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Interview de Pierre  Sabatier  : Président du cabinet Primeview

Pierre Sabatier

Président du cabinet Primeview

Notre principale inquiétude pour 2016 concerne le sort des économies émergentes productrices de pétrole

Publié le 18 Janvier 2016

Quel regard portez-vous sur le fort repli du cours du baril de pétrole ?
Au-delà du pétrole, l’ensemble des matières premières voient leur prix fortement orientés à la baisse depuis plusieurs trimestres. Le mouvement a débuté en 2012 et s’est accéléré en 2015.

Comment le justifiez-vous ?
La forte hausse des prix des matières premières au cours de la premières décennie des années 2000 avait été largement dûe à l’augmentation de la demande chinoise, qui s’est érigée comme l’Atelier du monde. Si bien que la Chine a fini par représenter un puissant moteur de l’écoulement des stocks de matières premières.

Les opérateurs de marché ont fini par prendre conscience des lourdes difficultés de Pékin à relancer la machine et des conséquences néfastes du ralentissement de la deuxième puissance économique mondiale sur le reste du monde, en particulier dans les autres pays émergents.

La dynamique observée dans une large partie de la sphère émergente découlait directement des échanges commerciaux avec la Chine. A présent que celle-ci tousse, un grand nombre des pays émergents se retrouvent enrhumés.

Qu’est ce qui explique le regain d’inquiétude de ce début d’année et la violente correction sur le marché des actions chinoises
?
Une telle abondance de liquidité a été injectée par les grandes banques centrales pour éviter l’effondrement du système financier, que des bulles ont été créées en conséquence dans quasiment tous les compartiment des actifs financiers, y compris les actions chinoises.
La publication de chiffres économiques décevants, entre autres l’indice PMI manufacturier de Markit, a déclenché un mouvement de vente qui s’est amplifiée par le comportement très moutonnier des investisseurs.

Dans quelle mesure les considérations sur la Chine sont-elles à l’origine du vif renforcement du repli du cours du pétrole ?
Au-delà de l’essoufflement économique de la Chine qui constitue le principal paramètre incriminé du coté de la demande, il y a aussi des éléments à prendre en compte du coté de l’offre. Le fort développement du pétrole de schiste aux Etats-Unis pour assurer à cette dernière une certaine indépendance énergétique a conduit en dépit du tassement de la demande à un maintien d’une offre très significative. Parallèlement, l’Arabie Saoudite, pays leader de l’OPEP a fait le choix de rentrer dans une guerre de parts marchés, de ne pas amoindrir sa production, et donc de ne plus servir de variable à la régulation à la hausse du cours du baril.

En outre, il est à garder à l’esprit que le pétrole est la seule matière première, avec l’or, à être utilisé comme un actif financier. En cela, la rapadité du mouvement est exacerbé par les multiples posititions vendeuses prises par les spéculateurs.

Pensez-vous que le retournement du marché pourrait découler de chiffres économiques plus favorables en  Chine ?
Je ne pense pas que cela sera le cas. Même si je ne m’attends pas à un décrochage de l’économie chinoise, je ne table pas non plus sur un notable rebond. Il est plus probable que l’on observe une relative stabilité de la situation.

Aussi, du point de vue de la demande, les matières premières devraient rester dans un tunnel de prix bas.

S’il devait y avoir un catalyseur, il serait plutôt à rechercher du coté de l’offre.

Que voulez vous-dire ?

Si a priori l’’Arabie Saoudite, qui a environ 600 milliards de dollars de réserves de change, a les moyens de faire face au creusement de son déficit structurel tout en continuant à produire à bas prix, tel n’est pas le cas d’autres grands pays émergents producteurs de pétrole qui souffrent sensiblement de la stratégie non coopérative menée par le pays leader de l’OPEP.

Votre préoccupation réside dans la résilience des autres économies émergentes productrices de pétrole ?

C’est effectivement notre principale source d’inquiétude. La chute du cours du baril s’est faite brutalement. De nombreux pays producteurs vont avoir de plus en plus de mal à résister au choc.

Peut-on escompter une remontée du cours du baril d’ici la fin de l’année ?

La remontée pourrait se faire à 50 dollars si nous avons beaucoup de débouclements de positions vendeuses à la suite de quelques bonnes nouvelles macroéconomiques. Pour autant nous resterions sur un prix relativement bas.

Propos recueillis par Imen Hazgui