Alors que les valeurs liées aux énergies renouvelables ont le vent en poupe depuis quelques mois, tel n’est pas le cas de Veolia et Suez Environnement. Depuis le début de l’année, les deux spécialistes français des ‘services à l’environnement’, qui assurent les services publics de l’eau et des déchets dans de nombreuses communes en France et à l’étranger, ont vu leurs titres chuter de respectivement 15% et 11%, tandis que le CAC 40 a gagné un peu plus de 3%.

Pourtant les deux groupes ont enregistré de bons résultats au premier trimestre. Veolia Environnement a annoncé une hausse de 11% de son chiffre d’affaires sur un an, tirée par la reprise des volumes dans les déchets. Le numéro un mondial des services à l’environnement a par ailleurs indiqué qu’il tablait sur une croissance de son résultat opérationnel courant de 4 à 8% cette année, ainsi que sur des plus-values liées à d’importantes cessions d’actifs. Suez Environnement a publié un chiffre d’affaires en hausse de 14% et un excédent brut d’exploitation (RBE) rehaussé de 25% par rapport au premier trimestre 2010. Il table sur une croissance d’au moins 10% du RBE, à taux de change constant, sur l’ensemble de l’année 2011.

Valorisations attractives

«Le problème de Suez et Veolia est qu’ils conservent une grosse proportion de leur activité en Europe», tempère analyste parisien. C’est ce qui explique, selon lui, la contreperformance des deux titres depuis le début de l’année. «Les incertitudes conjoncturelles pèsent sur les perspectives de l’activité Propreté (ndlr : collecte et traitement des déchets)», précise-t-il. Par ailleurs, la décision d’un certain nombre d’agglomérations françaises de reprendre en propre la gestion de l’eau crée «un petit élément d’incertitude» sur les perspectives des deux groupes en France, ainsi qu’une pression sur leurs marges.

Pour autant, la correction enregistrée ces derniers mois est largement injustifiée, selon les analystes de Crédit Suisse. Les deux cours ont atteint un niveau tel qu’ils n’intègrent aucune croissance de l’activité au cours des prochaines années. Or, les deux groupes disposent d’un potentiel de croissance supérieur à leurs concurrents : sur la période 2010-2015, Veolia devrait augmenter son bénéfice par action de 10,9%, contre 3,7% dans le secteur, estime le bureau d’études. D’où sa recommandation 'surperformance' sur le titre, et son objectif de cours de 23 euros (l’action a clôturé ce vendredi à 18,6 euros). A court terme, Suez Environnent a un potentiel de revalorisation encore plus important, selon Crédit Suisse, dont la cible de cours se situe à 17,5 euros contre 13,7 euros actuellement.

Croissance à l'international

A moyen terme, la gestion des déchets et la distribution d'eau offrent de belles perspectives aux deux groupes français, notamment à l'international. «La croissance est en particulier tirée par la Chine qui a récemment fait de l’eau une ressource stratégique et veut corriger un bilan environnemental désastreux en la matière», souligne Hans-Peter Portner, gérant du fonds Pictet Water. Par leur présence précoce sur le marché chinois, Veolia et Suez Environnement ont bâti des positions solides et devraient donc profiter de ces nouveaux investissements. «Cependant, à court terme, ces groupes mettent l’accent sur l’augmentation de la rentabilité des contrats en cours plutôt que sur la conquête de nouveaux contrats», note M. Portner. Une stratégie en général plutôt bien accueillie par les investisseurs.