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Interview de Christian  Jimenez  : Président de Diamant Bleu Gestion

Christian Jimenez

Président de Diamant Bleu Gestion

Chute du Cac 40 de plus de 12% depuis début janvier : nous ne pouvons pas ne pas être inquiets

Publié le 09 Février 2016

Le Cac 40 enregistre une chute de plus de 12% depuis le début de l’année. Sur la seule journée de lundi, l’indice a perdu plus de 3%. Quels commentaires cela vous inspire-t-il ?
La première phase de correction du marché au mois de janvier s’est faite concomitamment à l’accélération du repli du cours du baril de pétrole sur fond d’un ralentissement plus fort que prévu en Chine. Fondamentalement la baisse du prix du pétrole constitue une bonne nouvelle pour les pays massivement importateurs, notamment un grand nombre de pays de l’OCDE, dès lors que cela confère du pouvoir d’achat aux ménages pour consommer davantage et une marge de manœuvre supplémentaire aux entreprises pour plus investir. Cependant, passé un certain seuil, en l’occurrence, celui de 30 dollars le baril, les effets négatifs de la correction du cours de la matière première sur les sociétés et pays substantiellement producteurs et sur la croissance mondiale sont susceptibles de l’emporter sur les effets positifs précédemment évoqués.

Il semble que nous soyons entrés lundi dans une nouvelle phase de correction, le baril de pétrole ne baissant pas davantage et les dernières statistiques économiques sur la Chine étant plutôt de bonne facture. Cette nouvelle phase s’explique probablement par l’atteinte de niveaux de « stop loss » par plusieurs intervenants. Les ventes générées conduisent à de nouvelles baisses des cours de bourse qui à leur tour correspondent à d’autres niveaux de « stop loss »… In fine, la correction devient autoentretenue.

Nous pouvons penser que le phénomène ne devrait pas durer trop longtemps. Ce que nous vivons ressemble quelque peu à une capitulation qui suppose que le rebond n’est pas loin.

Ceci étant, cela est sans garantie. Il faudrait que les investisseurs reviennent pour voir un renversement de tendance. Le problème est que ce qui est de nature à susciter ce retour, c’est une action ou une déclaration d’envergure d’une grande banque centrale. Or pour l’heure l’ensemble des grandes banques centrales sont très silencieuses.

Quel regard portez-vous sur la mise à mal des banques européennes ? BNP enregistre un recul de plus de 24% depuis le début de l’année, Crédit Agricole de plus de 25%, et Société Générale de près de 30%.

Nous sommes clairement face à une surréaction du marché vis-à-vis de certaines banques européennes. Les banques européennes en général sont plutôt solides. Lundi, le CDS à maturité cinq ans de Deutsche Bank, a renoué avec ses niveaux de la crise de la dette souveraine, de 2012. Or même si les résultats annoncés vendredi dernier ne sont pas très favorables, Deutsche Bank demeure une institution robuste. La sanction est sans doute trop sévère. Nous pouvons espérer que les excès disparaitront prochainement.

Etes-vous inquiet par la situation actuelle ?

Nous ne pouvons pas ne pas être inquiets.
Nous sommes objectivement arrivés à des niveaux de valorisations attractifs. Cependant la prudence reste de mise car nous ne sommes pas encore parvenus à une configuration de marché stabilisée.

Qualifieriez-vous la configuration actuelle de « bear market » ?

Je pense effectivement que nous avons changé de configuration depuis l’été 2015. Nous étions au premier semestre de l’an passé dans un bull market ponctué de trous d’air. Il semble que nous soyons entrés dans un bear market qui devrait être ponctué de rebonds momentanés.

Si la croissance s’installe davantage, si la déflation est mieux combattue, nous pourrions, en fin d’année revenir dans un bull market.

Au-delà de leur silence actuel, pensez vous qu’une accalmie pourrait découler d’une intervention des banques centrales ?

Incontestablement cette intervention serait une aide. Mais elle serait marginale. Les banques centrales ont déjà beaucoup fait. Elles ont tiré énormément de cartouches. Le système est présentement inondé de liquidité. Faire état d’un surplus d’injection de liquidité n’aurait sans doute pas un effet miracle. En cela, nous ne pouvons pas tout attendre d’elles.

Quelle appréciation faites-vous des deux risques liés au ralentissement de la Chine et à l’effondrement du cours du baril ?

Nous sommes d’avis que l’atterrissage de la croissance chinoise sera beaucoup plus lent que ce que certains peuvent craindre. Cette prise de conscience par les investisseurs, notamment au travers d’une absence d’une dévaluation marquée supplémentaire du yuan devrait contribuer à une certaine reprise du marché.
Il est manifeste que plus que jamais, le prix du pétrole est un driver des marchés financiers occidentaux. S’il y avait un minimum d’entente entre les producteurs pour réduire quelque peu les quantités produites, cela pourrait avoir un impact très positif sur le prix du baril, et de ce fait cela pourrait grandement atténuer les craintes. Il est toutefois très difficile de dater un tel accord.

A quel comportement vous pousse ces turbulences sur les marchés ? Quelle stratégie êtes-vous incités à adopter ?

Bien que nous nous efforcions de faire preuve de vigilance, nous ne pouvons pas nous permettre de rester en dehors du marché afin de profiter du rebond éventuel à venir. Nous sommes en pleine saison de publication des résultats des sociétés européennes. Jusqu’ici de nombreux chiffres ont été en ligne avec les anticipations. Si les annonces continuent à être rassurantes, cela devrait aider les opérateurs de marché à retrouver leur esprit. Nous pourrions revenir sur un niveau du Cac du début d’année.

Les trous d’air que l’on a jusqu’ici vécus ont-ils été des occasions de saisir des opportunités à moindre cout ?

Nous nous sommes notamment renforcés sur des valeurs de maisons de retraite médicalisées comme Orpea ou Korian, et des valeurs technologiques comme Capgemini et Atos.

Vous êtes vous repositionnés sur les valeurs pétrolières ?

Non. C’est encore trop tôt. Nous avons seulement Total. La société est moins exposée que ses homologues aux fluctuations du prix du pétrole. 70% de ses revenus découlent de son activité de raffinage et distribution.

Avez-vous une prévision pour le Cac 40 en cette fin d’année ?
Il ne faut pas s’attendre à une grande année 2016. En cela, le Cac 40 devrait revenir, peu ou prou, quelques pourcents au-dessus de son niveau de début d’année.

Si vous deviez augmenter votre exposition actions en cours d’année, quels segments privilégieriez-vous ?

Les valeurs immobilières européennes qui tirent avantage des taux bas, de la dépréciation de l’euro, qui sont tournées sur la consommation domestique. Egalement les valeurs de santé et les valeurs télécoms qui offrent un bon rendement.


Propos recueillis par Imen Hazgui