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Nouvelles turbulences dans le ciel européen

Nouvelles turbulences dans le ciel européen

(Easybourse.com) Après la reprise surprise de 2010, les compagnies aériennes européennes pourraient voir leurs marges fondre comme neige au soleil cette année. Elles sont confrontées à de nouveaux défis en interne, comme en externe...

Après la crise financière qui avait grippé le trafic d’affaire dans le monde, le secteur du transport aérien pourrait connaître une nouvelle année blanche. L’Association internationale du transport aérien (IATA) a annoncé que les bénéfices du secteur ne dépasseraient pas les 4 milliards de dollars cette année, soit un chiffre divisé par deux depuis la première prévision, mais surtout très loin des 18 milliards engrangés l’année dernière.

Et pour cause, le secteur a dû essuyer une série de mauvaises nouvelles. «Le secteur évolue dans un environnement économique très incertain. Aux événements dans les pays arabes et au Japon, il faut ajouter un cours du pétrole très aléatoire qui peut impacter négativement les résultats», estime

Il existe encore des surcapacités dans la partie cargo

Naomie Hazan, spécialiste du secteur aérien chez Groupama AM.

En Europe, les compagnies aériennes sont soumises à un tassement du trafic et à l’inexorable montée des compagnies low cost. Pour consolider leur part de marché ou trouver de nouveaux relais de croissance, les compagnies aériennes européennes sont tentées par des acquisitions. Lufthansa a profité de la fragilité des petites compagnies nationales face à la crise pour s’en emparer : Swiss, Austrian Airlines, BMI, Brussel Airlines…Elle a désormais des vues sur la compagnie scandinave SAS. Pour Naomie Hazan, «il reste encore des opportunités de consolidation du secteur en Europe comme la compagnie polonaise Lot, AerLingus, Tap, Alitalia et Virgin Atlantic… Mais les compagnies cherchent à maîtriser l’opérationnel avant d’envisager de la croissance externe». L’analyste estime en effet que «les compagnies préfèrent protéger leur cash compte tenu de l'environnement économique d’autant qu’il existe encore des surcapacités dans la partie cargo».

L'Asie-Pacifique "inondée"?


Sur le long terme, les compagnies européennes sont également en proie à de nombreuses pressions externes. L’offensive des compagnies du Golfe hypothèque de plus en plus leurs positions sur la zone Asie-Pacifique. Ainsi, Air France-KLM estime avoir été sacrifié par le gouvernement français qui a accordé davantage de créneaux horaires à Roissy à ces compagnies. Etihad et Emirates ont, en filigrane, mis l’achat d’Airbus A380 dans la balance. Un contrat d’armement avec les Emirats Arabes Unis auraient également été menacé… «L’offensive des compagnies du Golfe est une préoccupation de toutes les compagnies européennes. Le risque étant que les significatives capacités supplémentaires, non seulement se traduisent par une pertes de trafic pour les transporteurs occidentaux, mais pèsent également sur les prix des lignes long-courriers, sources essentielles de rentabilité pour ces mêmes transporteurs» estime Bruno Goutard analyste, spécialiste du secteur aérien chez Euler Hermes. Pour d'autres analystes, les compagnies du Golfe profitent d'un régime plus avantageux qui les soustrait en partie de la contrainte de coûts et d'efficience des capacités.

Impossible de répondre à cette offensive par des manœuvres capitalistiques internationales, et ce, pour des raisons réglementaires. Les compagnies aériennes européennes continuent donc à développer leur alliance internationale pour donner le change. Elles cherchent également à transformer le réseau européen en un immense marché domestique, en développant de nombreuses lignes intérieures. L’harmonisation de la gestion et du contrôle du ciel européen devrait accélérer ce processus.
Nabil Bourassi

Publié le 15 Juillet 2011