Interview de Hervé Duchesne de Lamotte : ExonHit Therapeutics

Hervé Duchesne de Lamotte

ExonHit Therapeutics

L'industrie pharmaceutique devient échaudée et exige donc des preuves d'efficacité plus fortes

Publié le 20 Septembre 2010

Quels ont été les moteurs de croissance sur le semestre écoulé ?
Nos résultats ont été bons sur le semestre, sachant que le moteur principal a été le versement de l'upfront par Allergan dans le cadre de la cession de la licence d'AGN 0001 à Bristol-Myers Squibb (BMS), pour continuer son développement en phase II et III jusqu'à la commercialisation. Dans le cadre de cet accord avec Allergan, il est prévu que si une molécule de la collaboration est cédée à un tiers, nous toucherons un certain nombre de paiements : 10% du montant de l'upfront, comme nous l'avons vu au cours du semestre. Cela étant, dans le cadre de cette collaboration, il est prévu d'avoir au cours du développement en phase II et III, et lors de l'atteinte de l'étape de commercialisation, d'autres milestones qui représentent pour nous un montant total de 32 millions de dollars. Ensuite, nous obtiendrons également le versement de redevances entre 5 et 10%, en fonction des volumes de ventes. Au total, ce versement d'upfront nous a permis de maintenir notre trésorerie, quasiment au niveau du 31 décembre 2009, à 29,5 millions d'euros.

Vous indiquez dans votre communiqué, attendre la décision de l'HighMark pour finaliser l'acquisition de RedPath…
Les discussions que nous avons eues avec RedPath, nous ont indiqué que la réponse de l'HighMark était attendue pour la fin de l'été 2010, nous nous attendons de ce fait à avoir une réponse imminente. Pour l'heure, tant que cette décision n'est pas officiellement tombée, nous ne pouvons rien faire. Pour autant, nous n'allons pas attendre pendant six mois sans rien faire, nous continuons à regarder d'autres sujets en parallèle…

Vous annoncez en effet vouloir acquérir de nouvelles sociétés dans le diagnostic. Quelle enveloppe budgétaire vous êtes-vous fixée ? Quel profil de société visez-vous ?
Concernant l'enveloppe budgétaire, il nous est actuellement impossible de vous répondre : nous pouvons en effet avoir des acquisitions entièrement réalisées par échange d'actions, ou des acquisitions en cash. A ce stade, cela dépend beaucoup des opportunités. Par ailleurs, nous attendons la décision de l'HighMark d'ici au 21 septembre, et qui déterminera l'issue de notre opération avec RedPath : soit l'opération se fait comme prévue, soit elle est annulée, soit nous devons renégocier les conditions de la transaction. En fonction de ces trois possibilités, nous aurons soit des réserves de trésorerie plus faibles soit plus élevées, il est donc globalement difficile de déterminer à ce stade les budgets que nous pourrions nous allouer pour une future acquisition.
Quant au profil des cibles, nous restons sur les mêmes critères présentés jusqu'ici (diagnostic, cancer etc.), mais avec un peu plus de souplesse en ce qui concerne la zone géographique.

Pourriez-vous revenir sur les principales avancées sur vos produits dans le diagnostic et le thérapeutique ?
Dans le thérapeutique, nous avons des produits que l'on développe en propre, et d'autres en partenariat. Dans ce dernier cas, il s'agit du partenariat avec Allergan, dans le cadre duquel nous avons, d'une part, cédé la licence d'AGN 0001 à BMS comme indiqué plus tôt, et d'autre part, nous avons fait entrer dans cette collaboration un autre produit, l'AGN 0003 (maladies neurodégénératives), au cours du semestre. Enfin, dans le cadre de nos développements en propre, nous avons deux axes principaux : celui de l'EHT 0202 dans la maladie d'Alzheimer, pour lequel nous n'avons pas encore de partenaires pour la phase IIb ; nous souhaitons par ailleurs développer notre activité en oncologie, notamment avec l'EHT 107 qui est au stade préclinique mais qui a déjà démontré un large spectre d'activité à des concentrations très faibles. Nous avons déposé un brevet en cours de semestre sur ce produit et nous sommes en train de faire des études de preuve de concept sur l'animal que nous devrions achever d'ici la fin de l'année. Avec ce produit, nous souhaitons nous orienter vers les cancers qui résistent aux traitements de chimiothérapie actuels.

Dans le diagnostic, nous avons essentiellement des produits comme AclarusDx dans le domaine de la maladie d'Alzheimer, qui est notre produit le plus avancé. Nous visons cette année le marquage CE, avec pour objectif, un lancement exclusivement en France, au premier trimestre 2011 dans les centres Mémoire de référence. Notre second produit a été développé en partenariat avec l'IGR : il s'agit de l'EHT Dx14, qui est un produit dans le cancer du sein et qui permet de conclure sur la présence d'une tumeur bénigne ou maligne, à partir d'échantillons prélevés sur un kyste découvert lors d'une mammographie. Pour ce produit, l'objectif est de confirmer la validité de sa signature pour pouvoir lancer le produit en recherche à la fin de l'année, ce que nous sommes en bonne voie de faire. Quant à nos produits de diagnostic développés en partenariat, nous sommes en collaboration avec Biomérieux pour notre programme sur le cancer de la prostate.

Avez-vous le sentiment que les discussions avec les grands groupes pharmaceutiques sont plus difficiles, en particulier dans le cadre de collaborations ?

Cela dépend des indications dont on parle. Dans le cas de la maladie d'Alzheimer, il s'avère en effet que les discussions sont plus difficiles. Il apparaît en effet que depuis 2-3 ans, le nombre d'échecs de produits en phase III au niveau de l'industrie pharmaceutique est tel que les sociétés pharmaceutiques deviennent extrêmement prudentes et se demandent toutes quoi faire dans cette maladie puisque rien ne semble fonctionner. Ce qui nous sauve un peu, c'est le fait que la plupart de ces produits avaient tous un mode d'action un peu similaire, or notre produit a un moyen d'action innovant. Reste que, malgré tout, l'industrie pharmaceutique devient échaudée et exige donc des preuves d'efficacité plus fortes, autrement dit, ils préfèreraient que la phase IIb soit terminée.
Cela étant, dans le domaine du diagnostic, l'intérêt est très fort puisque l'industrie pharmaceutique souhaite que ses produits en développement aient le maximum de réussite, donc tout élément qui pourrait améliorer le contrôle de ce qui se passe chez le patient, les intéresse.
Aujourd'hui, on sent bien dans les deals que l'industrie pharmaceutique se positionne plus comme un réseau de distribution qui va vendre un produit tout fait à la fin, avec dès lors peu de risque de développement. L'essentiel du risque est donc assumé pas la biotech. Le problème, c'est qu'une biotech n'a pas les moyens de faire plusieurs essais cliniques de phase III, comme exigé par les autorités règlementaires, à des tarifs atteignant plusieurs dizaine de millions d'euros.

NS

Nicolas Sandanassamy