Stellantis: La rémunération 2021 de Tavares fait polémique

Publié le 13 Avril 2022

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Stellantis: La rémunération 2021 de Tavares fait polémique

Stellantis: La rémunération 2021 de Tavares fait polémique

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par Gilles Guillaume

PARIS (Reuters) - Les actionnaires de Stellantis se sont opposé mercredi à l'enveloppe salariale proposée au titre de 2021 pour la direction du groupe, dont la rémunération du directeur général Carlos Tavares a suscité une controverse en France en pleine campagne électorale pour l'élection présidentielle.

La résolution sur l'enveloppe de rémunération des dirigeants a été rejetée par 52,12% des voix, et a réuni 47,88% de voix pour, un vote qui n'a de valeur que consultative.

"Nous tiendrons compte de ce vote qui, je le repète, est une recommandation", a dit le président de Stellantis, John Elkann, lors de l'assemblée générale du groupe qui se tenait en visioconférence depuis son siège à Amsterdam.

Le montant de la rémunération de Carlos Tavares a déclenché mercredi une polémique dans la classe politique française et chez certains syndicats.

Salué pour avoir redressé PSA puis réussi la fusion avec FCA, Carlos Tavares devrait se voir attribuer au titre de l'exercice passé une rémunération d'environ 19 millions d'euros, dont deux millions de salaire fixe et 1,7 million de prime exceptionnelle liée à la fusion, le solde étant constitué surtout d'éléments de rémunération variable liés à la performance.

La société de gestion Phitrust, actionnaire minoritaire du constructeur, estime pour sa part l'enveloppe totale de la rémunération de Carlos Tavares à 66 millions d'euros, en évoquant notamment une attribution d'actions gratuites pour un montant estimé à 32 millions d'euros et une rémunération de long terme pour un montant évalué à 25 millions d'euros.

Un porte-parole de Stellantis a démenti ce montant de 66 millions d'euros avancé par Phitrust, le qualifiant de "faux".

"La vraie rémunération au titre de 2021 est environ 19 millions d'euros. Le reste, ce sont des éléments hypothétiques sur le long terme, jusqu'en 2028", a précisé ce porte-parole.

Dans le contexte politique de l'entre-deux tours de l'élection présidentielle en France, le sujet a néanmoins fait réagir.

"C'est une rémunération qui est indécente et révoltante", a jugé sur RMC Jean-Pierre Mercier, délégué syndical CGT, troisième syndicat de PSA, tout en reconnaissant qu'en dépit des difficultés ayant émaillé l'année 2021, marquée notamment par une pénurie de semi-conducteurs et les répercussions de la pandémie de COVID-19, le groupe avait enregistré de solides résultats.

"Il est urgent que nos politiques prennent enfin de véritables mesures sur le plafonnement des salaires de nos dirigeants", a déclaré de son côté Christine Virassamy, représentante de la CFDT, cinquième syndicat de PSA, dans un tract. "Ces situations participent, et conduisent hélas, aux prises de positions extrêmes des citoyens lors des élections."

POUR LE GOUVERNEMENT, C'EST AUX ACTIONNAIRES DE DÉCIDER

Le sujet a en effet pris une tournure politique. Interrogée en marge d'un déplacement en banlieue parisienne, Marine Le Pen a qualifié de "choquant" le montant de cette rémunération.

"C'est choquant, mais moins choquant que pour d'autres", a toutefois ajouté devant la presse la candidate du Rassemblement national, soulignant que "pour une fois", cette rémunération était associée à "de bons résultats".

Dans le camp du président sortant Emmanuel Macron, son adversaire du 24 avril, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a noté sur BFMTV et RMC que "c'est une entreprise privée et c'est à la fin les actionnaires qui décident et qui votent", soulignant cependant que cela montrait la nécessité d'une meilleure coordination européenne pour réguler et d'avancer sur la question du partage de la valeur dans les entreprises.

"Evidemment que ce ne sont pas des chiffres normaux", a-t-il ensuite précisé à la mi-journée à l'occasion du compte-rendu du conseil des ministres.

Phitrust, qui a annoncé la semaine dernière dans un communiqué avoir voté contre le rapport de rémunération 2021 présenté par Stellantis, a également fait part dans ce texte de ces réticences à l'égard d'une telle rémunération.

"Cette rémunération qui est la plus élevée des grandes entreprises en France (et probablement des groupes cotés de l'Union européenne) est-elle justifiée pour une personne qui n'est pas le créateur de l'entreprise, mais en est seulement son gérant?", interroge la société de gestion.

"Cette rémunération extrêmement élevée est-elle justifiée socialement alors que le groupe va devoir probablement faire face à de restructurations massives avec des suppressions d'emplois à la clé", ajoute-t-elle.

Phitrust estime que les pouvoirs publics ont une responsabilité dans le dossier étant donné que l'Etat français est le troisième actionnaire de Stellantis, notamment via Bpifrance qui détient 6,15% du capital.

(Rédigé par Myriam Rivet et Gilles Guillaume, édité par Bertrand Boucey et édité par Jean-Michel Bélot)

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