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Biotechs: un succès n'en cache pas d'autres

Biotechs: un succès n'en cache pas d'autres

(Easybourse.com) Les grandes sociétés de biotechnologie peuvent se frotter les mains, leurs résultats en bourse sur le premier trimestre de 2011 confirment l'engouement croissant des investisseurs pour ce marché. Reste que dans le détail, si certaines connaissent un présent radieux, à l'instar de Genzyme, d'autres et notamment françaises, ont au contraire subi le contrecoup de la crise…

A la fin de la semaine dernière, nombre d’investisseurs ont pu constater que le secteur des biotechs avait clairement le vent en poupe.

Succès confirmés

L’indice NASDAQ Biotech de Bloomberg -indice composé de 159 valeurs ayant

au 1er trimestre, les valeurs biotechnologiques ont progressé de 7,3% sur l’indice NASDAQ Biotech

une capitalisation minimum de 200 millions de dollars- a en effet atteint un nouveau sommet vendredi dernier, portant à 285 milliards de dollars leur capitalisation globale.

Au total, au 1er trimestre, les valeurs biotechnologiques ont même progressé de 7,3% sur l’indice NASDAQ Biotech. Une progression qui se confirme par ailleurs dans les résultats financiers, puisque les ventes de l’industrie biotechnologique augmenteraient en moyenne de 15 à 20% par an, soit 4 à 5 fois plus que l’ensemble du marché pharmaceutique.

Autre observation confirmant l’évolution favorable du marché, le nombre de fusions-acquisitions a également connu «une activité soutenue» comme l’indiquent Michael Sjöström et Paulina Niewiadomska, en charge du fonds spécialisé Pictet Biotech.

Selon ces derniers, les rapprochements entre grandes capitalisations et sociétés à capitaux privés s’accélèrent, comme le confirme l’offre de rachat de Sanofi-Aventis enfin acceptée par Genzyme récemment. Dans le détail, d’après les données recueillies par France Biotech, association réunissant l’ensemble des sociétés de biotech en France, les 80 opérations réalisées en 2010 ont coûté 67,3 milliards de dollars au total.

Pour la première fois, observe d'ailleurs l’association, «l’Europe arrive en tête avec Novartis qui a réalisé 5 acquisitions, dont la plus belle avec Alcon (41,2 millions de dollars), et Sanofi-Aventis qui est en tête par le nombre».

Pour Michael Sjöström, «les valorisations sont globalement attrayantes et l'industrie des biotechnologies débute l'année 2011 en meilleure forme qu'elle n'a débuté 2010».

Perspectives prometteuses

Dans ce contexte, les perspectives s’avèrent d’autant plus prometteuses que l’environnement légal s’est largement amélioré. Pour preuves, les récentes homologations de plusieurs blockbusters dont les ventes potentielles laissent rêveur.

Les biotechs devraient nettement distancer les autres acteurs du marché des produits pharmaceutiques

Ainsi en est-il de l'Esbriet d'Intermune, qui a reçu une autorisation de mise sur le marché (AMM) de l’Agence européenne des médicaments (EMEA), du Benlysta, un traitement du lupus de Human Genome Sciences qui a reçu le feu vert de l’Administration américaine de contrôle des aliments et des médicaments (FDA), du Telaprevir de Vertex contre l'hépatite C, de l'antidiabétique Victoza de Novo Nordisk, dont le marché pourrait représenter entre 2 et 4 milliards de dollars par an, du Lumizyne de Genzyme (1 milliard) ou encore du Prolia d'Amgen (4 milliards).

En conséquence, estiment les analystes de Pictet, les biotechs «devraient nettement distancer les autres acteurs du marché des produits pharmaceutiques, avec une croissance moyenne de leur chiffre d’affaires de l’ordre de 20% sur les trois prochaines années.»

Secteur des biotechs en France : une santé fragile ?

La progression du marché des biotechs et les importantes opérations de fusion-acquisition n’empêchent pourtant pas de constater que toutes les biotechs ne sont pas logées à la même enseigne.

A en croire France Biotech, qui vient de publier son panorama annuel des sociétés de biotechnologie de l’Hexagone, ces dernières auraient en effet subi en 2010 le contrecoup de la crise. André Choulika, actuel président de France Biotech, souligne d’ailleurs que «33% des entreprises rencontrent des difficultés face à la crise : 20% relatifs à la trésorerie, 27% à la levée des fonds, 7% ont dû licencier en 2010, 5% vont devoir licencier en 2011 et 4% vont mettre en place un plan de sauvegarde

Au total, pas moins de 12 biotechs françaises, sur un total de 250, ont dû

Une société de biotechnologie est en général rentable au bout de 13 ans !

mettre fin à leur activité, en dépit de la hausse des financements accordés au secteur l'an dernier.

Les biotechs françaises ont en effet bien résisté en 2008 et 2009, malgré de grandes difficultés sur le plan financier (pas d’introduction en Bourse en 2009, et chute lourde du financement par le capital-risque sur la période). Mais les biotechs sont fragiles par nature. Comme l’a rappelé André Choulika, «une société de biotechnologie est en général rentable au bout de 13 ans !».

Au final, l’année 2010 a vu les financements reprendre. Ainsi, après une baisse de 65% en 2009, le capital-risque a quasiment triplé l’an passé pour atteindre 197,5 millions d'euros. Par ailleurs, sept biotechs sont revenus en Bourse, et pour 2011, outre celles de Tekka et de Biosynex, «d’autres introductions devraient avoir lieu (…), même s'il est difficile de savoir si ce sera autant qu'en 2010» estime le président de France Biotech.

En France, le secteur des biotechs restent donc relativement fragiles, notamment en raison des conséquences de la réforme du statut de jeune entreprise innovante (JEI) et du Crédit impôt recherche (CIR).
Nicolas Sandanassamy

Publié le 11 Avril 2011