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Interview de Kris Deblander : Directeur adjoint des gestions  dettes
d'entreprises et actions

Kris Deblander

Directeur adjoint des gestions dettes d'entreprises et actions

SAP, ProSieben, Orange, Royal Dutch Shell, BNP Paribas : nous nous efforçons de sélectionner des valeurs sûres

Publié le 09 Janvier 2018

Pouvez-vous nous décrire brièvement sur quelle idée maitresse repose le fonds Edmond de Rothschild Fund - Income Europe ?
Le fonds Edmond de Rothschild Fund - Income Europe est un fonds patrimonial au profil défensif qui s’adresse aux investisseurs à la recherche d’un revenu régulier dans un contexte de taux particulièrement bas.
Il faut aller jusqu’à une maturité de 7 ans pour retrouver des rendements positifs sur les obligations souveraines allemandes.

Quel fil conducteur régit la sélection des titres au sein de ce véhicule d’investissement ?

Edmond de Rothschild Fund Income Europe repose sur un portefeuille offrant une large diversification, permettant de répondre à l’objectif de maîtrise du niveau de risque. Une précaution s’impose : faire preuve de sélectivité.
Nous sélectionnons soigneusement, des sociétés dont la production de cash flows est pérenne et stable et qui sont de ce fait en capacité de payer des dividendes ou de servir des coupons significatifs dans la durée. Cette idée d’un maintien dans le temps est primordiale.

Quelle est la profondeur actuelle de votre univers d’investissement ?

Notre univers se constitue d’environ 1000 entités européennes. Dans le compartiment des actions, nous nous intéressons plus particulièrement aux sociétés de l’indice Stoxx 600 et dans le segment du crédit, nous mettons l’accent sur près de 400 sociétés de renom émettrices d’obligations investment grade , d’obligations high yield et de titres de dette subordonnées financières.
L’étendu de cet univers se justifie par une volonté de pouvoir saisir les opportunités qui se présentent tout au long du cycle économique et d’aboutir à une diversification profitable.

Quels atouts phares présente le processus d’investissement dans ce fonds ? Quels avantages compétitifs font que ce produit est unique en son genre ?

La sélectivité constitue sans doute le principal avantage compétitif de notre processus d’investissement. Nous nous efforçons de mettre le curseur, à partir de notre forte expertise en matière de sélection d’actions et d’obligations, sur des valeurs sûres, des emblèmes de l’économie réelle, à même de permettre au fonds d’atteindre son objectif de performance avec un niveau de risque équilibré.
La volatilité du fonds se veut donc relativement ténue ?
Absolument. Notamment grâce à une diversification réfléchie.

Cette diversification est la clé de la maitrise du risque dans le fonds ?

Tout à fait. Elle vise à permettre d’éviter que le rendement annuel du fonds ne soit remis en question en raison d’un accident sur une valeur spécifique.

Quel objectif de performance poursuit le fonds ?

L’objectif du fonds est de générer un rendement de 4% avec une volatilité comprise entre 5% et 10% sur un horizon de placement de 3 ans. C’est un objectif qui nous parait totalement réaliste au regard du niveau des dividendes et des coupons relatifs aux titres dans lesquels nous sommes investis.

Pourquoi avoir déterminé une telle cible de volatilité ?

Nous avons considéré que pour remplir notre objectif de performance dans le contexte de marché actuel, la répartition de notre portefeuille devait être de 75% obligations et 25% actions.
Une telle allocation suppose historiquement une volatilité comprise entre 5% et 10%.

De quelle manière s’est soldée l’année 2017 pour le couple rendement/risque ?

Pour 2017, les chiffres rendent compte d’un couple rendement/risque meilleur que celui escompté. La performance dépasse les 6% pour une volatilité 1 an d’à peine un peu plus de 3%*.

Aujourd’hui, le portefeuille se compose de 200 titres, avec 150 obligations et 50 actions, soit 25% de la composition du fonds. Théoriquement la proportion des actions peut fluctuer entre 0% et 50%. De quelle manière la voyez-vous évoluer cette année ?

Compte tenu de notre scénario central d’évolution de la configuration des marchés d’ici un an, nous ne prévoyons pas de faire varier la composante actions de manière substantielle.

Quels principaux biais géographiques ou sectoriels présente votre allocation à ce jour ?

Sur la partie action, nous acceptons d’exprimer des choix géographiques ou sectoriels fortes avec deux contraintes de construction rigoureuses indispensables pour limiter la prise de risque : d’une part, suivre une diversification au sein des secteurs et des pays retenus et d’autre part respecter des critères de sélection très exclusifs par valeur en fonction de leur niveau de risque spécifique.
De ce fait, actuellement, nous privilégions des secteurs susceptibles de tirer bénéfice du regain de croissance au sein de la zone euro, et particulièrement en France avec des secteurs domestiques tels que la technologie (SAP), la distribution (FNAC-Darty), les media (ProSieben) ou les télécoms (Orange). Le secteur de l’énergie est également apprécié pour la solidité de son rendement sous-estimé par le marché (Royal Dutch Shell). A l’inverse, les secteurs cycliques tels que l’automobile ou la banque sont totalement absents du fonds sur la partie actions afin de maîtriser la volatilité du fonds.

Nous affichons également un certain appétit pour les titres de dette subordonnées financières, notoirement ceux de champions nationaux tels que BNP Paribas, ou Unicredit. Ils représentent environ 12% de l’allocation du fonds.
Nous prenons soins d’éviter les petites banques en restructuration ou en situation difficile.

Quels principaux risques identifiez-vous dans le pilotage de ce fonds ? Comment vous efforcez-vous de les appréhender ?

Étant donné sa composition, le fonds suppose la gestion du risque actions et du risque obligations. Si l’on devait avoir une vive correction sur les marchés, indéniablement le fonds ne serait pas à l’abri d’éventuels a-coups.
Nous disposons de divers moyens pour maitriser ces répercussions. En premier lieu, la diversification du portefeuille. En deuxième lieu, un contrôle régulier de l’alignement entre la composition du fonds et les vues des gérants de la maison. En troisième lieu, la mise en place de couvertures adéquates pour préserver la performance.
La maîtrise de ces risques est notamment assurée par l’expertise des gérants qui participent à la gestion du fonds.
Ce fonds a quatre gérants de référence, deux spécialisés dans la sphère actions et deux autres dans la sphère obligations. Par ailleurs, d’autres gérants apportent leur pierre à l’édifice et donc leur talent dans le pilotage de ce fonds.

A combien s’élèvent les encours sous gestion à fin 2017 ? Ce fonds a-t-il une contrainte en termes de taille ?

Les encours s’élèvent à 240 millions d’euros**.
La taille du fonds peut tout à fait atteindre plusieurs milliards d’euros sans contrainte de liquidité. L’univers étant très vaste, nous ne sommes pas confrontés à un sujet de volumétrie.

Pouvez-vous nous donner des illustrations de titres intéressants sur lesquels vous avez décidé de vous positionner ?

Nous avons dernièrement fait le choix de participer à l’émission obligataire de Picard. Cette dernière société a émis une nouvelle souche d’obligations à échéance 2024 avec un coupon de 5,5%. La société est présente sur le marché obligataire depuis 2010. Notre équipe de gérants analystes la suit depuis son apparition. Jusque-là, Picard a réalisé un parcours sans faute avec une résilience à la dégradation de la conjoncture, le maintien d’un Ebitda élevé, la dotation d’un important free cash flows grâce à une marge solide et à un capex faible. C’est ce qui nous a poussé à entrer la valeur en portefeuille.

Dans le même registre, nous avons participé aux émissions obligataires de Loxam, société de location de matériels BTP qui a su ajuster ses dépenses en fonction de la variation de la demande et à protéger son matelas de trésorerie démontrant ainsi sa pleine capacité à payer ses coupons et à rembourser son emprunt à maturité.

Du côté des actions, nous pouvons évoquer notre renforcement sur les sociétés pétrolières intégrées qui suite à leur travail de baisse drastique des investissements et des coûts opérationnels, rendent plus que soutenables leurs dividendes encore mis en doute par le marché.

Un dernier mot ?

La solidité des perspectives bénéficiaires observée en 2017 devrait se confirmer en 2018 ce qui nous rend confiants sur la génération de cash-flows des entreprises disponibles soit pour rembourser les créanciers soit pour distribuer des dividendes.
Les risques sont bien pris en compte pour affronter 2018, et notamment celui de la remontée des taux. Le portefeuille s’est configuré depuis mi-2017 pour y faire face à la fois dans sa construction au ligne à ligne en évitant notamment les actions à la sensibilité obligataire trop forte et également en se couvrant sur le risque de taux. A noter que cette prudence ne nous a pas empêché de continuer à délivrer une bonne performance depuis l’été 2017 !

*Les chiffres cités ont trait aux années écoulées. Les performances et données de volatilité passées ne constituent pas un indicateur des performances et volatilité futures. Données au 31/12/2017 pour la part A €. Date de création : 31/12/2013. Performance cumulée depuis création : +22.41%.
**Au 31/12/2017.

Propos recueillis par Imen Hazgui