Espace Services - News, articles, interviews et dossiers

Air France: la bataille du ciel français est ouverte

Air France: la bataille du ciel français est ouverte

(Easybourse.com) Après avoir installé sa première base province à Marseille afin de reconquérir son marché domestique, la compagnie nationale française doit affronter la contre-attaque d'Easyjet, mais également celle du train. Mais entre les trois acteurs, les intérêts divergent...

Air France-KLM a-t-il ouvert la guerre des prix sur son marché domestique ? Quelques jours après l’ouverture de sa première Base Province, la compagnie aérienne voit déjà ses concurrents lancer une contre-offensive. D’un côté, Easyjet, une des plus importantes compagnies low cost européennes, a décidé d’augmenter ses fréquences au départ de Nice et Toulouse. La compagnie britannique va y implanter un nouvel airbus moyen-courrier. Il s’agit de transporter 500 000 passagers supplémentaires chaque année. Rien à voir bien sûr avec les 5 millions de passagers qu’Air France-KLM vise avec son programme Base Province. Mais l’initiative d’Easyjet pourrait bien fragiliser ces plans. La compagnie historique française a fourni d’importants efforts de productivité âprement négociés avec les syndicats, afin d’obtenir un coût par siège inférieur à ceux de la compagnie aux couleurs orange. Les avions doivent augmenter leur rotation et la seule condition d’un retour sur investissement est de réaliser des volumes suffisants. Or, la riposte low cost pourrait bien coûter à Air France ses objectifs de coefficient d’occupation.

Le chemin de fer montre les crocs...


L’autre menace pour Air France-KLM s’appelle le train. Malgré les difficultés d’investissements que nécessite le réseau à grande vitesse en France, illustrées par le litige entre RFF et la SNCF, cette dernière n’est pas prête à abandonner les liaisons intérieures au profit des compagnies aériennes. D’après La Tribune, la SNCF veut mettre en avant son offre commerciale sur ce segment bien plus développé que ne le laisse croire ses rivales ailées. Elle affirme d’ailleurs que le chemin de fer dispose d’atouts non négligeables, dont celui de transporter des passagers de centre ville à centre ville sans passer par les fastidieux contrôles de sécurité des aéroports. Des opérations promotionnelles devraient accompagner cette campagne commerciale, mais la SNCF ne compte pas casser les prix. Il faut cependant relativiser le pouvoir de nuisance de la SNCF sur des grandes lignes transversales de type Brest-Marseille, une des lignes qu’Air France vient justement d’ouvrir dans le cadre de sa nouvelle stratégie. Il est évident que la compagnie aérienne dispose d’un avantage comparatif

Ce qui intéresse Air France, ce n’est pas le transport de point à point, mais la connexion

imparable qui consiste à ne pas dépendre d’infrastructures au sol lourdes. Ainsi, sur près de 80% de ces lignes province à province, le train n’est pas compétitif car affiche un trajet supérieur à 6 heures. Or, les analystes estiment que le seuil de compétitivité du train est de 4 heures.

Sur la majorité du marché domestique français, la bataille sera donc essentiellement un duel entre les low cost et Air France. Mais les enjeux divergent entre les deux modèles. «Ce qui intéresse Air France, ce n’est pas le transport de point à point, mais la connexion» explique Yann Derocles, analyste aérien chez Oddo. «Le développement du réseau moyen-courrier est nécessaire pour rentabiliser le réseau long-courrier», ajoute-t-il. Il s’agit de préserver la fameuse stratégie de hub et de correspondances qui permet à Air France de rationaliser l’occupation des lignes long-courriers aux coûts très élevés et peu compressibles, contrairement aux lignes intérieures. Air France peut partager ses coûts entre ses deux réseaux, ce que ne peuvent pas faire les compagnies low cost. Mais Yann Derocles estime que l’intérêt d’Air France n’est pas de suivre Easyjet dans sa surenchère : «il s’agit seulement de préserver son hub et alléger les coûts d’escales». Autrement dit, Air France veut seulement récupérer du trafic pour alimenter son réseau long-courrier sans pour autant sacrifier toute la chaîne de valeur.
Nabil Bourassi

Publié le 14 Octobre 2011

OK, tout accepter
Fermer