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Interview de Yves Le Goff : responsable des relations extérieures de Total

Yves Le Goff

responsable des relations extérieures de Total

Le mécénat sert à montrer qu’une entreprise a un visage et une voix qui s’expriment à travers ses engagements philanthropiques

Publié le 21 Décembre 2007

Depuis combien de temps Total est-il mécène ?
Le groupe est un mécène «culturel» depuis toujours, si j’ose dire. Toutes les racines constitutives du groupe, Total, Fina et Elf se sont engagées très tôt dans des actions philanthropiques. Pour prendre un exemple que je connais particulièrement bien, celui de Total, je me souviens que dès les années 1980 il n’y avait pas de département «mécénat», mais un département «action culturelle» qui gérait notamment l’attribution de bourses à des étudiants de pays dans lesquels le groupe était implanté.

Ce département s’est aussi intéressé pendant un temps à l’archéologie égyptienne. Un autre domaine d’intervention a été l’agriculture en zone aride. Vous le voyez, le mécénat de Total est une déjà très longue histoire.

Aujourd’hui Total exerce son mécénat dans trois domaines : l’environnement, la solidarité et la culture.

En matière culturelle, les principales actions reposent sur des partenariats majeurs, avec le muséum national d’histoire naturelle, le musée du Louvre, l’Institut du monde Arabe et la Fondation du Patrimoine.

Le partenariat qui lie Total au Muséum national d’histoire naturelle trouve pour partie son origine au cœur des métiers du groupe, à savoir les sciences de la Terre et la géologie.

Depuis de nombreuses années, le groupe aide le muséum à enrichir sa collection de minéraux. En 2008, tous ces minéraux seront visibles sur Internet à travers un musée virtuel. A noter, par ailleurs, que dans le cadre de son mécénat «environnement», le groupe coopère aussi avec le Muséum.

Notre collaboration avec le Louvre a commencé avec la restauration de la galerie d’Apollon, rouverte au public en 2004. Fort d’une coopération exemplaire à plus d’un titre avec les équipes du Louvre, Total poursuit cette collaboration en soutenant la création d’un huitième département dédié aux arts de l’islam.

A l’Institut du Monde Arabe, Total soutient surtout des expositions temporaires : «Pharaon», «L’âge d’or des sciences arabes», «La méditerranée des Phéniciens»…

Enfin, autre très grand partenariat, celui que nous avons avec la Fondation du Patrimoine. Nous avons signé en 2005 une convention triennale aux termes de laquelle Total aura fourni en trois ans quelque 8 millions d’euros pour permettre à la Fondation d’amplifier son action qui consiste à sauver et restaurer le patrimoine de proximité non pris en charge par l’Etat.

Quelles sont les spécificités du mécénat de Total ? Quelles valeurs mettez-vous en avant ?
Dans «mécénat d’entreprise», il y a «mécénat» et «entreprise». Nous sommes donc bien dans le secteur de la philanthropie, mais une philanthropie menée par une entreprise donc au nom de ses salariés et des ses actionnaires qu’il faut faire adhérer aux choix faits. Le mécénat d’une entreprise doit être un sujet de fierté pour ses actionnaires et ses salariés. Un ciment fédérateur parce que révélant leurs valeurs et leur culture communes.

Les valeurs que nous cherchons à véhiculer sont les valeurs de l’entreprise : écoute, professionnalisme et solidarité notamment.

Quels avantages tirez-vous du mécénat, en termes d’image, etc. ?
Le mécénat traduisant d’une certaine façon la personnalité d’une entreprise, le premier effet recherché a trait à l’image. Donner à voir, par exemple, que Total s’intéresse au dialogue des cultures en soutenant la création d’un département des arts de l’islam au musée du Louvre.

Le mécénat sert à montrer qu’une entreprise a un visage et une voix qui s’expriment à travers ses engagements philanthropiques.

Un deuxième registre est celui qu’offre la législation, je veux parler des contreparties utilisables pour faire des opérations de relations publiques, internes et externes, etc.

Le mécénat a longtemps été qualifié d'alibi… Qu’en est-il aujourd’hui ?
C’est inéluctable, il faut toujours que le mécénat d’entreprise soit affecté de mauvaises intentions ! Hier, c’était la danseuse du Président. Aujourd’hui, c’est un alibi, un achat d’indulgence …

Pourquoi refuser de voir qu’à l’heure actuelle, la légitimité d’une entreprise n’est plus liée à ses seules activités traditionnelles que sont la production de biens et de services, l’emploi, le paiement d’impôts, etc.

Aujourd’hui, c’est un fait, on attend d’une entreprise qu’elle participe à la vie de la cité. Une cité dont les finances publiques diminuent à l’inverse des besoins collectifs qui, eux, croissent.

Par son mécénat, une entreprise participe à la vie de la cité.

Quels sont les sommes allouées par Total pour le mécénat ?
Bon an mal an, Total dépense une centaine de millions d’euros en dépenses sociétales ; sur ces dernières, quelque 10 millions d’euros sont destinés au mécénat.

Vous êtes déjà un grand groupe avec d’importants moyens, la loi 2003 a-t-elle changée quelque chose pour vous ? Est-elle suffisante ?
Cette loi a clairement joué un rôle amplificateur.

J’entends de plus en plus dire que la législation française est exemplaire, et que nous bénéficions aujourd’hui en France, d’un bon système favorable au développement du mécénat d’entreprise -voire même de celui des particuliers.

Propos recueillis par Nicolas Sandanassamy