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Assurance, les impacts de la crise des subprimes

Assurance, les impacts de la crise des subprimes

(Easybourse.com) Si la crise financière que nous connaissons depuis quelques mois est fondamentalement due à un dérèglement du système bancaire, les banques ne sont pas les seules à être affectées. Les répercussions touchent également d’autres acteurs comme les hedges funds, les sociétés de gestions indépendantes… Chaque semaine, chaque jour apportent son lot de nouvelles dépréciations. Récemment encore, nous apprenions la faillite de Carlyle Capital Corp., la chute de la banque Bear Stearns.
Mais qu’en est-il des compagnies d’assurances ?

Quel a été l’impact de la crise des subprimes sur les grandes institutions financières présentes en France ? Quelles sont les perspectives à prévoir dans ce contexte de troubles manifestes caractérisé par des marchés actions volatils, plutôt baissiers, des liquidités restreintes, des inquiétudes concernant la croissance mondiale, une baisse des taux d’intérêt sur des produits sans risque, la concurrence accrue de produits d’épargne plus liquide?

Les compagnies d’assurance souffrent d’une décollecte au niveau des produits financiers et d’une moindre collecte au niveau des contrats d’assurance vie.

Un impact de la crise des subprimes limité

Il est à croire que la politique d’investissement de nos chères compagnies d’assurance a été relativement prudente, concentrée sur le long terme et sélective.

Si nous comparons la situation à celle des banques, la crise des subprimes n’a pas fait beaucoup de dégâts.

Il est à distinguer deux phénomènes générés par la crise. Tout d’abord, l'impact direct sur les performances et encours des assureurs en raison de leur exposition aux produits monétaires incriminés. La plupart des grandes sociétés ont connu, même si à des degrés moindres, une très nette dépréciation de leurs avoirs en portefeuille, qui ont eu des répercussions négatives sur leurs résultats.

Ainsi, Henri de Castries, président du directoire du groupe AXA, indique « si nous considérons le montant des dépréciations net d’impôt, les résultats 2007 ont été affectés à hauteur de 300 millions d’euros, et le bilan de 300 millions d’euros. L’impact total est donc de 600 millions d’euros pour un groupe qui gère 1 300 milliards euros d’actifs, qui a 300 milliards d'euros de placement obligataire ou de type obligataire dans ces actifs d'assurance et qui génère 6 milliards de résultats». Complétant  «cela s'explique par le fait que nous savons des actifs de qualité et très diversifiés ainsi que par le fait que nous avons des systèmes de contrôle des risques très performants».     

Et Antoine Lissowski , directeur financier de CNP Assurances, d’indiquer à son tour «l’impact par des investissements indirects a été inférieur à 10 millions d’euros. Si nous considérons l’ensemble de la titrisation, les CDO, ABS…, l’impact pour CNP Assurances avant impôt était de 47 millions d’euros, un chiffre très modeste par rapport à l’ensemble des acteurs financiers». Ajoutant : «Nous n’achetons en pratique que les produits que nous comprenons parfaitement et que nous estimons pouvoir produire des résultats sur longue période sans risque». 

Helman le Pas de Sécheval, directeur financier du groupe Groupama, signale que «le groupe n’avait aucune exposition au subprime US et des engagements très limités sur les diverses expositions au crédit (dette privée à taux variable, titrisation). Par ailleurs, il n’y avait aucune exposition directe sur les assureurs monoline».

Le groupe Allianz a essentiellement connu des pertes par sa  filiale bancaire, Dresdner Bank. Sa banque de financement et d'investissement a enregistré une perte de 549 millions d'euros en 2007. «Les performances du groupe dans son activité d'assureur (le résultat net d'Allianz a progressé de 13,5% l'an dernier, pour atteindre le niveau record de 7,97 milliards d'euros) lui ont permis de compenser les dépréciations subies», signale Michael Diekman, président du groupe.

D'autre part, la crise des subprimes a eu une conséquence indirecte par le phénomène de décollecte, la chute des marchés ayant incité les institutionnels et les particuliers à récupérer tout ou partie de leur épargne pour la placer sur des supports plus sûrs. Cela a eu des incidences sur les divisions AM de pratiquement tous les assureurs.

Ainsi, Jean-Pierre Hellebuyck, vice-président et directeur de la stratégie d'AXA IM déclare : «Nous avons dû faire face à des rachats. Nous avons eu une forte décollecte dans la partie monétaire, environ 8 milliards d’euros. La crise de cet été ayant concerné en premier lieu les produits monétaires, c’est logiquement sur ces fonds que nous avons connu la plus forte décollecte, en particulier sur les fonds tiers».

Géraud Brac de la Perrière, président d’Allianz Global Investors France, annonce pour sa part une décollecte, de 1,5 milliard sur les gestions monétaires.

Des perspectives d’évolution difficiles à déterminer

Si les impacts de la crise des subprimes sont limitées, les acteurs de l’assurance pourraient être indirectement affectés par l’évolution du marché boursier.

«La crise que nous traversons est certainement la plus importante crise depuis la seconde guerre mondiale», signale Jean-Pierre Hellebuyck, vice-président et directeur de la stratégie d'AXA IM. Précisant, «le monde est frappé par trois chocs, une crise de l’immobilier née aux Etats-Unis et qui s’est répandue dans de grands pays européens comme la Grande-Bretagne ou encore l’Espagne ; une crise du crédit qui fragilise un système bancaire dont le modèle de développement  est remis en question et un choc des matières premières qui entretient un climat de hausse des prix. Les craintes de croissance faible et d’inflation élevée affectant davantage les marchés et le comportement des investisseurs».

Ces marchés chahutés, volatils rendent difficiles l’établissement des perspectives d’évolution.

Selon Henri de Castries, «si ces marchés se stabilisent à leur niveau actuel, nous continuerons à avoir une croissance positive de notre chiffre d’affaires et de notre résultat. Pour le moment, notre chiffre d’affaires aux Etats-Unis est en croissance par rapport à l’exercice précédent. Cela témoigne de la solidité de notre business model. Cependant, il est certain que 2008 sera une année plus difficile. Le taux de croissance des bénéfices à 15% en moyenne par an défini dans le cadre de notre plan stratégique sera difficile à atteindre». 

Michael Diekman, président d’Allianz, déclare dans le rapport annuel du groupe que la crise sur les marchés financiers rendait ses objectifs de profits plus difficiles à réaliser. L’augmentation du bénéfice opérationnel de 10% par an en moyenne jusqu'en 2009 est devenue une cible beaucoup plus ambitieuse. «Etant donné les incertitudes actuelles et la possibilité de nouvelles dépréciations, il n'est pas possible de livrer une prévision fiable sur la contribution du segment bancaire aux résultats du groupe».

Le président de l'assureur allemand conclue en indiquant que les marchés financiers ne reviendront pas «dans des eaux calmes jusqu'à ce que les incertitudes soient levées sur la nature des risques économiques provoqués par la crise immobilière américaine».

Antoine Lissowski , directeur financier de CNP Assurances, déclare, quant à lui, «nous pouvons dire que nous espérons une croissance du résultat net courant d’au moins 10%», s’empressant de préciser « sauf évolution très négative du marché financier ou du marché de l’assurance».

Une tendance sur le long terme qui se veut rassurante…

Selon Roland Lescure, directeur des gestions au sein de Groupama AM, «même si le feu est important, un certain nombre d’extincteurs ont été mis en place afin d’éteindre l’incendie». L'allusion est faite aux différentes réactions de la part des autorités monétaires, budgétaires, politiques en général, qui ont été très rapides et très fortes, mais également aux injections importantes de liquidités, aux baisses de taux, aux paquets fiscaux, aux réflexions menées afin de mieux encadrer le développement des banques et de mieux réguler le modèle de titrisation.
«Nous sommes relativement optimistes sur les marchés à l'horizon d’un an. Ainsi, nous nous attendons à un rebond des marchés actions de près de 10% d’ici à un an, à un arrêt relatif de la baisse des taux longs par rapport aux niveaux actuels, à une baisse continue des taux courts. Aujourd’hui, les taux américains sont de 3%. Nous attendons un point bas à 1,5%. En Europe, nous anticipons un point bas aux alentours de 3%» signale Roland Lescure.

Et Helman le Pas de Sécheval, directeur financier du groupe Groupama, ajoutant «notre scénario macro-économique et boursier reste par ailleurs globalement optimiste sur l'ensemble de l'année 2008 en considérant que nous touchons actuellement des niveaux planchers ».

Un rebond des marchés actions de 10%  est la bienvenue car si on en croit Jean-Pierre Hellebuyck, «les actions représentent une des classes d’actifs qui assure les meilleures marges et le potentiel de développement est considérable».

…confortée par le coussin de sécurité que constituent des pays émergents

Selon Helman le Pas de Sécheval, directeur financier du groupe Groupama, «si les indicateurs de conjoncture économique reflètent effectivement un ralentissement en Europe sous l'effet du net fléchissement américain. Il ne faut toutefois pas occulter le découplage avec les économies émergentes et le maintien de la croissance mondiale à un niveau élevé».

Roland Lescure, de préciser : «Il y a de véritables réalités économiques. La croissance des pays émergents demeure robuste, bien orientée et une partie de cette croissance est relativement autonome. Si le découplage n’est pas entier, le ralentissement devrait être moins prononcé».

C’est ainsi que Jean-Pierre Hellebuyck déclare «nous avons trois priorités : renforcer notre présence en Asie au travers le développement de nos joint-ventures en Chine et en Inde, et accélérer notre croissance au Japon ;  augmenter nos parts de marché en Europe dans des zones comme la Scandinavie, l’Europe de l’Est ; renforcer notre position au Moyen-Orient où nous avons déjà un bureau au Qatar, l’idée étant d’être encore plus proche d’une clientèle qui dispose de moyens importants compte tenu de la hausse des prix du baril de pétrole».

Henri de Castries, de compléter « nous avons racheté les minoritaires sur un certain nombre de pays de la zone méditerranée, Maroc et Turquie. Nous avons accru notre pénétration en Europe centrale, Ukraine, Hongrie, Russie. Nous avons été très actifs en Asie du Sud Est avec la Corée et le Vietnam et au Mexique par le biais de l’acquisition de la filiale dommages d’ING.
Nous poursuivrons notre expansion dans ces mêmes régions si des opportunités se présentent et si les prix sont raisonnables
».

Imen Hazgui


Publié le 31 Mars 2008