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Interview de Adrien Pichoud : Chef économiste de Syz AM

Adrien Pichoud

Chef économiste de Syz AM

Nous n'attendons pas d'impact spectaculaire des "Trumponomics"

Publié le 23 Décembre 2016

Les marchés actions ont fortement rebondi depuis l'élection de Donald Trump. Les investisseurs anticipent un regain de croissance et d'inflation l'année prochaine aux Etats-Unis. Partagez-vous cette analyse ?
Les perspectives de l'économie américaine sont objectivement meilleures qu'il y a un an. Le marché du travail est proche du plein emploi et le risque de récession écarté. Cependant la dynamique actuelle est en grande partie due aux conditions financières ultra-accommodantes qui prévalaient en début d'année. Dans une économie où le niveau d'endettement public et privé est élevé, le mouvement actuel des marchés, avec une hausse des taux d'intérêt et du dollar, sème déjà les graines d’une perte de vitesse dans le courant du premier semestre 2017. C'est pourquoi nous n'anticipons pas d'accélération significative de la croissance américaine l'an prochain, contrairement aux anticipations actuelles sur les marchés, mais plutôt une croissance toujours comprise entre 1,5% et 2%.

Le programme de relance budgétaire de Donald Trump ne permettra pas d'accélération selon vous ?
Nous n'attendons pas d'impact spectaculaire des "Trumponomics", dans la mesure où aucun aspect de ce programme n’aura d’incidence sur les ressorts fondamentaux de la croissance que sont les facteurs démographiques, la productivité et l’endettement. L’inflation pourrait initialement évoluer dans la bonne direction, les effets de base positifs sur les prix de l’énergie et les pressions haussières graduelles sur les salaires engendrant une accélération de l’inflation totale au premier semestre de l’année. Cependant, l’impact désinflationniste de la hausse du billet vert et la pression exercée par l’augmentation des coûts de la main-d’œuvre sur une croissance des profits déjà peu enthousiasmante, freineront rapidement le rythme de la hausse des prix. Nous pensons également que le plan relance sera moins important qu'annoncé, ne serait-ce qu'en raison de la sensibilité du Congrès aux questions d'endettement. Je rappelle que la dette publique américaine se situe à 105% du PIB, contre 92% pour l'ensemble de la zone euro.

La Fed va-t-elle rester un soutien pour les marchés ?

La Fed aura du mal à réaliser les trois hausses de taux qu'elle prévoit aujourd'hui, notamment parce qu'elle voudra éviter une trop forte appréciation du dollar. A moins de 1,05 dollar pour un euro, on est déjà dans une zone inconfortable pour les exportateurs américains et pour les prévisions d'inflation de la Fed. Cette hausse du dollar pénalise également un certain nombre de pays émergents dont la dette est libellée dans la devise américaine. Si le dollar continue à s'apprécier, il y a de fortes chances pour que la Fed reporte la hausse des taux comme elle l'a fait à plusieurs reprises en 2016.

Quelles sont vos prévisions pour l'économie européenne ?

Les perspectives de croissance sont favorables dans la zone euro, qui est encore dans une phase de ré-accélération après deux chocs (2008 et 2011). Le taux de chômage baisse, ce qui devrait avoir un impact positif sur la consommation et l'investissement des entreprises. Nous tablons sur une croissance toujours comprise entre 1.5% et 2%, ce qui serait déjà une très belle performance par rapport à une croissance potentielle proche de 1% . Cela implique bien sûr qu'il n'y ait pas de choc de confiance lié aux résultats des élections en Hollande, en France, en Allemagne, et peut-être en Italie.

Quelle est votre allocation d'actifs pour le début d'année ?
A court terme nous continuons à privilégier les actifs risqués dans les portefeuilles. Nous aimons bien les valeurs "domestiques" européennes et américaines où la dynamique devrait se prolonger encore un peu. Nous serons néanmoins très attentifs aux annonces de la nouvelle administration Trump à compter de fin janvier et aux annonces de la Fed dans le courant du premier semestre. Si, comme nous le prévoyons, la Fed change de ton et temporise sur la hausse des taux, nous deviendrons plus vigilants sur les actions américaines et sur les valeurs financières et cycliques.

Propos recueillis par François Schott