Interview de André Choulika : Président de France Biotech, PDG de Cellectis

André Choulika

Président de France Biotech, PDG de Cellectis

Le secteur est majoritairement supporté par l'investissement, particulièrement en France

Publié le 13 Septembre 2010

France Biotech a publié son rapport annuel 2009 sur le secteur des Biotechs françaises, en avril dernier. Que peut-on dire de l'année 2010 ?
L'année 2010 s'avère très intéressante en termes de financements des sociétés de biotechnologies, malgré un contexte boursier relativement moyen. L'industrie des biotechnologies a en effet vu plusieurs introductions en bourse cette année et des levées de capitaux qui se sont toutes faites avec succès. Au total, 20 entreprises sont désormais cotées et on peut retenir, parmi les IPO réussies de cette année : Néovacs, Deinove, AB Science, Carmat, Novagali et Integragen. Je pense d'ailleurs que ce n'est pas encore terminé et qu'il y aura probablement d'autres introductions d'ici la fin de l'année.

Les levées de fonds en private equity ont quant-à elle progressé par rapport à 2009, quasiment à la mi-année, sachant que 2009 a vraiment été une année noire et que nous ne sommes pas encore revenus au niveau des belles années de 2006-2007. Il y a donc eu une bonne poussée cette année, favorisée notamment par les initiatives du Gouvernement avec par exemple la création du FSI, le fonds Innobio, etc.

Enfin, on observe une progression en termes de commercialisation et de validations scientifiques. Ainsi, BioAlliance Pharma a récemment enregistré son produit phare, le Loramyc®, aux Etats-Unis, et globalement, il de nombreux deals ont été signés. Au total, au regard des résultats des entreprises, le secteur de la biotechnologie a plutôt bien résisté dans un environnement qui reste toutefois difficile.

Les Big Pharmas se sont beaucoup intéressées aux Biotechs, la tendance se dessine-t-elle clairement aujourd'hui ? D'après certains analystes, les partenariats signés cette année n'ont pas été à la hauteur des espérances…
Je suis extrêmement déçu en effet, même si je pense qu'il s'agit d'abord d'un contrecoup général de la crise que subissent les grandes entreprises actuellement. Cela dit, on paye peut-être le fait qu'il y a eu de nombreux effets d'annonces indiquants que les Big Pharmas vont de plus en plus avoir besoin de nouer des alliances avec des biotechs qui disposent aujourd'hui de produits innovants. Il y a peut-être aussi le contrecoup résultant des importantes alliances réalisées par le passé aux Etats-Unis. Et il y a également eu un retournement de tendance, qui a davantage impacté les sociétés avec des projets de découverte. Il semble en définitive que les Big Pharmas sont en train de fatiguer le secteur biotech en termes financiers : on ne peut pas avoir les résultats de l'innovation des entreprises de biotech sans s'engager financièrement à les aider et à pouvoir leur faire partager les acquis des sociétés pharmaceutiques par des alliances plutôt que par des options de licence. D'autant que les cash upfront sont beaucoup plus faibles actuellement que par le passé et qu'on dénombre moins de deals signés. Il ne me semble pas pour l'instant que les Big Pharmas aient complètement redéfini leur politique de recentrage en termes de collaboration sur de l'innovation. C'est assez décevant et en total décalage avec leurs discours… En réalité le secteur est majoritairement supporté par l'investissement, particulièrement en France.

Les soutiens accordés au secteur par le gouvernement depuis le début de la crise sont-ils suffisants ?

Les efforts consentis par le Gouvernement depuis deux ans (FSI, Innobio, Crédit d'impôt recherche etc.) ont joué le rôle d'inducteur en créant une dynamique très importante vers le refinancement des sociétés, tout en attirant d'autres investisseurs dans ce secteur. Le fait que l'Etat français positionne le secteur des biotechs parmi les principaux axes stratégiques de la France est une chose très importante, dans la mesure où cela ouvre la perspective des biotechs comme étant un secteur de progrès et d'innovations futures.

Maintenant et dans les faits, les moyens accordés par le grand emprunt, ont finalement été centrés sur la recherche académique et les équipements. C'est regrettable puisqu'il n'y a rien qui vieillisse plus vite que les équipements ! Cela étant, l'argent du grand emprunt a tout de même permis de dynamiser le secteur et provoquer beaucoup de créations de projets et de réunions en consortium de sociétés pour développer des projets communs. Par ailleurs, nous espérons que le travail que prépare actuellement le Gouvernement pour restructurer le CIR permettra de mieux inciter les grandes entreprises pharmaceutiques à collaborer avec les biotechs… Nous n'y sommes pas encore, mais on ressent une vraie dynamique au sein du Gouvernement qui comprend que le secteur des biotechnologies génèrera de la croissance en France pour les années futures.

Nicolas Sandanassamy