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Interview de Daniel Cohen : PDG de Pharnext

Daniel Cohen

PDG de Pharnext

Un nouvel angle d'attaque pour baisser les coûts de la recherche médicale

Publié le 30 Juin 2016

Pharnext est une société biopharmaceutique fondée par le généticien Daniel Cohen. Elle développe un portefeuille avancé de produits dans le domaine des maladies neurodégénératives. La société entend lever 36 millions d'euros lors de son introduction en bourse (première cotation prévue le 18 juillet sur Alternext).

En quoi consiste le concept de "pléomédicament" développé par Pharnext?

Le concept de pléomédicaments a été développé au cours des trente dernières années pour répondre à une problématique majeure de l'industrie pharmaceutique, à savoir le coût de la recherche de nouveaux médicaments et son taux d'échec important. Aujourd'hui 95% des nouvelles molécules sont abandonnées en cours de développement, soit parce qu'elles sont trop toxiques soit en raison de leur inefficacité. Cette situation a des conséquences importantes sur le prix des médicaments qui arrivent sur le marché, et sur l'accès des patients à ces nouveaux traitements.
Pharnext propose un nouvel angle d'attaque. Il consiste à associer plusieurs molécules déjà homologuées, dont le profil de tolérance est donc bien établi, pour traiter d'autres maladies que celles pour lesquelles ces molécules ont été autorisées. Autrement dit, à découvrir les vertus cachées des médicaments. Cette approche a l'avantage de réduire d'environ 5 ans le temps nécessaire à la découverte de nouveaux traitements et donc de réduire leur coût. Cela ne veut pas dire qu'ils sont moins efficaces. Toutes les statistiques montrent que les polythérapies obtiennent une efficacité plus importante.

Quelles maladies avez-vous ciblé dans vos essais ?
Nous avons ciblé des maladies à forts besoins médicaux ne bénéficiant d’aucun traitement satisfaisant à ce jour : la maladie de Charcot-Marie-Tooth de type 1A et la maladie d'Alzheimer. Nous avons réalisé au total quatre essais chez l'homme : tous ont atteint leurs objectifs. Notre produit le plus avancé concerne la maladie de Charcot-Marie-Tooth de type 1A. Un essai clinique pivot international de Phase 3 a récemment démarré en Europe et aux Etats-Unis dont les résultats définitifs sont attendus fin 2018. S'ils confirment les résultats de la phase II, la commercialisation pourrait intervenir dès 2019. Concernant Alzheimer, notre produit PXT864 vient de terminer une Phase 2a avec des résultats préliminaires encourageants. Nous préparons une phase 2b dont le lancement est prévu au second semestre 2017 et qui se terminera en 2019 ou 2020. Parallèlement nous envisageons d'autres indications pour ce pléomédicament, notamment la maladie de Parkinson et la sclérose latérale amyotrophique (SLA ou maladie de Charcot).

Outre la maladie d'Alzheimer vous affichez des ambitions très fortes sur les maladies neurodégénératives...

Depuis la création de Pharnext, en 2007, nous avons constitué une banque de données sur 25 maladies dont une moitié de maladies neurodégénératives (AVC, sclérose en plaques, Alzheimer, Parkinson, maladie de Charcot) mais aussi sur le diabète et les maladies inflammatoires (lupus, arthrite rhumatoïde, maladie de Crohn). Nous avons identifié l'ensemble des cibles (protéines) possibles pour chaque maladie, ce que nous appelons son "réseau biologique". Ce travail a donné lieu au dépôt d'une cinquantaine de brevets. Nous n'allons pas exploiter nous-même tous ces brevets. Nous envisageons des partenariats avec les laboratoires qui travaillent actuellement sur ces maladies, en les aidant à améliorer l'efficacité de leurs molécules. Plusieurs laboratoires sont déjà venus nous voir à ce sujet et nous espérons nouer un ou plusieurs partenariats dans les deux prochaines années.

A quoi vont servir les fonds levés lors de l'introduction en bourse (environ 36 millions d'euros) ? Ne craignez-vous pas un manque d'appétit des investisseurs après le Brexit?
Le Brexit n'est pas un sujet pour nous. Nous avons l'avantage d'être soutenus dans cette opération par nos actionnaires historiques et plusieurs grands noms de l'industrie pharmaceutique européenne (Galapagos, IPSEN, l'Institut Mérieux) ainsi que par le groupe Dassault, Financière Arbevel et Claude Berda. Ces investisseurs se sont engagés sur un montant total de souscriptions d'environ 23 millions. Les fonds serviront principalement à financer notre étude de phase III dans la maladie de Charcot-Marie- Tooth et à lancer la phase IIb pour Alzheimer. Une petite partie (environ 20%) servira au remboursement de dettes, ce qui nous permettra d'accroître notre flexibilité financière. Je précise que nous avons déjà levé 75 millions d'euros depuis la création de la société, dont 12 millions sous forme d'avance remboursable d'Oséo (BpiFrance).

Avez-vous été approché par un ou plusieurs laboratoires en vue d'un rachat?

Nous n'avons pas intérêt à nous faire racheter aujourd'hui. Notre valorisation aujourd'hui est très raisonnable (autour de 100 millions d'euros, ndlr) mais nous sommes convaincus de pouvoir créer beaucoup de valeur dans les deux à trois prochaines années. Nous verrons à ce moment-là si une offre intéressante se présente.

Pour plus d'informations sur l'introduction en bourse de Pharnext cliquer ici.

Propos recueillis par François Schott