan tirez-vous du parcours réalisé par les actions de la zone euro en 2014 ?
Nos attentes pour 2014 étaient plus élevées que ce que nous avons finalement eu. Le Cac 40 a terminé l’année en hausse de 2,6% si l’on inclut les dividendes. L’Eurostoxx a gagné environ 5%, ce qui est relativement décevant.
Les rotations sectorielles ont été assez violentes. Une chute du secteur pétrolier a été induite par une forte baisse du cours du baril qui a pesé sur certaines géographies en particulier comme la Norvège, le Portugal, l’Italie ou même la France.
La Russie a par ailleurs eu une influence négative toute au long de l’année dernière sur la cote européenne. Le référendum écossais a également eu des répercussions significatives sur le segment.

Avec quel état d’esprit débutez-vous cette année 2015 ?

Certains fondamentaux sont au vert. Deux facteurs devraient être très porteurs s’agissant de la compétitivité des entreprises européennes, à savoir la dépréciation de l’euro depuis juin 2014 et la division par deux du prix du pétrole. Quasiment toutes les grandes études économiques montrent qu’un vif repli du cours de la matière première est un bienfait pour la croissance économique mondiale. Cela devrait se faire ressentir en 2015.
Sans oublier dans certains pays spécifiquement comme la France ou en Italie l’adoption avérée ou envisagée de réformes avantageuses pour les entreprises à l’instar du CICE ou du Pacte de responsabilité.

Comment voyez-vous les choses évoluer sur le front de la devise et du pétrole ?

Nous sommes d’avis que le recul de l’euro non seulement contre le dollar mais aussi contre le sterling et le franc suisse n’est pas terminé. Le dernier signal envoyé par la BCE milite dans cette direction.

Ces quatre facteurs réunis que sont la légère embellie de la croissance économique, baisse de l’euro, chute du pétrole, amoindrissement du cout de la dette vous poussent à tabler sur quelle progression des profits pour cette année ?

Nous ne faisons pas de prévisions a proprement parler. Le consensus anticipe un accroissement de 9%. Ce chiffre nous parait totalement atteignable.

De quelle manière avez-vous accueilli l’annonce du lancement d’un programme de quantitative easing par la Banque centrale européenne ?
Ce programme était fermement attendu par le marché. Plusieurs messages avancés par l’institution monétaires allaient dans ce sens.

Une expansion des multiples ou une augmentation du dividende moyen vous paraissent-elles plausibles ?

Si l’on considère que le taux de redistribution à vocation à rester constant nous pouvons effectivement nous attendre à une élévation du niveau du dividende moyen. Nous devrions assister à une expansion des multiples si l’amélioration de la conjoncture se confirme et que le marché commence à intégrer une croissance économique plus soutenue. Le QE de la BCE devrait permettre aux autorités budgétaires de quelque peu assouplir l’austérité et de voir une compression additionnelle des taux d’intérêt pour certains pays de la périphérie ainsi que pour leurs entreprises.

Aujourd’hui le  PE (rapport cours de bourse sur bénéfices attendus à 12 mois) est de 14, en ligne avec la moyenne historique de 30 ans, contre 17 aux Etats-Unis.

Peut-on escompter une année vigoureuse sur le plan des opérations capitalistiques ?

Tous les ingrédients sont réunis à mon sens pour voir la dynamique des fusions acquisitions s’intensifier notamment dans la pharmacie.
Au-delà nous pourrions également voir d’avantage d’opérations de restructuration avec des cessions d’actifs, des recentrages singulièrement dans le secteur des matières premières de manière à optimiser les bilans et la rentabilité sur fonds propres. Certaines entreprises ne sont clairement pas aujourd’hui calibrées pour une demande structurellement affaiblie.

Quels principaux risques identifiez-vous ?
Le risque principal serait de faire face à une économie américaine qui tourne au ralentie ce qui compromettrait la robustesse de la croissance mondiale.
Un faux pas pourrait se matérialiser du coté de la politique monétaire de la Réserve fédérale américaine. L’idée généralement reçue est celle d’une hausse des taux en juin 2015 pour la première fois depuis 10 ans.

Les menaces d’ordre politique sont également multiples. Des élections sont programmées le 7 mai au Royaume-Uni. La question de sortie du pays de l’Union européenne sera sans nul doute remise sur la table avant ces élections. Les attentes sont fortes de la part du nouveau gouvernement indien s’agissant de l’adoption de réformes et des autorités politiques chinoises sur le terrain des projets d’envergure de construction d’infrastructures. Un chiffre de 1000 milliards d’euros circule sur ce dernier point. Nous ne sommes pas à l’abri de déceptions.

L’ensemble de ces points d’incertitude devraient entretenir une volatilité élevée sur le marché. Des trous d’air qui devraient donner lieu à des points d’entrée intéressant devraient se dessiner.

Que préconisez vous s’agissant de l'allocation d’actifs sur le segment de marché ?
Au-delà de la thématique de la restructuration des entreprises nous aimons bien celle du versement de dividendes accrus régulièrement. En cela nous mettons l’accent sur le secteur de l’assurance, la pharmacie, les foncières, les services aux collectivités qui offre un dividende situé entre 3,5% et 5%.

Sur le plan géographique nous recommandons de maintenir une exposition sur les valeurs françaises et les valeurs italiennes par rapport aux valeurs espagnoles et allemandes qui ont bien progressé ces dernières années et qui devraient pâtir s’agissant de la première puissance de la zone euro de hausse de salaires sur fond d’un faible chômage et donc des pressions exacerbées sur les marges des entreprises.

La surperformance des grandes capitalisations sur les petites capitalisations devrait perdurer dans un contexte de revalorisation du dollar, de hausse des taux de la Fed, et d’un resserrement de la liquidité au niveau mondial.

Quel style de gestion favoriser ?
Le style value devrait retrouver un engouement en cours d’année sur fond d’une embellie économique.

  A lire également le dossier : "Enfin un puissant rattrapage des actions européennes en 2015 ?"

Propos recueillis par Imen Hazgui