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Interview de Alexandre Baradez : Responsable de l'analyse marché chez IG

Alexandre Baradez

Responsable de l'analyse marché chez IG

L'accélération de la baisse de la livre sterling de ces derniers jours est un signal négatif lancé par le marché

Publié le 25 Février 2016

Quel regard portez-vous sur la forte dépréciation de la livre sterling ces derniers jours ?
La tendance négative sur la livre sterling n’est pas nouvelle. Elle a été initiée au début du second semestre 2014. Nous connaissons en réalité, depuis l’automne 2015, une deuxième grande vague de baisse de cette devise.
L’accélération du processus de dépréciation depuis dimanche soir est un signal négatif. Le choix fait par le marché de former un gap baissier témoigne d’une énorme défiance par rapport à ce qui se passe entre le Royaume-Uni et l’Union européenne.

Que pensez-vous du fait que la parité sterling dollar ait franchi à la baisse le seuil de 1,40 ?

Ce seuil de 1,40 est très technique et symbolique. C’est un seuil en dessous duquel depuis une trentaine d’années chaque fois que le marché a essayé une incursion- au début des années 1990, dans les années 2000, en 2008-il était systématiquement rejeté à la hausse.

A quelle suite des évènements vous attendez-vous ?

Le gap n’est pas comblé mais peut l’être sur un mouvement technique. Dans tous les cas, nous devrions continuer à avoir une tendance baissière dans les semaines à venir. Nous pourrions aller toucher le plus bas niveau de 2009 qui est à 1,35 et même faire une incursion en dessous.

Ce dernier niveau de 2009 n’est-il pas un niveau plancher ?

Je ne le crois pas. Le marché étant dans une accélération, il pourrait aller bien en dessous de ce dernier niveau pour aller chercher dans un cas extrême le niveau de 1985 à 1,03. Il est cependant peu probable que nous descendions jusque-là.

Pensez-vous que le mouvement baissier perdurera jusqu’à ce qu’ait lieu ce référendum, autrement dit jusqu’au mois de juin ?
Je pense que l’essentiel du mouvement se fera à brève échéance, d’ici la fin du premier trimestre/début du deuxième trimestre, par anticipation du risque, ce d’autant plus que nous sommes dans un marché éminemment craintif du fait d’une convergence de zones d’ombre liées à la Chine, à d’autres grands pays émergents, au pétrole, au comportement des banques centrales.

Y a-t-il un potentiel de baisse estimée de la livre sterling dans le cas où le scénario du Brexit venait à se concrétiser ?

Le marché pourrait pousser la livre vers la zone de 1.20/1.25.

A l’inverse si le peuple britannique se prononce en faveur d’un maintien du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne, quel niveau pourrait-on retrouver dans la parité sterling-dollar ?
Au moins 1,45/1.50. Je ne pense pas beaucoup plus haut en raison du différentiel des politiques monétaires FED /BoE.

Peut-on faire un lien entre l’accélération de la tendance baissière de la livre sterling de ce début de semaine et la reprise de la correction sur le marché boursier ?

Il y a effectivement un lien. Le risque de Brexit traduite par la dépréciation de la livre est venu s’ajouter à une couche de risques déjà existants. Les grands indices boursiers européens mais aussi américains devraient reprendre leur mouvement descendant. En cela, nous devrions retrouver un Cac sous les 4000 points, un Dax sous les 9000 points.

Y a-t-il un lien entre la baisse de la livre et la hausse du yen ?

Absolument. A la fois le yen mais aussi le franc suisse sont plus recherchés par les investisseurs ces derniers jours comme valeurs refuge.

D’aucuns associent par ailleurs la hausse du yen à un sentiment d’échec par le marché de la politique monétaire conduite par la BoJ ?

Ce n’est pas mon opinion. Le gouverneur de la Banque centrale, Haruhiko Kuroda, a répété à différentes reprises qu’il maintenait la porte grande ouverte pour intensifier la politique monétaire jusqu’ici conduite. De toute évidence, il faut s’attendre à ce que la BoJ agisse conformément à ses engagements.
En outre, nous sommes d’avis que face à l’inflation qui repart aux Etats-Unis, la Fed sera davantage encline à relever ses hausses de taux contrairement à ce que soutient actuellement le marché. Le différentiel des politiques monétaires militera d’autant plus pour de nouvelles pressions baissières sur le yen.

Le yen ne peut donc pas continuer à se raffermir durablement ?

La persistance d’un raffermissement du yen ne correspondrait pas à la réalité économique.

Quid du statut de valeur refuge de la devise ?
Une intervention de la BoJ et de la BCE, de manière coordonnée ou à quelques jours d’intervalle aura pour effet de détendre la perception du risque du marché avec un rebond des marchés actions et donc un rebond probable de la parité dollar yen et dollar franc suisse.

Jusqu’où pourrait aller la parité dollar yen d’ici la fin de l’année ?

La parité dollar yen pourrait s’élever à 130/135 d’ici la fin de l’année. Le mouvement de baisse actuelle du dollar face au yen devrait être fortement corrigé à la hausse d’ici quelques semaines.

Propos recueillis par Imen Hazgui