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Interview de Louis Bert : Directeur général délégué de Dorval AM

Louis Bert

Directeur général délégué de Dorval AM

Trump a remporté l'élection comme on remporte un appel d'offres

Publié le 15 Novembre 2016

Comment expliquez-vous le rebond des bourses depuis l'élection de Donald Trump, alors que ce dernier faisait figure d'épouvantail jusqu'à la veille du scrutin ?
Sans anticiper une victoire de Donald Trump les marchés s'étaient montrés prudents avant l'élection et s'étaient préparés à un rebond quoiqu'il arrive. Trump a remporté les élections américaines comme on remporte un appel d'offres. Maintenant qu'il a obtenu le contrat, c'est une autre histoire qui commence. Le président sera différent du candidat. Il prendra sûrement une ou deux mesures symboliques pour montrer qu'il tient ses promesses mais sur de nombreux sujets, notamment budgétaires, le pouvoir est aux mains du Congrès. Il faut attendre de voir quelles seront les relations du président avec ce Congrès à majorité républicaine mais, quoiqu'il arrive, il va devoir faire des compromis. Par ailleurs certaines mesures du programme de Trump sont objectivement positives pour l'économie américaine et au-delà.

Quelles peuvent être les conséquences économiques de son programme ?
Le programme économique de Donald Trump reprend les recettes républicaines classiques : baisse massive des impôts sur les ménages (passage à trois tranches de 12%, 25% et 33%), et sur les sociétés (de 35% à 15%), simplifications règlementaires pour réduire le coût de la ‘paperasse’, encouragement à la production et à l’exportation de pétrole et autres énergies, répudiation du programme Obamacare. A cela s'ajoute un programme de relance des dépenses d’infrastructure chiffré à 500 milliards de dollars sur 5 ans, soit le double du programme d’Hillary Clinton. Même édulcorées par le Congrès ces mesures devraient pouvoir apporter un supplément de croissance l’année prochaine. L'économie américaine étant en situation de plein-emploi il faut également s'attendre à une remontée de l'inflation et des taux longs, ce qui s'est d'ailleurs produit dès le lendemain de l'élection. La question qui agite aujourd'hui les marchés est de savoir à quelle vitesse les taux vont remonter et avec quelles conséquences sur les différentes classes d'actifs.

Que peut-t-il se passer sur le marché des actions ?
De deux choses l'une. Soit les taux d'intérêt remontent doucement et c'est plutôt positif pour les marchés actions car les investisseurs vont petit à petit se détourner des obligations et des secteurs les plus défensifs parmi les actions. Soit les taux remontent brutalement en raison des incertitudes qui planent sur la politique économique et monétaire (Donald Trump a indiqué qu'il ne renouvellerait pas le mandat de Janet Yellen à la tête de la Réserve fédérale, ndlr), et les marchés actions pourraient connaître de nouvelles turbulences. Nous penchons aujourd'hui plutôt pour le premier scénario de remontée progressive des taux, accompagnée d'une grande rotation des obligations vers les actions et, parmi ces dernières, des secteurs défensifs (biens de consommation courante, valeurs de croissance) vers les valeurs cycliques (financières, matières premières, énergie, etc).

La Fed doit-t-elle remonter ses taux en décembre ?
Nous pensons que la Fed va remonter ses taux en décembre. Elle l'a annoncé et n'a pas de raison de retarder ce mouvement. L'élection de Donald Trump ne fait que renforcer les arguments en faveur d'une remontée progressive des taux d'intérêt. Reste à voir comment la Fed "gère" cette remontée face à un président qui veut mener une politique reflationniste. Nous tablons sur deux ou trois hausses supplémentaires en 2017 alors qu'avant l'élection le consensus était plutôt sur deux.

Quelles seront les conséquences sur les actions européennes ?
Nous pensons que les investisseurs vont maintenir une prime de risque sur les actions de la zone euro en raison du risque politique. Le référendum italien du 4 décembre, la présidentielle autrichienne le même jour, puis les élections aux Pays-Bas, en France et Allemagne l’année prochaine sont autant de tests pour la zone euro. Cependant, le test du Brexit a montré que la croissance européenne était plus résiliente que beaucoup d’observateurs ne le craignaient. De plus, la poussée populiste et la nouvelle politique budgétaire américaine pourrait aussi amener l’Europe à privilégier d’avantage les politiques de croissance, avec une moindre austérité budgétaire et un soutien toujours déterminé de la BCE. Par conséquent nous n'avons pas modifié notre exposition au marché action et nous pensons que les bourses mondiales devraient pouvoir bien résister et même progresser.

Propos recueillis par François Schott