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Interview de Pierre Castel   et Hugues Daninos : Gérants du fonds Flexigestion Patrimoine au sein de CM CIC Asset Management

Pierre Castel et Hugues Daninos

Gérants du fonds Flexigestion Patrimoine au sein de CM CIC Asset Management

Le fonds Flexigestion Patrimoine : une solution d'investissement à même de fluctuer en fonction des risques rencontrés et des opportunités à saisir

Publié le 20 Juin 2018

Racontez-nous la genèse du fonds Flexigestion Patrimoine ? Pourquoi a-t-il été créé ? Pour répondre à quelle opportunité d’investissement concrète ?
Ce fonds est né du constat que nombreux de nos clients, investisseurs institutionnels et entreprises, paraissaient perdus face à des marchés financiers caractérisés par des rendements négatifs sur le monétaires, des rendements malingres dans l’obligataire et des valorisations élevées sur les actions. Nous avons souhaité leur proposer une solution d’allocation flexible à même de fluctuer en fonction des risques rencontrés et des opportunités à saisir.

Ce fonds fait partie d’une gamme de trois fonds…

Effectivement. Nous avions historiquement une gamme de trois fonds appelée Stratigestion ayant chacun un profil différent : tempéré, équilibré et dynamique. Après la survenance des crises de 2008, et 2011, il a été décidé en 2015 de faire évoluer cette gamme pour aboutir à des fourchettes d’allocation plus élargies.
Qu’est-ce qui distingue ces fonds ?
Principalement la clé de répartition. Le fonds Flexigestion Patrimoine a la possibilité d’investir davantage dans le marché obligataire que les deux autres. C’est ce qui explique qu’il n’est pas éligible au PEA contrairement aux deux autres fonds.

Parlez-nous de l’équipe de gestion ? Est-elle la même que celle au démarrage du fonds ? De combien de personnes se compose-t-elle ? En quoi se distingue-t-elle ?

Ces fonds sont pilotés par deux gérants principaux. Il y a derrière eux, toute l’équipe de gestion diversifiée de CM CIC Asset Management.
Notre rôle est d’agréger toutes les bonnes idées de la société de gestion. En cela nous avons un rôle de chefs d’orchestre. Nous échangeons activement aussi bien avec les membres du desk obligataire que ceux du desk actions.
Nous nous efforçons également de dénicher des idées intéressantes en dehors de la société de gestion dès lors que nous ne trouvons pas l’expertise dont nous avons besoin au sein de la maison CM CIC AM. C’est le cas, par exemple, pour la dette subordonnée financière.

S’agissant du processus d’investissement, où réside sa valeur ajoutée ? Qu’est ce qui fait que ce fonds est singulier par rapport aux autres fonds concurrents de la même catégorie ?

Nous commençons par établir un scénario macroéconomique et nous efforçons de traduire ce scénario par des prises de position dans les différentes classes d’actifs existantes. Là nous cherchons les fonds qui sont le plus à même de servir nos besoins.
Nous pouvons avoir deux types de prises de position. Nous pouvons raisonner sur un plan stratégique avec un horizon de moyen-long terme, de trois à cinq ans, avec principalement des OPC.
Nous pouvons également œuvrer de manière tactique, essentiellement avec des ETF et des produits dérivés, sur des segments d’investissement plus spécifiques, avec de brèves échéances allant de quelques semaines à quelques mois.

Pourquoi une telle dichotomie ?

Les événements politiques, macroéconomiques, ou microéconomiques peuvent conduire à des soubresauts qui généreront soit des risques à protéger ou des opportunités à saisir à court terme.

Combien de temps peuvent durer vos vues tactiques ?

Les vues tactiques peuvent durer quelques jours, comme les élections françaises, les élections américaines ou les élections italiennes ou quelques mois lorsque nous détectons un secteur ou une zone géographique qui a vocation à connaitre des variations plus étendues. Nous avons par exemple eu une vue tactique sur l’indice brésilien converti en euro. La correction du marché brésilien de 15% et la baisse de la devise brésilienne de 15% avait poussé à des excès sur le marché actions brésilien. Nous avons acheté des ETF pour bénéficier de la résorption à venir de la forte décote qui s’était dessinée.

Avez-vous un seuil d’encours au-delà duquel l’allocation tactique ne doit pas aller ?

L’optique de ces fonds étant d’être flexibles, nous évitons de nous imposer des carcans. Nous n’avons donc pas un seuil en la matière.
Dans la mesure où elle est censée nous permettre de saisir l’opportunité crée par une situation spéciale, il peut nous arriver de ne pas avoir d’allocation tactique.
Nous apprécions cette proportion de l’allocation tactique en fonction du risque global du portefeuille. En cela, nous veillons à bien respecter le profil du fonds et à délivrer ce qui est attendu par le client à la vue de la documentation réglementaire du produit.

Quelle autre particularité présente votre processus d’investissement ?

Nous n’avons pas d’indice de référence. En cela, nous ne nous obligeons pas à investir dans une classe d’actifs si nous n’avons pas une forte conviction dessus. En guise d’illustration, nous avons peu d’actions américaines en relatif dans notre principal fonds de la gamme alors que c’est un fonds international.

Ces trois fonds investissent essentiellement dans d’autres fonds. Pourquoi un tel choix ?

Travailler dans une architecture de fonds de fonds permet de se positionner sur une variété de segments d’investissement spécifiques, sous réserve de bien veiller à l’évolution des performances, à la conduite des process. Si nous voulions investir à la fois dans les grandes capitalisations européennes, les small caps françaises, les valeurs de croissance allemandes…nous aboutirions à un portefeuille de titres vifs qui dépasserait rapidement la centaine de lignes. Investir dans des fonds permet de réduire drastiquement le nombre de lignes en portefeuille et d’avoir ainsi une meilleure visibilité pour sa bonne administration.
Avez-vous une règle de répartition entre fonds internes et fonds externes ?
Non. Présentement, nous sommes dans une répartition équilibrée dans l’ensemble des trois fonds.

Avez-vous la possibilité d’investir dans des titres vifs ?

Oui mais tel n’est pas le cas actuellement.

Au-delà d’un objectif de performance, votre principal focus est de maitriser le risque...

Même si nous visons une performance située entre 0 et 3% en fonction de la configuration du marché, nous agissons surtout de manière à avoir une volatilité du fonds stable. La volatilité moyenne se situe autour de 4%.

De quelle manière vous efforcez-vous de parvenir à cette maitrise du risque ?

Nous stressons le risque quotidiennement pour limiter au maximum les dérives possibles.
Un premier niveau de contrôle réside dans la diversification suffisante du portefeuille. Dans le cas où nous tablons sur un scénario central positif et que nous sommes prêts à supporter le risque de marché, nous aurons tendance à diversifier le portefeuille avec du risque spécifique comme les sociétés aurifères qui ont historiquement un comportement différent des actions traditionnelles. A contrario, lorsque nous tablons sur un scénario central plus prudent, nous sommes amenés à utiliser des protections sous forme de futures ou d’options.
Il ne nous suffit pas d’apprécier le risque de liquidité du portefeuille. Nous analysons également le risque de liquidité des fonds dans lesquels nous sommes positionnés.
Nous récupérons tous les inventaires des fonds dans lesquels nous investissons et nous agrégeons les positions que nous stressons à partir de critères que nous définissons. Cela nous permet d’avoir une visibilité sur les surpondérations et les sous-pondérations sur un plan géographique, sectoriel, émetteur...

Justement quels biais affichent votre principal fonds actuellement ?

Outre la sous pondération relative sur les actions américaines déjà évoquée, nous avons une surpondération sur les actions émergentes en relatif.
Dans les actions européennes qui constituent notre principale conviction, nous avons un biais sur les sociétés de qualité qui ont un potentiel de croissance élevé, peu endettées, sur des secteurs d’activité de niche avec une part de marché importante. A contrario nous sommes sous pondérés sur les valeurs de services aux collectivités, les valeurs télécoms, les valeurs énergétiques et les valeurs bancaires.
Sur un plan plus tactique, parce que nous avons un sentiment positif sur le secteur pétrolier, nous avons neutralisé notre sous pondération dans les valeurs énergétiques en achetant de l’ETF oil & gaz.

Comment justifiez-vous la sous pondération dans les actions américaines ?

Notre pondération est faible en relatif car nous avons fait le choix d’être uniquement dans les segments qui nous intéressent : les valeurs de croissance, les valeurs avec du pricing power.

De combien de lignes se compose le portefeuille ?

Le portefeuille se compose d’une soixantaine de lignes, réparties en 40% d’actions 30% d’obligations. La diversification est clé. Elle vise à nous permettre en cas de changement de thématique ou de forte rotation sectorielle à souffrir le moins possible.
Le reste des encours est positionné sur des produits non directionnels, n’ayant pas de corrélation avec le marché actions et le marché obligations, comme des fonds long-short, des fonds dont la stratégie est basée sur des facteurs de risque ; et des produits dérivés.

Qu’en est-il du turnover du fonds ?

Les mouvements sont limités dans la partie cœur du portefeuille qui se veut stratégique. Ils sont naturellement plus nombreux dans la partie satellite qui est tactique.

Les décisions d’investissement s’appliquent-elles systématiquement aux trois fonds ?

Pas nécessairement. Cela dépend de la nature de la décision, la structure des trois fonds n’étant pas semblable.
Réglementairement, il n’est pas possible d’implémenter certaines stratégies obligataires dans les fonds éligibles au PEA. Ainsi notre conviction dans le crédit bancaire ne peut être traduite que dans le fonds Flexigestion Patrimoine.
D’autres actions sont prises en revanche simultanément pour les trois fonds même si dans des proportions différentes. C’est le cas d’achats d’ETF pour corriger des biais sectoriels, ou de mise en place de protections.

Vous n’hésitez pas à être contrariants dans vos orientations ?

Jugeons le niveau de volatilité anormalement bas eu égard à la réalité économique, nous nous sommes positionnés dès ce début d’année acheteur de volatilité. Cela nous a permis de subir dans une ampleur limitée le stress du marché de février. Après avoir quelque peu allégé nos positions, nous les avons à nouveau renforcées face à la reconstitution de l’anomalie.


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Propos recueillis par Imen Hazgui