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Interview de Christophe Donay : Responsable de l'allocation d'actifs et de la recherche économique de la Banque Pictet

Christophe Donay

Responsable de l'allocation d'actifs et de la recherche économique de la Banque Pictet

Fed, BCE, BoJ : le rôle d'étoile du berger des grandes banques centrales occidentales pourrait se ternir en 2016

Publié le 05 Novembre 2015

Depuis l'apparition de la crise de 2008, les marchés ont été dopés par la liquidité abondante des banques centrales, provenant à la fois des pays développés et des pays émergents. Le propos de certains est que nous allons entrer en 2016 dans une nouvelle ère, où la liquidité devrait être de moins abondante. Qu’en pensez-vous ?
Ce n’est pas notre lecture. Les liquidités injectées par les principales banques centrales restent massives avec, selon nos calculs, plus de 1400 milliards de dollars en 2016, contre un peu plus de 1300 en 2015 et un peu plus de 500 en 2014. Certes, la Réserve fédérale (Fed) sort de son programme d’assouplissement quantitatif, mais la Banque centrale européenne y entre et la banque centrale du Japon (BoJ) l’accentue.

La crédibilité des grandes banques centrales est-elle pour autant en train d'être mise en cause ?
Nous nous posons également cette question. L’impact des banques centrales pourrait changer de nature. Leur rôle d’étoile du berger pour les marchés pourrait se ternir.

Pourquoi ?
Tout d’abord, parce que le calendrier du premier resserrement monétaire de la Fed, de probablement 25 points de base de ses taux directeurs, n’est pas clair. Repoussé depuis plusieurs mois, ce calendrier fait l’objet de toutes les spéculations et crée un climat d’incertitude permanente. La tendance haussière des marchés actions en est péjorée.
Ensuite, le système monétaire que définissent les banques centrales répond au triptyque: désynchronisation, hétérogénéité et non-coopération. Ce triptyque tend désormais à augmenter la volatilité des marchés. Bien qu’aucune banque centrale n’ait intérêt à détériorer les mécanismes de reflation des prix des actifs - qui constitue un objectif implicite des politiques monétaires conduites depuis 2009 - elles devraient éprouver davantage de difficulté à guider les marchés avec la même efficacité. L’investisseur doit s’attendre à des tendances dans les classes d’actifs sensiblement moins fortes et à une volatilité plus élevée des prix.

Les tensions que l'on a vécues en août sont-elles la première manifestation de cette remise en cause ?
Les tensions sur les marchés financiers en août étaient partiellement dues à la Réserve fédérale. Cette dernière envisageait concrètement un relèvement imminent du taux des Fed funds.
Aussi – et surtout – ces tensions étaient dues aux inquiétudes sur la croissance chinoise, dans le sillage de la dévaluation du yuan à la mi-août. En raison d’une communication peut-être légèrement maladroite, la crédibilité de la banque centrale de Chine s’est vue légèrement ébranlée. Cette situation ne devrait toutefois pas durer.

Est ce que les banques centrales ne peuvent réellement rien contre le ralentissement de la croissance économique et contre la montée des pressions déflationnistes ?
Seules, les politiques monétaires des banques centrales sont inefficaces. Pour qu’une relance économique soit soutenue, un volet fiscal/budgétaire est également nécessaire. C’est la raison pour laquelle les autorités nippones entament des discussions sur ce point.

Propos recueillis par Imen Hazgui