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Interview de Emeric Blond : Gérant du fonds Performance Vitae, Financière de Champlain

Emeric Blond

Gérant du fonds Performance Vitae, Financière de Champlain

Nous avons commencé à nous repositionner sur le secteur des maisons de retraite

Publié le 16 Mai 2011

Les dernières statistiques publiées par l’INSEE montrent une progression du nombre de personnes dépendantes plus importante qu’escompté. Comment miser sur le thème du vieillissement en bourse aujourd’hui ? Les maisons de retraites sont-elles le seul vecteur dans le domaine de la Santé ?
En effet, on devrait assister à un doublement du nombre de personnes dépendantes d’ici à 2060 pour atteindre 2,3 millions d’individus en France avec une accélération à partir de 2030 (+35% dès 2035) suite à l’arrivée au 4ème âge des générations du baby-boom. Après avoir réduit notre exposition aux maisons de retraites fin 2010, nous avons commencé à nous repositionner sur le secteur en avril (12% du portefeuille environ). Resté à l’écart de la hausse sur les derniers mois, nous considérons qu’il a atteint un point bas et devrait bénéficier, sur le plan réglementaire, de nouvelles annonces du gouvernement dans les prochains mois. Le fait que opérations de concentration attendues sur le marché européen tardent à se concrétiser, les a privées d’une partie de leur attrait spéculatif. En revanche, elles ont bien anticipé les baisses de remboursements sur certains médicaments et leur bonne gestion leur permet d’offrir des tarifs de plus en plus attractifs sur la partie hébergement.

Un autre bon moyen de miser sur le vieillissement de la population aujourd’hui, est le marché de l’équipement (audition, vue, ...) et du matériel médical (prothèses de la hanche, radiographie, ...) qui est le secteur le plus fortement pondéré dans notre portefeuille (environ 34%). Plus dépendant de la consommation, il a été boudé par les investisseurs mais devrait profiter de la reprise. A moyen terme, la nécessité de réduire les dépenses budgétaires, devrait également favoriser le développement du diagnostic médical (16% de notre allocation). On estime que 350 milliards de dollars sont gaspillés par an dans le monde dans des traitements inefficaces ! Il faudra donc essayer de profiter des phases de repli pour se positionner sur ce secteur déjà bien valorisé en bourse.

Nos valeurs préférées sont : TecanMDxHealthMedicaOrpéa - Amplifon

Quelles sont les spécificités de la stratégie de gestion du fonds Performance Vitae ?
Je crois que l’enjeu aujourd’hui sur le marché de la santé, c’est de capter le potentiel de croissance, qui n’a jamais été aussi important, tout en limitant la prise de risque. On s’aperçoit que la santé est un secteur extraordinairement diversifié avec de multiples sous-thématiques à découvrir mais cela requiert une véritable expertise technique car on est sur des sujets de plus en plus pointus. Il est loin le temps où l’on jouait la santé comme un thème défensif avec les maisons de retraite et les grands laboratoires ...
C’est pourquoi nous appliquons une approche que je qualifierais de « best in class » opportuniste. Nous n’hésitons pas à aller sur des zones géographiques compliquées comme les Etats-Unis où se trouve l’essentiel de l’innovation, mais nous investissons uniquement dans des leaders technologiques dont le business model est validé et/ou dont les molécules sont à un stade avancé de développement.
Pour capter le potentiel des pays émergents, nous privilégions l’investissement dans les leaders mondiaux (européens ou américains, dont une part significative du chiffre d’affaires est réalisée dans ces zones) plutôt que des sociétés locales.
Enfin, nous n’hésitons pas à nous diversifier quand un créneau devient mature. Au début de l’année, nous avons ainsi intégré au portefeuille des valeurs du secteur des logiciels informatiques dédiés à l’univers de la santé, un secteur qui devrait profiter de la réforme des systèmes de santé en Europe et aux Etats-Unis et d’un besoin d’efficience en matière de gestion pour réduire les dépenses. Je pense à des valeurs comme AllScripts aux Etats-Unis, Pharmagest en France et Compugroup en Allemagne.

Faut-il également regarder du côté des laboratoires spécialisés ?
Oui, les laboratoires spécialisés représentent environ 20% de notre portefeuille. Nous partons d’un constat simple : à l’horizon 2014, l’expiration des brevets des grands laboratoires devrait représenter 185 milliards de dollars de chiffre d’affaires, ce qui profitera directement aux fabricants de génériques (sur lesquels nous nous positionnons également). De ce fait, les grands laboratoires (5% de notre portefeuille) sont contraints de trouver de nouvelles sources de revenus. On devrait assister, dans les prochaines années, au passage d’un marché de « blockbusters » à une médecine de spécialités adressant de façon ciblée les grandes pathologies de nos sociétés (cancer, diabète, Alzheimer...). Comme le montre le graphique ci-dessous, les dépenses de R&D des grands laboratoires ont commencé à décliner depuis 2008 au profit d’une externalisation auprès de laboratoires spécialisés. C’est un mouvement de fond qu’il faut s’employer à saisir dès aujourd’hui.
La poursuite des opérations de rapprochement traduit bien cette dynamique sans qu’on puisse toutefois parler de « bulle » en termes de valorisations.
L’une de plus récentes porte sur le rachat, par Endo Pharmaceuticals (laboratoire spécialisé américain dans le traitement du cancer, l’urologie et l’endocrinologie) d’un autre acteur du secteur, American Medical Systems, positionné davantage sur l’aval de la filière (fournitures et équipements médicaux) pour un montant de 2,9 milliards de dollars (30% de prime sur le dernier cours côté). Parmi les laboratoires spécialisés, ceux-ci ont dépassé le stade de la biotech pour devenir des sociétés plus matures, potentiellement rentables, cibles possibles de futures acquisitions. C’est dans ce type de sociétés que nous investissons aujourd’hui. Ce n’est pas sans risque car le marché américain requiert une grande expertise mais les opportunités sont réelles.
En avril, l’une de nos valeurs préférées, Amarin, a bondi de 80% à l’annonce du succès d’un essai clinique de phase III de son médicament à base d’Omega 3 purifié.

Nos plus fortes convictions :AmarinSavient PharmaceuticalsPacira PharmaceuticalsMedivir

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