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Biotech : le retour sur terre

Biotech : le retour sur terre

(Easybourse.com) Star de la bourse en 2015, le secteur biotech subit une violente correction depuis le début de l'année. Les valorisations sont en baisse en dépit de résultats cliniques encourageants. Comment expliquer ce désamour ? Peut-on espérer un rebond ? Eléments de réponse.

Interview de Marc Le Bozec

Interview

Marc Le Bozec

Fonction de l'interviewé

Financière Arbevel

Le secteur biotech n’a pas encore trouvé de remède contre les chutes de tension boursières. Depuis le début de l’année l’indice Next Biotech d’Euronext, qui regroupe les quarante valeurs européennes les plus liquides, accuse un recul de plus de 20% alors que le CAC 40 n’a perdu « que » 7%. La capitalisation boursière des 69 représentants tricolores du secteur a fondu d’1,2 milliard d’euros au mois de janvier, à 6 milliards, avec des replis situés entre 25 et 30% pour certaines valeurs phares (DBV Technologies, Cellectis, Adocia, Poxel…).

« Nous avons connu un mois de janvier 2016 particulièrement négatif sur les marchés financiers dans un contexte d’incertitude profonde liée notamment au prix du pétrole et à la croissance mondiale, rappelle Marc le Bozec, gérant du fonds Pluvalca Biotech. Dans ce contexte les investisseurs ont tendance à se réfugier sur les actifs les plus liquides et à délaisser les actifs risqués comme les start-up de biotechnologie.

A cela s’ajoute le dégonflement de la bulle biotech américaine. L’indice Nasdaq Biotech, la référence du secteur, a cédé 37% depuis son pic du mois de juillet 2015. Cette correction - modeste au regard de la hausse de 240% de l'indice depuis début 2012 - s’explique entre autres par les débats autour des prix des médicaments outre-Atlantique. « Les déclarations de certains candidats à l’élection présidentielle laissent sous-entendre que l’Etat pourrait fixer de façon unilatérale les prix ce qui constituerait un changement radical dans le système de santé américain où les prix sont aujourd’hui fixés par le secteur privé », analyse Rudi Van den Eynde, gérant du fonds Candriam Equities L Biotechnology. Même si cela semble peu probable « le débat risque de générer de la volatilité tout au long de l’année 2016. Il faudra attendre 2017 pour y voir plus clair » estime le gérant.

Malgré cet environnement plus incertain le secteur biotech recèle de nombreuses opportunités, selon Marc le Bozec. « Nous avons profité de la baisse des valorisations pour renforcer certaines de nos convictions les plus fortes telle Tigenix, société belge ayant fini positivement sa phase III pour des complications de la maladie de Crohn, ou encore Genfit et Cellectis » détaille-t-il.

Un potentiel intact

Et le gérant de souligner le flux positif d’annonces depuis le début de l’année. « Oncodesign a signé un très bel accord industriel avec Bristol-Myers Squibb ; Quantum Genomics a annoncé avoir « recruté » tous les patients de sa phase II dans l’hypertension artérielle en avance par rapport au calendrier initial ; OSE Pharma a initié sa phase III dans le cancer du poumon ; Abivax a publié des résultats positifs de phase II dans le domaine du SIDA ; Biotie (société finlandaise) a été rachetée pour près de 400 millions $ avec une prime de l’ordre de 90% sur le dernier cours de bourse », détaille-t-il. On pourrait ajouter à cette liste Genfit qui vient de publier des résultats encourageants pour son traitement contre l’hépatite non alcoolique (NASH) ou encore Innate Pharma avec des résultats cliniques décisifs attendus dans le courant du second semestre 2016 et en 2017.

Le secteur a d’ailleurs largement profité du rebond des marchés depuis la mi-février. « Une nouvelle fois l’Europe récupère plus vite que les Etats-Unis. Nous avions observé un phénomène similaire en novembre 2015 après la très forte correction d’août/septembre (autour de 30%). Sans en tirer une tendance forte, cela nous conforte dans notre thèse d’investissement soutenue par un écart de valorisation transatlantique injustifié à nos yeux », indique M. Le Bozec. Le ton est également rassurant chez Invest Securities. « Au vu des résultats cliniques publiés ces derniers mois, il n’y a pas de raison que le secteur dans son ensemble s’effondre. Il faudrait plusieurs échecs retentissants aux Etats-Unis et en Europe pour que les investisseurs le délaissent », indique un analyste.

Les biotech françaises ont par ailleurs renforcé leurs fonds propres et leur trésorerie en 2015, au travers notamment de placements privés (Erytech, TxCell, Sensorion…). Il n’y a pas de raison pour ce canal de financement se tarisse en 2016.

François Schott

Publié le 23 Février 2016