Interview de Ismael Nujurally : Directeur Général de Theraclion

Ismael Nujurally

Directeur Général de Theraclion

Notre objectif est un traitement autour de 2000€ par an et par malade

Publié le 10 Avril 2009

Pourriez-vous nous présenter brièvement Théraclion ?
Théraclion est une société qui a été fondée en 2004, par François Lacoste et Jérôme Lebon. François Lacoste est un ingénieur qui a travaillé comme directeur du département R&D dans une société lyonnaise, EDAP-Technomed, qui est spécialisée dans l’utilisation, entre autre, des ultrasons focalisés pour le traitement du cancer de la prostate.

Il s’agit d’une technologie connue que François Lacoste a commencé à développer dans le traitement des pathologies du cou et en particulier des nodules thyroïdiens. En 2004, EDAP-Technomed a décidé de se concentrer dans le domaine de l’urologie, et a donc cessé le développement de l’HIFU (High intensity focused ultrasound). Suite à cela, François Lacoste a eu la possibilité d’exploiter la licence HIFU dans les domaines de la tête et du cou. Il a donc créé la société Théraclion avec Jérôme Lebon qui était pour sa part un businessman qui avait déjà créé d’autres sociétés auparavant et qui avait une bonne connaissance du matériel médico-chirurgical…

En 2005, ils ont obtenu le financement de la société de capital-risque Truffle Capital, a hauteur de 3,5 millions d’euros. Ce financement leur a permis de poursuivre le développement animal et puis clinique chez l’homme. Parallèlement, Théraclion a obtenu de l’aide de la  part de l’Etat et de la région, en particulier d’Oséo à hauteur de 500 000 euros la première fois, puis en 2007 de l’ordre de 1,3 millions d’euros, et en décembre 2008, de 8,5 millions d’euros.

Actuellement depuis 2008, nous sommes la seule société au monde, à notre connaissance, qui utilise des ultrasons focalisés dans la région du cou, et nous sommes les premiers à avoir réalisé et à traiter des patients qui souffrent d’une pathologie appelée hyperparathyroïdie [les parathyroïdes sont des glandes situées derrière la thyroïde qui règlent l’équilibre phosphocalcique du corps et dont le déséquilibre provoque l’ostéoporose, donc des problèmes osseux].

C’est un vrai problème de santé publique compte tenu du fait que le coût de traitement de cette pathologie est énorme parce que le médicament approuvé pour le traitement chez les malades dialysés est très onéreux. Certains pays d’ailleurs ne remboursent même pas ce produit comme en Angleterre, parce que c’est cher et quand vous cessez de prendre ce médicament, la maladie repart…

Le seul traitement curatif serait la chirurgie, mais il n’est pas employé de façon régulière chez les malades dialysés puisque ce sont des malades fragiles, et quand il s’agit d’une maladie primaire [quand l’une des glandes est touchée], les patients n’optent pas pour la chirurgie parce qu’ils ne se sentent pas vraiment malade et ne veulent pas avoir une cicatrice au niveau du cou.

Avez-vous réalisé des études pour évaluer ce marché et l’intérêt de votre technologie face au traitement déjà existant ?
Notre enquête menée auprès de plusieurs experts mondiaux, en Europe, aux Etats-Unis et au Japon, montre que si on arrive sur ce marché avec un traitement non-invasif qui se fait sous anesthésie locale, ce serait un plus à la fois pour le médecin qui pourra traiter davantage de patients, pour le patient qui évite ainsi un traitement médicamenteux à vie, et pour la sécurité sociale parce que ce sera moins coûteux pour le système de santé en général.

Nous avons mené cette enquête depuis fin 2006 - début 2007, et nous avons effectué un peu plus de 25 traitements pour les parathyroïdes et nous allons faire un pré-lancement début 2010 de ce produit marqué «CE» donc certifié pour une vente en Europe.

Le marché de ce qu’on nomme le «medical device» est principalement représenté par les Etats-Unis, l’Europe et le Japon. On estime aujourd’hui que ces trois marchés représentent globalement et à minima, autour de 600 millions d’euros.

L’Europe représentant à elle seule un peu moins de la moitié, soit près de 300 millions d’euros…

A combien se monte le coût de l’appareil ou de l’opération effectuée avec ?
Nous allons procéder à des enquêtes de remboursement de cette thérapie, parce que nous n’avons pas encore défini qu’elle sera le coût par traitement dans la mesure où l’on pourrait imaginer l’inclure dans le prix de l’appareil, ou dans celui du consommable, ou encore, par procédure…

Tout cela est donc en cours d’évaluation mais ce que nous essaierons de faire, c’est que le coût de cette pathologie soit moindre que le coût du traitement médicamenteux par exemple.

Actuellement, le traitement par mois et par patient est de 600 euros, soit 7200 euros sur un an. Et si vous prenez maintenant un patient dialysé avec une moyenne de vie de 20 ans, le traitement atteindra plus de 140 000 euros ! En conséquence, si vous avez le remboursement d’un traitement par patient inférieur à 7200 euros, autour de 3000 ou 2000 euros par exemple, vous êtes nécessairement gagnant…

Notre objectif est donc de viser un traitement autour de 2 000 euros par an et par malade.

Pouvez-vous revenir sur le soutien que vous apporte Oséo, à hauteur de 8,5 millions d’euros…
Il s’agit du financement d’un projet collaboratif que nous avons avec une société d’imagerie qui se trouve à Aix-en-Provence, SuperSonic Imagine. Ce projet collaboratif vise à incorporer l’imagerie et la technique d’élastographie [mesure la dureté des tissus] de cette société avec notre thérapie de traitement.

Cela nous permettra d’utiliser un appareil d’origine française avec une technologie d’imagerie française à quoi s’ajoutera la technique d’élastographie : c’est-à-dire que l'on va pouvoir mesurer l’élasticité des tissus non traités et on va pouvoir regarder après le niveau d’élasticité des tissus traités ce qui nous fournira donc en plus un élément d’efficacité du traitement.

L’autre avantage, c’est que l’on va pouvoir «monitorer» la diffusion de la température autour des glandes traitées, ce qui est un élément de sécurité supplémentaire. Ce sera ainsi la première fois que l’on combinera appareil de diagnostic et appareil de thérapie…

Vous dites dans votre communiqué vouloir «explorer de nouvelles applications cliniques»…
Dans la mesure où nous sommes encore en train de déposer des brevets, nous sommes très prudents dans la divulgation de ces informations.

Ce que l’on peut toutefois expliquer, c’est que Théraclion est la seule société au monde qui utilise l’HIFU avec une précision millimétrique, ce que valide le marquage «CE» concernant le traitement sur n’importe quelle partie du corps humain.

Aujourd’hui, on peut donc imaginer que tout ce qui peut être vu par une échographie pourrait être traité par notre machine… Alors bien évidemment, il y a déjà des brevets qui ont été pris et des pathologies qui sont déjà couvertes, mais notre ambition est de pouvoir apporter de la valeur ajoutée à notre machine en disant que si demain, nous souhaitons explorer tel ou tel domaine, nous avons le savoir-faire nécessaire pour ça.

Il y a des indications qui nous tiennent beaucoup plus à cœur que d’autres, et pour lesquelles nous sommes en train de vérifier la faisabilité clinique sur le plan technologique et de la propriété industrielle, mais je ne peux pas vous en dire plus à ce stade…

L’aide apportée par Oséo sera-t-elle suffisante pour votre développement ou envisagez-vous déjà de réaliser une nouvelle levée de fonds ?
Cette aide nous a surtout permis de rassurer notre principal investisseur, Truffle Capital qui avait déjà remis de l’argent en décembre dernier et devrait le faire de nouveau dans les semaines qui viennent.

Nous devrions donc faire une nouvelle levée de fonds…

Cela étant, tous les leaders d’opinion, que ce soit en Europe, aux Etats-Unis ou au Japon, sont d’accord pour dire qu’il y a effectivement un besoin à satisfaire dans ce domaine-là, c’est-à-dire au niveau de la thérapie. Une solution non-invasive est donc une solution très attendue par le corps médical.

Comment comptez-vous commercialiser votre appareil ?
Nous allons utiliser les modèles qui marchent : pour ce type d’appareils, soit nous ferons de la vente directe par procédure avec nos propres ingénieurs, soit nous ferons de la vente indirecte via un distributeur spécialisé, soit encore, nous pourrions mettre des machines en location…

Au total, nous utiliserons le réseau adéquat selon les pays. Ce que nous souhaitons, c’est que l’appareil puisse être disponible le plus vite possible pour les besoins de l’utilisateur…

Propos recueillis par Nicolas Sandanassamy