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Interview de Philippe Crevel : Directeur du cabinet Lorello Ecodata et du Cercle de l'Epargne

Philippe Crevel

Directeur du cabinet Lorello Ecodata et du Cercle de l'Epargne

Les actions sont aujourd'hui le seul moyen d'obtenir du rendement

Publié le 15 Janvier 2016

Peut-on parler de "pause fiscale" en 2016 pour les épargnants   ?
La fiscalité de l’épargne s’est stabilisée depuis deux ans en France, ce qui est plutôt une bonne nouvelle. En revanche, la politique monétaire de la Banque centrale européenne a des conséquences importantes sur les épargnants qui voient les rendements de leurs placements baisser. C’est ce qu’on appelle, en terme économiques, la « répression financière ». Elle consiste à faire peser sur les épargnants le poids du désendettement de nos économies, en particulier de nos Etats. Cette politique va se poursuivre en 2016 puisque les taux de la BCE vont rester au plus bas au moins jusqu’à la fin de l’année.

La baisse des rendements touche notamment le livret A et l’assurance vie, les deux placements préférés des Français. Quelle stratégie adopter dans ce contexte ?

Les Français sont des épargnants assez avertis qui cherchent des placements alliant sécurité, liquidité et rendement. Ils ont logiquement délaissé les Sicav monétaires, qui ne rapportent plus rien, et se sont un peu détournés du livret A suite à la baisse de son taux à 0,75% qui a entraîné une décollecte de 10 milliards d’euros en 2015. Les deux produits phares de l’année écoulée ont été le plan épargne logement (PEL) et l’assurance vie qui sont des placements de moyen-long terme. A 2,3% en moyenne, le rendement des fonds euros de l’assurance vie reste correct mais ces rendements vont baisser. En effet, plus la période de taux bas dure moins les assureurs peuvent servir des taux intéressants car leur stock d’obligations mal rémunérées augmente. De son côté le PEL verra son taux abaissé à 1,5% à compter du 1er février (ceux qui ouvrent un PEL avant cette date profiteront encore d’un taux de 2%).

Les versements sur les supports en unités de compte (actions, OPCVM) ont représenté plus de la moitié de la collecte nette de l’assurance vie l’année dernière. Les Français reviendraient-ils progressivement vers la bourse ?
L’exposition des épargnants français aux marchés actions est encore modeste, autour de 15-16%, alors qu’elle pourrait aller jusqu’à 25-30%. C’est aujourd’hui le seul moyen d’obtenir du rendement. Bien sûr cela comporte une part de risque et on ne prend pas les mêmes risques à 45 ans qu’à 65. L’intérêt des unités de compte varie en fonction de l’âge et des projets de chaque épargnant. Les fonds de pension, qui sont des investisseurs de long terme, sont aujourd’hui exposés aux alentours de 30-40% aux marchés actions.

L’or et l’immobilier sont-ils des alternatives intéressantes selon vous ?
L’or est devenu un produit spéculatif et ne constitue plus forcément une valeur refuge. Quant à l’immobilier, il connaît une crise larvée depuis plusieurs années. Malgré la baisse des taux d’emprunt les ménages hésitent à acheter. Les investisseurs, quant à eux, ne peuvent pas espérer des rendements important compte tenu du prix d’achat des logements. Or ces prix risquent de baisser lorsque les taux remonteront, d’ici quelques années. La visibilité de cet investissement reste donc limitée.

Propos recueillis par Françoi Schott

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