Interview de Hervé Brailly : PDG d'Innate Pharma

Hervé Brailly

PDG d'Innate Pharma

Nous n'attendons pas de revenu significatif avant la signature d'un partenariat

Publié le 13 Septembre 2010

Les études de phase II de la molécule IPH 1101 se sont achevées récemment, où en êtes-vous de votre recherche d'un partenaire pour ce produit ?
Effectivement nous avons récemment achevé les études de phase II d'IPH 1101, qui est une molécule chimique qui active une catégorie particulière de globules blancs, les lymphocytes T gamma delta. IPH 1101 a été testé dans plusieurs essais cliniques de Phase II et nous avons obtenus des résultats favorables dans l'hépatite chronique de type C et le lymphome folliculaire, en combinaison avec le standard de soin. Les marchés potentiels que nous visons sont importants puisque, en ce qui concerne l'hépatite C, il y aurait 170 millions de personnes affectées de façon chronique dans le monde, selon l'OMS. Le marché mondial de l'hépatite C s'élevait à 2,3 Md USD en 2007 et pourrait atteindre 4,5 Md USD en 2017. Environ 66 000 nouveaux cas de lymphomes folliculaires sont diagnostiqués chaque année aux Etats-Unis. Malgré l'émergence de médicaments efficaces au cours des 10 dernières années, la plupart des patients rechutent. Rituximab, le médicament avec lequel nous nous associons dans cette pathologie, enregistre un chiffre d'affaires de plusieurs milliards de dollars par an dans cette indication.
La société cherche aujourd'hui un partenaire pour ce programme.

Quelle forme prendrait idéalement le partenariat que vous recherchez ?
Nous sommes ouverts sur différentes sortes de partenariat, bien que, pour l'instant, nous n'envisagions pas de continuer le développement du composé en interne.

Vous avez indiqué vouloir vous concentrer sur le développement de la molécule IPH 2101. Pourriez-vous revenir sur cette molécule: à quelles maladies elle s'adresse, que représente ce marché (en termes de nombre de patients, en termes financiers), quelles sont les principales échéances calendaires (recherche, lancement de produits etc.) à venir ?
IPH 2101 est un anticorps monoclonal qui potentialise l'activité antitumorale naturelle des cellules NK ("Natural Killer"). Il est développé dans deux indications principales, deux cancers du sang: le myélome et la leucémie myéloide aigue ("LAM"). Ce sont des pathologies aujourd'hui mal adressées, pour lesquelles la survie à 5 ans est de 5 à 30% seulement. L'incidence du myélome est d'environ 41 000 personnes (nouveaux cas / an) avec une mortalité de 27 400 patients par an. Pour la LAM, on parle de 13 000 nouveaux patients par an aux Etats-Unis (où l'on dispose de statistiques précises) avec une mortalité annuelle associée de 9 000 patients. Les marchés sont importants: trois nouveaux produits ont été enregistrés dans le myélome ces 5 dernières années et enregistrent un chiffre d'affaire annuel mondial de plus de 3 milliards de dollars. Dans la LAM, il n'y a pas eu de progrès majeur depuis les 10 dernières années. Ainsi, ces deux indications représentent des opportunités significatives pour un nouveau médicament, que nous estimons, dans le cas de IPH 2101 à environ 1 milliard d'euros.
IPH 2101 est entré en Phase II dans le myélome au troisième trimestre 2009, avec un premier essai débuté en France. Deux autres essais de Phase II doivent être initiés ce semestre dans le myélome aux Etats-Unis, dont l'un en partenariat avec la société américaine Celgene Corporation, leader dans le traitement du myélome. Nous attendons les résultats de ce programme à partir de fin 2011.

Quelles sont vos perspectives chiffrées ?
Nous avons aujourd'hui une situation de trésorerie solide (39m€ au 30 juin) qui nous permet de continuer d'investir dans nos programmes, IPH 2101 en premier lieu mais aussi la construction d'un portfeuille d'anticorps monoclonaux amont. Dans le même temps, nous n'attendons pas de revenu significatif avant la signature d'un partenariat.

Quel regard portez-vous sur l'évolution et le développement des biotechs françaises ?
L'industrie de la biotechnologie en France a besoin d'une success story pour vraiment décoller et attirer à nouveau des investisseurs qui, tant en bourse que dans le secteur non coté, ont eu tendance à réduire leur exposition depuis trois ans.

Nicolas Sandanassamy