Interview de Bernard Gilly : Directeur général de GenSight

Bernard Gilly

Directeur général de GenSight

La thérapie génique appliquée aux maladies de l'oeil

Publié le 08 Juillet 2016

GenSight veut être la première société de thérapie génique cotée en Europe. Que recouvre ce terme ?
La thérapie génique consiste à délivrer dans le noyau des cellules un gène fonctionnel ou thérapeutique qui remplace le gène défectueux à l’origine de la maladie. En dépit des espoirs suscités par les premiers essais sur l'homme dans les années 1990, il y a eu beaucoup de tâtonnements avant d'arriver à de vraies solutions pour les patients. En Europe le premier médicament de thérapie génique a été approuvé fin 2012 (il s’agit du Glybera, indiqué en cas de déficit familial en lipoprotéine lipase, ndlr). GenSight développe des thérapies géniques pour les maladies de l'œil, plus précisément les maladies dégénératives de la rétine. Grâce à une technologie unique au monde issue de la recherche du CNRS, de l'Inserm et de l'Université Pierre et Marie Curie, nous sommes capables de transférer du matériel génétique dans les mitochondries qui fournissent l'énergie nécessaire au fonctionnement des cellules. Nous sommes convaincus que cette technologie peut permettre à certains patients aveugles de récupérer une partie de leurs capacités visuelles.

Quelles maladies ciblez-vous plus particulièrement ?

Notre produit le plus avancé, GS010, cible la neuropathie de Leber. Il s'agit d'une maladie rare qui touche entre 1400 et 1 500 nouveaux patients chaque année en Europe et aux États-Unis et conduit généralement à la cécité. Nous avons démontré dans des essais de phase I et II que l'on pouvait corriger la vision des patients à condition d'intervenir assez tôt. Ce médicament est aujourd'hui en phase III de développement clinique, avec deux essais en cours de recrutement en Europe et aux Etats-Unis. Nous espérons déposer le dossier d'autorisation de mise sur le marché à la mi-2018 pour une commercialisation fin 2018 ou début 2019.

Notre deuxième produit, GS 030, cible la rétinopathie pigmentaire. C'est la cause héréditaire de cécité la plus répandue en Europe et en Amérique du nord, avec une prévalence de 300000 à 400000 patients. Notre technique consiste à rendre des neurones sensibles à la lumière grâce à une thérapie génétique associée à une interface optique. Elle est actuellement en stade préclinique mais nous devrions débuter un essai clinique de Phase I/II chez l’homme au cours de la seconde moitié de 2017, sous réserve de l’approbation des autorités règlementaires.

D'autres applications sont-elles envisageables ?
Nous sommes convaincus que notre technologie de ciblage mitochondrial peut être appliquée à d’autres maladies neurodégénératives comme par exemple le syndrome de Leigh ou la sclérose latérale amyotrophique (SLA ou maladie de Charcot). Cela fait partie de nos axes de recherche pour le futur. Mais compte tenu de nos ressources aujourd'hui limitées, nous nous focalisons sur la réussite de nos développements dans les maladies de l'œil.

A quoi serviront les fonds levés lors de l'introduction en bourse (40 millions d'euros en milieu de fourchette) ?
La majeure partie de cette somme (2/3) servira à finaliser les deux études de phase III en cours dans la neuropathie de Leber et à constituer les dossiers de demande d'autorisation de mise sur le marché en Europe et aux Etats-Unis. Le reste (1/3) au développement clinique de notre second produit dans la rétinopathie pigmentaire.

Vous avez déjà réalisé deux levées de fonds auprès d'investisseurs institutionnels, dont le groupe Novartis et plusieurs fonds anglo-saxons. Avez-vous reçu des propositions de rachat ?

Nous avons été approchés par plusieurs groupes pharmaceutiques mais notre objectif à l'heure actuelle n'est pas de nous faire racheter. Nous voulons aller au bout du développement clinique de notre premier produit et assurer nous-mêmes sa commercialisation, au moins sur le marché européen. C'est aussi pour cette raison que nous avons choisi l'introduction en bourse, en dépit des turbulences actuelles liées au Brexit. Nous pensons que notre projet peut être réellement créateur de valeur pour les investisseurs. Nous sommes l'une des rares sociétés de biotechnologie à arriver avec un médicament en phase avancée de développement clinique avec un horizon de commercialisation à moins de trois ans. J'ajoute que notre valorisation est raisonnable (120 – 150 millions d'euros, ndlr) en comparaison d'autres sociétés à ce stade de développement, et nous n'avons aucun concurrent sur notre technologie.

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Propos recueillis par François Schott