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PLUS: Réacteur à moitié plein pour Areva

Publié le 14 Décembre 2010

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Matthew Curtin,

DOW JONES NEWSWIRES

Céder 15% du capital d'Areva SA (CEI.FR) à des investisseurs stratégiques était censé inaugurer une nouvelle ère pour le champion nucléaire français, après des années de tergiversations. Au lieu de quoi, le gouvernement a choisi une solution provisoire et n'a levé que 600 millions d'euros en cédant une participation de 4,8% au fonds souverain du Koweït. Et les incertitudes sur la stratégie à long terme du groupe pourraient compromettre l'arrivée de nouveaux investisseurs l'année prochaine.

Valorisé 11 milliards d'euros, Areva a aujourd'hui besoin de capitaux supplémentaires. Sa dette nette atteignait 5,2 milliards d'euros fin juin, soit dix fois l'excédent brut d'exploitation attendu cet année.

Les retards et autres dépassements de coûts ont conduit le groupe à passer 2,6 milliards de provisions pour le réacteur nuclaire qu'il construit en Finlande. Les investissements annuels dépassent les 2 milliards d'euros, soit deux fois l'EBE attendu en 2011 et en 2012. Et le rachat des parts de Siemens AG (SIE.XE) dans la coentreprise entre les deux groupes coûtera 2 milliards supplémentaires d'ici à 2012.

Susciter l'intérêt des investisseurs pour un secteur aussi sensible sur le plan politique s'est révélé délicat. Les négociations avec Mitsubishi Heavy Industries Ltd. (7011.TO) ont achoppé sur l'opposition d'Electricité de France SA (EDF.FR), hostile à l'entrée de son concurrent japonais au capital d'Areva.

De même, Paris n'a pas pu se résoudre à laisser le fonds souverain du Qatar investir directement dans les mines d'uranium d'Areva.

Le gouvernement a certes décidé d'ajouter 300 millions d'euros à la somme apportée par le Koweït. Mais les investisseurs de long terme ont de bonnes raisons de se montrer craintifs. A l'exception de la Chine, les capacités de production d'électricité nucléaire progressent faiblement dans le monde. Les réacteurs d'Areva de nouvelle génération sont trop onéreux pour de nombreux clients potentiels. La France a ainsi perdu un contrat à Abu Dhabi, se laissant distancer par l'offre moins chère remise par la Corée du Sud.

Le modèle d'intégration verticale d'Areva explique également ses difficultés financières. Ses activités s'étendent des mines d'uranium à la conception de réacteurs en passant par le retraitement du combustible. Sans oublier ses projets dans l'énergie solaire et éolienne.

Le gouvernement avait laissé prévoir une restructuration plus profonde, qui aurait pu passer par la fusion de l'activité minière avec le groupe minier Eramet SA (ERA.FR), détenu à 26% par Areva.

Dans ces conditions, la France a dû promettre aux Koweitiens qu'elle ne vendrait pas d'actions Areva à un prix inférieur au cours des 18 prochains mois. Une assurance bien compréhensible pour le seul investisseur à s'être montré confiant dans les perspectives d'Areva jusqu'à présent.

-Matthew Curtin, Dow Jones Newswires; +33 (0)1 40 17 17 40; matthew.curtin@dowjones.com

(END) Dow Jones Newswires

December 14, 2010 11:15 ET (16:15 GMT)

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