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Interview de Yannis  Morel : Vice-président exécutif, et directeur du business development d'Innate Pharma

Yannis Morel

Vice-président exécutif, et directeur du business development d'Innate Pharma

D'autres importants partenariats ne sont pas à exclure

Publié le 28 Avril 2015

Vous avez annoncé vendredi la signature d'un accord de co-développement et de commercialisation avec AstraZeneca et MedImmune, son bras de recherche et développement de molécules biologiques. Pourriez-vous nous rappeler en quoi consiste ce partenariat ?
Ce partenariat vise à accélérer et à élargir le développement de notre anticorps anti-NKG2A, IPH2201, notamment en combinaison avec l'anticorps anti-PD-L1 d'AstraZeneca, MEDI4736, développé par MedImmune pour le traitement du cancer. Pour rappel, la voie PD-1/PD-L1 est vue comme l’une des plus prometteuses dans le traitement du cancer et c’est donc une fantastique opportunité pour nous de tester notre candidat en combinaison avec un de ses représentants.
De plus, il s’agit du plus important accord de coopération signé entre une société biopharmaceutique française et un géant de la pharmacie. Il marque clairement une phase de transformation pour Innate.

Le choix d’AstraZeneca s’est-il imposé de lui-même ?

Nous avions plusieurs candidats à ce partenariat. AstraZeneca est un des leaders et pionniers en immunothérapie des cancers, et c’est imposé au fur et à mesure de nos discussions par son ouverture à un réel partenariat et l’accès qu’il nous donnait à ses capacités dans ce domaine.

Pourriez-vous rapidement revenir sur les termes financiers de l'accord ?
Ces derniers incluent des paiements à Innate Pharma pouvant atteindre 1,3 milliard de dollars et des redevances à deux chiffres sur les ventes. Le versement initial à Innate Pharma est de 250 millions de dollars. C’est donc un accord très important en termes financiers. Ce qui est également très important pour Innate, qui est aujourd’hui une société de recherche, c’est d’avoir gardé les droits de co-développement puis de co-commercialisation. Nous pourrons opter pour une co-promotion et un partage des profits à 50/50 en Europe. C’est un véritable changement d’échelle et un accès privilégié vers la construction d’une société commerciale.

Avez-vous un horizon temporel s’agissant de la phase II pour le nouveau traitement qui sera mis en œuvre dans le cadre de ce partenariat ?

Nous avons communiqué un échéancier à 2017 concernant les résultats des essais menés par Innate Pharma. Cependant nous ne saurions communiquer sur un horizon concernant les essais de la combinaison des anticorps IPH2201 et MEDI4736 car ceux-ci sont sous la responsabilité de notre partenaire.

Quand est ce que la transaction est censée entrer en vigueur ?

Au deuxième trimestre 2015. Elle est soumise aux termes et conditions habituels, y compris l'expiration ou la fin du délai de carence prévu par le Hart-Scott-Rodino Antitrust Improvements Act.

Innate Pharma développe aujourd’hui d’autres produits prometteurs. L’annonce d’autres partenariats cette année pourrait-elle se faire concernant ces autres produits ?
D’autres partenariats ne sont pas à exclure. Entretenir des discussions avec des partenaires potentiels fait partie du travail quotidien. Se prononcer sur la probabilité d’aboutir à un accord ou sur une date éventuelle de leur annonce est néanmoins très difficile. De plus, nous travaillons au cas par cas, en fonction des besoins que nous pourrions avoir de nous adosser à des sociétés plus matures que la nôtre. Ainsi nous travaillons sur un autre produit, IPH4102, totalement propriétaire, qui adresse une indication de niche et pour lequel nous avons l’intention d’assurer le développement par nous même le plus loin possible, nous l’espérons, jusqu’à la commercialisation. Un essai clinique de phase I devrait commencer à la fin de l’année.

Au-delà de votre stratégie partenariale, la question d’un rachat par un grand laboratoire ne se pose-t-elle pas ?

Nous avons dès le départ conçu un cheminement pour la société par étape. Ainsi notre première alliance date de 2003 avec Novo Nordisk, une société danoise spécialisée dans le diabète, mais surtout dans l’ingénierie des protéines. C’était les touts débuts d’Innate, et cette collaboration de recherche et le développement a duré 6 ans. Nous avons ensuite noué un partenariat avec Bristol-Myers Squibb qui nous a permis de valider notre approche scientifique et a permis de réduire le risque de développement de l’un de nos produits phares en cédant l’ensemble des droits associés.
Avec AstraZeneca, nous sommes en quelques sortes montés sur une troisième marche, celle du de co-développement et de la co-promotion. Une participation active d’Innate sera maintenue dans la montée en puissance du produit concerné.

Dans le cadre de parcours, l’étape de l’acquisition intervient-elle ?
Ce n’est pas une voie à laquelle nous réfléchissons pour le moment mais nous sommes pragmatiques. Par ailleurs, cette décision reviendra finalement à nos actionnaires, car nous sommes une société cotée en bourse.

Quel regard portez-vous sur le rebond de votre titre en bourse ces derniers jours ? Sur 7 jours glissant, l’action gagne près de 73%.
Avant l’annonce du partenariat, nous avions une valorisation d’environ 500 millions d’euros. La hausse que vous mentionnez augmente cette capitalisation d’environ 250 millions d’euros. Ainsi, une partie de la hausse a été quasi mécanique.
Par ailleurs, de nombreux analystes ont accueilli positivement l’information divulguée, notamment Citigroup, Goldman Sachs et Leerink. Les appréciations ont été suivies par le marché. Dans un secteur technique comme le nôtre, l’ampleur de ce partenariat est vue comme une validation de notre approche et de son potentiel.


Propos recueillis par Imen Hazgui