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Interview de Sebastiaan Van Doorn : Enseignant au département Entrepreneuriat&Innovation, Warwick Business School

Sebastiaan Van Doorn

Enseignant au département Entrepreneuriat&Innovation, Warwick Business School

Volkswagen ne semble pas prêt à une véritable remise en question

Publié le 10 Novembre 2015

Volkswagen a publié sa première perte trimestrielle depuis 15 ans suite au scandale des moteurs truqués. Les analystes chiffrent la facture finale entre 30 et 40 milliards d’euros. L’entreprise peut-elle se relever d’un tel faux-pas?
Il faut remettre en perspective ces chiffres. Volkswagen a réalisé l’année dernière un chiffre d’affaires de 200 milliards d’euros et un bénéfice net de près de 12 milliards. Il bénéficie d’une trésorerie abondante, qu’il vient encore de renforcer par la vente de sa participation dans Suzuki. Par ailleurs, c’est l’un des plus gros employeurs d’Allemagne. Il va certainement bénéficier d’arrangements fiscaux afin d’amortir le coût du scandale et lisser sur plusieurs années les pertes. Je ne suis donc pas inquiet pour la survie du groupe, même si les profits vont être impactés à court terme.
Le plus inquiétant, c’est que le groupe ne semble pas décidé à revoir son mode d’organisation, notamment le caractère très centralisé de la prise de décision et l’absence d’interface entre le “top management” et les niveaux intermédiaires d’encadrement. A cela s’ajoute le problème de l’âge des dirigeants (Matthias Muller, 62 ans, a remplacé Martin Winterkorn, 68) qui laisse craindre une gestion basée sur le court terme et la minimisation des risques plutôt qu’une véritable remise en question.

Selon vous Volkswagen n’a pas fait le bon choix en nommant le directeur de Porsche, Matthias Muller, au poste de directeur général?
Je pense en effet que c’est une erreur stratégique. Certes, le temps jouait contre Volkswagen et il fallait quelqu’un ayant une bonne connaissance du groupe pour reprendre la barre. Mais M. Muller pourrait être à son tour sur la sellette si les accusations de l’agence environnementale américaine concernant notamment le moteur 3l diesel de la Porsche Cayenne se confirmaient. Je ne suis pas sûr qu’il soit en mesure de mener à bien les changements nécessaires, d’autant qu’il est lui aussi proche de l’âge de la retraite. Il aurait été plus judicieux de prendre quelqu’un de la génération suivante qui soit en contact avec les fonctions de production.

Quelles leçons l’industrie automobile doit-elle tirer de cette affaire?
Le principal enjeu pour tous les constructeurs est de s’assurer que leurs véhicules respectent bien les normes en vigueur au regard des nouveaux tests, plus réalistes, qui vont être menés. Cela nécessite un changement de culture alors que l’industrie semble plutôt habituée à contourner ces normes. Ce changement passe par une évolution des chaînes de décision et des organisations, et représente un défi pour tous les acteurs du secteur.

Propos recueillis par François Schott

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