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Faut-il miser sur la biotech française?

Faut-il miser sur la biotech française?

(Easybourse.com) Avec une hausse de près de 50% depuis le début de l'année, le secteur des « sciences de la vie » attire tous les regards. Portées par les espoirs de nouveaux traitements et l'intérêt des grands laboratoires pharmaceutiques, de nombreuses sociétés de recherche médicale se sont lancées en bourse ces dernières semaines, rencontrant une forte demande de la part des investisseurs. Mais ces espoirs ne doivent pas faire oublier qu'il s'agit d'un secteur à haut risque.

Délaissées pendant la crise par des investisseurs à la recherche de placements sûrs, les biotech font aujourd’hui un retour fracassant en bourse. Le mouvement a commencé aux Etats-Unis, où le Nasdaq Biotechnology s’est envolé de 83% l’année dernière, puis s’est propagé à l’Europe. Depuis le début de l’année, l’indice Next Biotech d’Euronext, qui regroupe 25 valeurs centrées sur la recherche et la technologie médicales, a pris 44%, signant de loin la meilleure performance sectorielle du premier trimestre. Le secteur est également le plus dynamique pour les introductions en bourse, avec pas moins de sept nouveaux entrants à Paris ces trois derniers mois : dans la foulée de l’inventeur de la piqûre sans aiguille Crossject, les sociétés Genomic Vision, Oncodesign et Genticel ont fait leurs premiers pas. Elles seront bientôt imitées par Fermentalg, Supersonic Imagine et TxCell.

« La France est le marché le plus dynamique en Europe en matière de biotech. Qu’il s’agisse d’équipements médicaux de pointe (imagerie, diagnostic, orthopédie) ou de nouveaux produits thérapeutiques, les dossiers sont nombreux et de qualité », souligne Cédric Moreau, directeur Santé chez Bryan Garnier. Cancers, diabète, maladies cardiovasculaires ou maladies rares : les recherches de la biotech française portent sur un large éventail de pathologies et promettent de véritables ruptures par rapport aux traitements existants. Or, depuis quelques mois, ce marché attire aussi les investisseurs, en particulier les fonds de capital-risque américains connus pour leur expertise dans le domaine. « Les investisseurs américains regardent ce qui se passe en Europe, notamment en France, compte tenu de l’écart de valorisation entre les sociétés françaises et américaines. Les levées d’Innate Pharma et DBV Technologies auprès de fonds spécialisés, fin 2013, ont servi de catalyseur », explique Cédric Moreau.

Environnement favorable

« L’arrivée de fonds américains sur le marché français a eu un impact majeur, confirme un analyste d’Invest Securities. Certaines sociétés ont bénéficié de la comparaison avec des entreprises américaines qui développent des produits similaires et qui sont beaucoup plus capitalisées qu’elles.» Les titres d’Innate Pharma, Genfit, Nanobiotix, Adocia ou encore Cellectis ont ainsi doublé voire triplé depuis le début de l’année. Cet engouement n’est pas sans soulever des doutes y compris parmi les investisseurs les plus avertis.
« Certaines sociétés n’ont pas encore établi la ‘preuve du concept’, c’est-à-dire la démonstration de l’efficacité de leur produit sur l’homme. Il faut par conséquent rester très prudent », souligne l’analyste. Et de rappeler : « Statistiquement, un produit en phase 1 d’essais cliniques n’a qu’une chance sur dix d’arriver sur le marché. C’est un secteur extrêmement risqué ».

Pour les investisseurs particuliers, mieux vaut donc diversifier les risques et ne pas se ruer sur le secteur avant d’avoir bien analysé le degré de développement de chaque société. Certaines, comme BioAlliance Pharma, commercialisent déjà des produits et affichent par conséquent un profil moins risqué que la moyenne. D’autres comme Oncodesign ou Cellectis ont noué des partenariats avec de grands laboratoires pharmaceutiques qui leur permettent de financer une partie de leur recherche-développement. Ce genre d’accord est souvent bénéfique pour l’activité de la société car il attire d’autres investisseurs. Cependant, il faut souvent attendre la validation clinique de l’efficacité d’un traitement, pour voir se mettre en place de véritables accords de licence ouvrant la voie à une commercialisation. « Les groupes pharmaceutiques préfèrent payer quelques centaines de millions d’euros pour un produit qui a franchi avec succès la phase II b plutôt que de miser 50 millions sur un produit en phase antérieure », souligne Miguel Sieler, directeur général de Neovacs. La société, qui développe un vaccin thérapeutique contre la polyarthrite rhumatoïde, espère bien conclure en 2015 un tel partenariat sur la base du résultat de ses études cliniques attendu fin 2014.

Tenir la distance

D’ici là, il peut se passer beaucoup de choses dans le secteur, toujours très dépendant du sentiment des marchés. Mais pour Pierre-Olivier Goineau, président de France Biotech, l’heure est à l’optimisme. « Pour une fois les astres sont alignés. De nombreux produits sont à un stade avancé de développement, les grands groupes pharmaceutiques s’intéressent à la biotech française de même qu’un certain nombre de fonds d’investissements américains, le marché boursier émet des signaux positifs. Tout cela crée une dynamique forte ». Il l’affirme : la biotech française produira dans les prochaines années un ou plusieurs « blockbusters », autrement dit des médicaments atteignant le milliard de dollars de chiffre d’affaires annuel. « Il faut juste nous laisser un peu de temps ».

Cet optimisme est tempéré par l’analyste d’Invest Securities. « Au vu des résultats cliniques publiés ces derniers mois, il n’y a pas de raison que le secteur dans son ensemble s’effondre. Il faudrait plusieurs échecs retentissants aux Etats-Unis et en Europe pour que les investisseurs le délaissent. Mais la hausse des cours ne va pas se poursuivre indéfiniment », indique-t-il. Les valeurs dont les résultats cliniques ne sont pas attendus avant 2016 ou 2017 pourraient avoir du mal à tenir la distance.

François Schott

Publié le 02 Avril 2014