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Interview de Stéphanie Fawcett  : Responsable de l'étude Investor Pulse pour la France ; avec la participation de Ivana Davau, Responsable de la distribution pour BlackRock en France

Stéphanie Fawcett

Responsable de l'étude Investor Pulse pour la France ; avec la participation de Ivana Davau, Responsable de la distribution pour BlackRock en France

Pourquoi les Français continuent-ils d'avoir peur d'investir sur les marchés financiers ?

Publié le 31 Mai 2016

Vous avez présenté la semaine dernière les principales conclusions de votre étude Investor Pulse Survey, conduite chaque année à travers le monde. Pourriez- vous nous rappeler en quoi consiste cette étude ?
Cette étude faite à partir des réponses collectées auprès de de 31000 personnes, âgées entre 25 et 74 ans, d’horizons très divers, a pour ambition première d’informer les individus sur leur épargne à long terme, leur placement, leur problématique de retraite et les solutions qui peuvent être apportées.

Sur le marché français à proprement parler, les résultats ont été dégagés à partir des informations recueillis auprès de plus de 1000 interviewés pendant l’été 2015. Quels grands messages sont à distinguer ?

Tout d’abord, bien que les Français demeurent des champions de l’épargne, tel n’est pas le cas s’agissant de l’investissement financier. Sur ce plan les mentalités ont peu évolué.

Plus précisément 87% des Français ont de l’épargne pour faire face aux imprévus mais moins de la moitié d’entre eux se sentent en mesure de prendre des décisions financières, contrairement à ce que l’on peut relever dans des pays comme les Pays-Bas, l’Allemagne, le Royaume-Uni et l’Espagne.

Le décalage existant entre l’inclination à épargner et celle à prendre des décisions d’investissement financier est remarquable, de plus d’une dizaine de points ?
Absolument. L’épargne représente aujourd’hui plus de 15% des revenus disponibles. C’est le taux le plus élevé après l’Allemagne en Europe.
Mais, seulement 33% des Français ont des investissements, le plus bas pourcentage en Europe après les Pays Bas. En outre, seulement 28% des personnes interrogées estiment que l’investissement financier est fait pour eux.

En cela nous pouvons admettre que les Français continuent à avoir peur d’investir. Comment l’expliquer ?

Les raisons sont multiples et divers. Nous avons tout d’abord le cout de la vie, et la lourdeur de la fiscalité. La peur du risque est par ailleurs un paramètre fondamental. 70% associent cette notion de risque à une perte d’argent.
Dès lors, l’orientation vers des produits liquides, comme le livret A, domine largement dans le panorama. Présentement 55% de l’épargne est détenue sous forme de liquidité.

N’est ce pas un paradoxe lorsque l’on considère que les taux offerts par ces produits ont considérablement diminué ?

Il y a une prise de conscience de la part des Français de ce paradoxe. Ainsi le portefeuille réel avancé n’est pas du tout le même que le portefeuille idéal. Ce dernier n’est investi en liquidité qu’à hauteur de 31%.
Le gap est encore plus important chez les jeunes : 64% du portefeuille des jeunes est investi en liquidité alors que leur conception de portefeuille idéal ne devrait détenir que 27% de cash.
Le contraste est d’autant plus renforcé par le souci de participer au financement de l’économie française.

Comment expliquer un tel décalage ?

Par un manque manifeste de moyens et de pédagogie pour allouer les portefeuilles de manière plus optimale. A peine un quart des Français prend des conseils auprès d’un professionnel de la finance pour optimiser leur planification financière.
Ainsi alors que le portefeuille d’un Français conseillé sera investi en cash à hauteur de 40%, celui d’un Français non conseillé le sera à hauteur de 60%.

Une partie de votre étude est consacrée à la préparation des Français à la retraite. Quel enseignement peut-on en tirer ?

Nous observons que davantage de Français ont commencé à épargner pour leur retraite, soit 52% (+7% sur un an). Seuls 17% des sondés ont à l’esprit que la pension publique sera suffisante.
Cependant une grande partie d’entre eux, les deux tiers, n’ont toujours pas le sentiment d’être en capacité d’atteindre leurs objectifs, soit un revenu de 25 000 euros par foyer et s’attendent à devoir moins dépenser à l’avenir notamment dans les sorties, les vacances.
De là découle la nécessité d’une plus grande pro activité pour diversifier les sources de revenus.

Vous avez été amenés à demander, pour la première fois, ce que le gouvernement devait faire pour tenter de changer la situation. Quels ont été les retours ?
Trois actions principales ont été évoquées. En premier lieu desquelles la fourniture de conseils gratuits.
Les deux autres actions mentionnées sont l’imposition d’une obligation à tous les Français pour épargner pour leur retraite, la proposition d’une fiscalité plus avantageuse pour la retraite.

De quelle manière BlackRock s’efforce d’agir pour tenter de faire avancer la situation ?
Dans le monde du conseil, les banques continuent à apparaitre en pôle position. Elles sont avancées comme interlocuteur privilégié dans 51% des cas. BlackRock est un partenaire stratégique dans ce cadre en aidant aux campagnes de sensibilisation, en proposant des solutions de finance adaptées, en renseignant sur des éléments marketing, en assurant des formations notamment sur le développement de nouveaux logiciels et de nouvelles technologies.

Propos recueillis par Imen Hazgui