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Interview de Serge Hayat : Président de l'association de représentation des Sofica

Serge Hayat

Président de l'association de représentation des Sofica

Les Sofica ont adapté leur méthodologie d'investissement à la baisse de l'avantage fiscal

Publié le 27 Octobre 2015

Les Sofica fêtent cette année leurs 30 ans d’existence. En quoi ce produit financier est-il utile au cinéma français ?
Les Sofica (sociétés de financement de l'industrie cinématographique et de l'audiovisuel) sont un élément clé du financement du cinéma et de la production audiovisuelle français. Depuis 30 ans, elles ont investi 1,5 milliard d’euros dans 1850 films, soit 1/3 de la production française. Elles permettent aux sociétés de production de boucler le financement de leurs films très en amont de leur conception sans qu’il soit besoin de solliciter des avances auprès des banques et sont souvent décisives pour convaincre d’autres investisseurs de se rallier aux projets. A la différence d’autres dispositifs fiscaux qui interviennent également dans le financement de la production cinématographique (fonds TEPA, dispositif Dutreil), les Sofica permettent de soutenir prioritairement les œuvres portées par la production indépendante, notamment les films à moins de 8 M€, les premier et deuxième films, dont beaucoup n’existeraient pas sans leur apport. C’est donc un élément de soutien essentiel à la filière qui contribue à faire du cinéma français le premier cinéma européen en termes d’entrées et de rayonnement à l’étranger.

N’est-il pas risqué d’investir dans de « petits films »?
Les films d’auteur ne sont pas forcément les plus risqués car ils coûtent moins chers et sont plus rapidement rentables,même s’ils font peu d’entrées. Sur les très gros films, plus chers, le risque de casse est plus important mais l’« upside » l’est également. L’encadrement des Sofica par une triple tutelle, celle de l’AMF, de la Direction générale des Finances publiques et du Centre national du cinéma est un gage de rigueur des investissements. En moyenne une Sofica étudie 150 à 300 films par an mais n’en finance que 15 à 25 au final, avec un souci de diversification entre les films à gros et plus petit budget. Par ailleurs, les Sofica ont adapté leur méthodologie d’investissement à la suite de la baisse de l’avantage fiscal, en prenant moins de risques notamment.

Pour un épargnant, quel avantage offre l’investissement dans les Sofica ?
ll s’agit d’un placement défiscalisé qui ouvre droit à une réduction d’impôt de 36% des sommes investies au bout de cinq ans. C’est actuellement la plus forte « niche fiscale » à disposition des particuliers. En contrepartie, les actionnaires acceptent d’immobiliser leur argent pendant 5 ans et leur capital n’est pas garanti.

Il y a donc un risque de perte en capital, sachant que le montant d’investissement minimum est de 5000 euros…
Oui mais ce risque est plus faible que pour d’autres produits défiscalisés comparables, comme les FCPI. Ces dernières années le TRI (ndlr : taux de rendement interne) des Sofica a oscillé entre 2 et 8%, avantage fiscal compris. Cet avantage reste le principal moteur de rentabilité des Sofica.

La collecte 2015 s’annonce-t-elle à la hauteur de vos attentes ?
Il est encore trop tôt pour le dire. La campagne 2015 vient de démarrer et s’achèvera le 31 décembre. Depuis deux ans nous observons une baisse de la collecte alors que les Sofica sont un produit rare qui a toujours très bien fonctionné. Nous y voyons l’effet de la réduction de l’avantage fiscal, passé de 48% il y a cinq ans à 36% aujourd’hui. Nous militons pour une revalorisation de cet avantage qui, selon la Cour des Comptes, est l’une des niches fiscales les plus efficaces. En effet pour chaque euro de « cadeau » fiscal, les Sofica génèrent 2,7 euros de recettes. Sur ce plan là aussi, le dispositif a montré son efficacité.

Propos recueillis par François Schott