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Interview de Patrick Goux : Analyste banques européennes chez Groupama Asset Management

Patrick Goux

Analyste banques européennes chez Groupama Asset Management

Banques européennes : deux principaux points seront à surveiller au second semestre

Publié le 27 Juillet 2017

Quel regard portez-vous sur l’évolution du secteur bancaire européen depuis le début de l’année ?
Nous avons pu observer de réels progrès dans l’assainissement des acteurs fragiles sans mettre à contribution les porteurs de dette senior. Cela a notamment été le cas de Monte Paschi en Italie ou encore de Banco Popular en Espagne.

D’aucuns critiquent cet assainissement en ce qu’il aurait conduit à un éloignement de l’esprit de la directive BRRD qui a pour objet la résolution des banques ?

Cette directive prévoit en effet que le sauvetage des banques ne doit pas supposer une injection de l’argent public sans pertes subies en amont par les créanciers notamment seniors, ce qui n’a pas été le cas pour les créanciers des banques italiennes concernées.
Nous comprenons que les autorités ont décidé d’agir de la sorte considérant qu’il s’agissait de situations héritées du passé.
Ce faisant, les solutions arrêtées ne traduisent pas une remise en cause de la directive qui aura très probablement vocation à s’appliquer à terme. Ce d’autant plus que des réflexions se poursuivent toujours en Europe pour créer des « bad banks ».

Pensez-vous que les solutions apportées à ces acteurs fragiles depuis le début de l’année sont suffisantes pour régler le problème des créances non performantes ?

Ces solutions ont permis de régler une partie significative du problème. Il demeure quelques entités non encore traitées. Elles devraient finir par être prises en charge assez rapidement et ne sont pas de nature à heurter l’ensemble du secteur.

Une autre observation que l’on peut avancer sur le secteur bancaire européen depuis le début de l’année intéresse la dimension réglementaire ?

En effet. Le projet Bâle IV prévoit notamment de limiter le bénéfice obtenu par les banques qui ont recours à des modèles internes pour déterminer le montant de leurs encours pondérés du risque, ce qui est le cas des grandes banques européennes. Dans le cadre des négociations de Bâle IV, il était envisagé d’imposer à ces banques que leurs encours pondérés soient au minimum égal à 75% du montant déterminé par application de la méthode standard. Mais fixer cet « output floor » à 75% a fait l’objet d’une désapprobation grandissante de la part de grands pays européens, en premier lieu desquels l’Allemagne et la France, et il est vraisemblable que ce niveau ne soit finalement pas retenu. Les négociations à Bâle au second semestre pourraient donc aboutir à retenir un niveau moins élevé.
Si le militantisme des banques et le soutien des autorités européennes devraient permettre à ce que le bénéfice des modèles internes perdure, l’Europe entend vérifier la fiabilité de tous les modèles internes utilisés par les banques par le biais d’une revue de ces modèles par la BCE.

Que répondez-vous à ceux qui évoquent un retour en arrière de la réglementation du secteur ?
Nous ne pensons pas que l’Europe s’aventure dans une phase d’adoucissement de la réglementation contrairement aux réflexions en cours aux Etats-Unis. A moyen terme, nous croyons davatange que l’Europe s’achemine vers une phase de stabilisation et donc vers un arrêt du durcissement.

Un troisième constat que l’on peut faire a trait aux résultats des banques ?

Nous allons vers une croissance des résultats très différenciée suivant les pays.
Si la meilleure dynamique des volumes est généralisée, la hausse progressive des taux pilotés par la BCE aura un impact plus rapide sur les revenus d’intérêt des banques en Italie et en Espagne que dans les pays du Benelux et en France.
Ce décalage devrait également se retrouver au niveau de la baisse du cout du risque qui devrait être plus prononcée dans les pays du sud que dans les pays du nord de l’Europe.

De ce fait la croissance organique des résultats s’annonce plus nette pour les banques d’Europe du sud que pour les banques d’Europe du nord. Dans cette sous zone géographique, la diminution des couts devrait continuer à être un réel facteur de soutien des résultats.

Une expansion significative du ROE est attendue en 2017 par rapport à 2016...

Le consensus table sur un ROE pour le secteur bancaire européen coté au-delà de 7% contre près de 3% l’année dernière. Cette prévision parait atteignable en raison d’un important effet de base.
2016 s’est caractérisée par de multiples éléments négatifs non récurrents : des charges de litiges, des provisions exceptionnelles, des pertes sur cessions d’actifs, …
Et, malgré cette amélioration, ce niveau de ROE reste faible par rapport au niveau d’avant 2007, en dessous du coût du capital

Quels autres principaux enjeux distinguez-vous pour le secteur à moyen terme ?

Deux principaux enjeux sont identifiés : la transition digitale et la transition énergétique.
Ainsi, les équipes de management sont de plus en plus mobilisées pour travailler autour de ces deux sujets.

Quels commentaires vous inspire la progression du secteur en bourse depuis janvier ?

Cette progression est justifiée.
Mais clairement le secteur bancaire européen n’est plus aussi bon marché qu’il y a un an. Le PE se situe à 13,1 pour les bénéfices attendus en 2017 et à 10,6 pour les bénéfices attendus en 2018.

Quels principaux points seront à surveiller par les investisseurs au second semestre ?
Deux points seront attentivement surveillés. Le premier est lié à Bale IV. Les grandes lignes qui seront fixées pourront avoir une influence substantielle sur les politiques de dividendes et donc sur l’évolution du cours des actions bancaires.
La politique de taux de la BCE sera le second axe à suivre par les investisseurs.

Un dernier mot ?

Nous l’avons souvent répété, le secteur bancaire européen est largement plus solide aujourd’hui qu’avant la crise des subprimes. Les réglementations bancaires mises en place depuis 2007 ont eu des conséquences positives sur les fondamentaux du secteur : solvabilité, liquidité, dérivés OTC, … Ainsi, la forte hausse des exigences en capital a conduit à ce que le secteur soit aujourd’hui bien capitalisé. Toutefois, certaines banques ont des réserves encore limitées au-delà du niveau minimum réglementaire et devront donc continuer à renforcer leur solvabilité, progressivement et de manière organique.

Propos recueillis par Imen Hazgui