Interview de Gilles Guez : Directeur des gestions chez BFT Gestion

Gilles Guez

Directeur des gestions chez BFT Gestion

Actions à dividende : nous mettons l'accent sur l'immobilier coté et le secteur automobile

Publié le 17 Février 2015

Si la stratégie basée sur les actions à haut dividende existe depuis longtemps, celle-ci a gagné en acuité ces dernières années et devrait conserver une importance toute particulière en 2015. Pourquoi ?
Les investisseurs sont confrontés aujourd’hui à la nécessité de grimper l’échelle du risque pour performer. Le taux allemand à dix ans, considéré comme le taux sans risque, rapporte à peine 0,4% aujourd’hui. Cela suppose d’aller sur les obligations souveraines des pays périphériques et des pays émergents, sur les obligations d’entreprises à haut rendement… et sur les actions à dividende. Au sein de la zone euro, le rendement du dividende se situe à 3,5%. C’est clairement le meilleur rendement de dividende au sein des grands marchés des actions développées.

Plusieurs remarques sont cruciales à avoir à l’esprit avant de s’aventurer dans une stratégie d’investissement axée sur les actions à haut dividende ?
Pour commencer, le critère du haut dividende en tant que tel n’est pas suffisant. Il faut y associer la croissance et la pérennité du dividende. C’est la combinaison dividendes élevés, dividendes en croissance et dividendes pérennes qui vont permettre de distinguer les bons choix d’investissement des trappes à la liquidité, autrement dit des titres qui apparaissent peu cher, qui offrent des bons rendements, mais qui n’ont pas vocation à connaitre une appréciation de leurs cours de bourse, bien au contraire.
Pendant de nombreuses années, le secteur des télécoms offrait des dividendes importants cependant la pression était tellement importante sur les prix et sur les marges, que les performances boursières ont été très mauvaises. C’est la stabilisation de la détérioration de la rentabilité qui a ensuite permis aux actions de ce secteur de repartir.

Cette stratégie du dividende suppose un horizon d’investissement plutôt long terme ?
Plusieurs études académiques se sont efforcées d’analyser historiquement le lien entre versement des dividendes et performance boursière. Une étude qui fait référence est celle de Kenneth French. Elle balaie le versement des dividendes sur le marché américain de 1928 à 2011 et démontre qu’indéniablement, à moyen terme, acheter des actions à haut dividende amène vers une meilleure rentabilité annualisée des portefeuilles.

Contrairement à d’autres thématiques d’investissement, il est possible grâce à cette stratégie d’avoir une bonne diversification des placements…
Les opportunités peuvent être trouvées sur quasiment l’ensemble des secteurs : dans l’industrie, l’automobile, la pharmacie, les banques, les médias, le tourisme… L’investisseur n’est pas cantonné à un ou deux segments d’activité.

Nous pouvons déceler deux familles de gérants qui travaillent cette stratégie du dividende ?
Au sein de la première famille, les gérants veulent uniquement opter pour des valeurs à haut dividende défensives, autrement dit peu sensibles au cycle économique, dont la trajectoire des bénéfices est peu heurtée par un changement de comportement des consommateurs : les utilities, les télécoms, les pharmaceutiques, les sociétés d’alimentation et de boisson. Le portefeuille est construit de manière à avoir un bêta, un coefficient d’exposition au marché, significativement inférieur à 1. Pourtant, il existe aussi un certain nombre de secteurs cycliques offrant des profils de rendement du dividende attractifs : les automobiles, les industriels, la construction. Si la volatilité de ce segment s’avère plus élevée, le spectre d’investissements se retrouve plus élargi et donc plus intéressant.

Dans quelle catégorie vous situez-vous ?

Notre gestion combine les deux segments du marché des valeurs à hauts dividendes Notre portefeuille est construit autour d’un socle solide de valeurs défensives et permet en même temps une exposition sur des secteurs plus cycliques. Sur un cycle boursier complet, nous avons la conviction que cette stratégie est créatrice de valeur

Il existe des phases de marché dans lesquelles la stratégie n’est pas le bon cheval de bataille ?
Cela a été le cas en 2009 et 2010. Nous avons connu à cette période un rebond significatif du secteur bancaire et des valeurs cycliques pour partie assez peu pourvoyeurs de dividendes. Les périodes de forte reprise de risque bénéficient aux segments des valeurs de restructuration à fort bêta

De votre point de vue la stratégie dividende s’intègre dans une démarche plus large qui est la démarche « value » ?
C’est une chose que certains investisseurs ont tendance à occulter. Miser sur les dividendes suppose une approche plutôt contrariante, différente de celle de la majorité des opérateurs sur le marché.

Y a-t-il un seuil de dividende que vous considérez et en dessous duquel vous refusez d’aller ?
Nous estimons que le minimum de rendement de dividende qu’un titre doit proposer pour un candidat à l’achat est le rendement moyen du marché. Nous allons rarement nous intéresser à une action qui offre un dividende inférieur à 3,5% aujourd’hui.
Nous avons, qui plus est, une vision agrégée au niveau du portefeuille. La somme des valeurs détenues ajustées de leur poids doit conduire à un résultat entre 0,5% et 1% au dessus du rendement de l’indice. Le portefeuille propose ainsi entre 4% et 4,5% de rendement du dividende.

Quel est le filtre de qualité que vous mettez pour percevoir les bons signaux d'achat ?
Nous aimons bien partir du cycle de vie d’une entreprise qui peut être divisé en quatre : start-up, lancement, croissance, maturité.
Notre zone d’investissement englobe les entreprises encore en croissance qui arrive en phase de maturité. Cela sous entend des sociétés qui ont une récurrence des revenus, de fortes barrières à l’entrée, et des parts de marché établis qui les poussent à avoir une rentabilité sur capitaux investis considérable. L’analyse fondamentale est systématique.

A combien de titres évaluez vous votre univers d’investissement ?
Entre 150 et 200 titres. Notre portefeuille contient une cinquantaine de titres en ligne avec une gestion de conviction.

Qu’en est-il de votre allocation géographique ?
Il nous parait primordial de nous intéresser à l’ensemble de la zone Europe, pas seulement la zone euro. En particulier le marché britannique et le marché suisse revêtent un intérêt fort pour les valeurs à haut dividende. Au Royaume-Uni, l’appétit des fonds de pension pour le dividende a incité les sociétés à avoir une démarche importante sur le dividende. En Suisse, de nombreuses valeurs pharmaceutiques sont distributrices d’un dividende significatif comme Roche, Novartis…

Avez-vous des dominantes en termes de thématiques ?
Nous en avons au moins deux. En premier lieu, l’immobilier coté. C’est souvent un des meilleurs secteurs performants dans un contexte de taux affaiblis. Un autre secteur que nous plébiscitons est le secteur automobile.
Sur les foncières, le fort rallye que nous avons connu ces dernières années ne vous a-t-il pas convaincu à réduire la voilure sur le secteur ?
Il y a effectivement lieu d’être très prudent et sélectif. Nous avons mis l’accent sur l’immobilier allemand qui offre un certain de retard en termes de valorisation. Nous pouvons aussi être amenés à envisager l’immobilier italien.

Quel regard portez-vous sur les autres grands secteurs distributeurs de dividendes que sont les télécoms, les utilities et les banques ?
Nous avons une opinion positive sur le secteur des télécoms liée à deux phénomènes. Tout d’abord le mouvement de concentration qui est en œuvre qui devrait conduire à une amélioration du profil concurrentiel et de la rentabilité des opérateurs. Ensuite, une monétisation grandissante des données, qui autorise un surplus de revenus.
Nous sommes plus prudents sur le secteur des utilities très lié à la décision des Etats, très endettés. Nous craignons que ce secteur régulé se voit ponctionner sa rentabilité.
Sur le secteur bancaire, nous sommes très discriminants et privilégions les institutions qui nous semblent les plus solides à travers les ratios de solvabilité et de liquidité.

Peut-on s'attendre à une surchauffe sur ces valeurs ?
Il faut considérer la situation secteur par secteur. Sur le secteur des foncières notre opinion positive est étroitement liée à l'environnement de taux bas. Une prudence est de mise en cas de remonter des taux .

Certains secteurs accusent un retard de performance significatif et n’ont recommencé à se réchauffer quelque peu que ces derniers jours comme le secteur pétrolier. Si le cours du baril se stabilise, cela peut constituer une opportunité.

Propos recueillis par Imen Hazgui