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Interview de Frédéric Granotier : Directeur Général Délégué et Directeur du Pôle Commerce de Poweo

Frédéric Granotier

Directeur Général Délégué et Directeur du Pôle Commerce de Poweo

Il y a eu des pertes au 1er semestre en raison de la faiblesse des prix notamment sur le marché de gros.

Publié le 14 Février 2008

Poweo vient de publier un CA de 363,1 millions d’euros sur l’exercice 2007, en hausse de 48,5% par rapport à 2006. Quel commentaire vous inspire ces chiffres ? Quels ont été les moteurs de croissance sur le dernier trimestre ?
Nous sommes évidemment très satisfaits de cette progression du chiffre d’affaires à 363,1 millions d’euros sur l’exercice 2007, soit près de 50% de mieux que l’an dernier. Cette belle performance a été particulièrement soutenue sur les derniers trimestres, ce qui est de très bon augure pour l’exercice 2008.

Ainsi, on constate que sur le quatrième trimestre 2007 par rapport à 2006, la croissance du chiffre d’affaires est de 67,1%, ce qui s’explique par l’arrivée de nouveaux clients, publics ou privés, pour un début de fourniture d’électricité en septembre ou en octobre. Ce sont des contrats qui ont déjà commencé à porter leur fruit sur le quatrième trimestre 2007, et qui vont se poursuivre sur l’année 2008.

Quel a été le montant des pertes dû à l'activité Energy Management et comment envisagez-vous de redresser le cap ?
Il y a effectivement eu des pertes au premier semestre en raison de la faiblesse des prix notamment sur le marché de gros. Cette situation nous a conduit à vendre nos positions longues avec une perte.

En revanche, au second semestre, les prix ont été beaucoup plus élevés, en particulier au dernier trimestre, ce qui nous a permis de revendre nos positions longues avec une marge positive suffisamment significative pour que sur l’ensemble de l’année, cette activité ressorte légèrement positive de 0,2 million d’euros.

Quelle part de marché détenez-vous aujourd'hui ? Quel est votre objectif sur l’exercice suivant ?
Dans le marché des professionnels, ouvert depuis 2004, nous détenons un peu plus de 2% de part. Nous souhaitons faire croître cette part de marché sur les mois et années qui viennent.

Quant au marché des particuliers, cette part reste encore faible puisque ce marché n’est ouvert que depuis le 1er juillet 2007. Dans le détail, on constate que le nombre de clients qui délaissent les tarifs réglementés depuis cette date, reste encore très faible notamment au second semestre 2007, en raison du problème de la «réversibilité», c’est-à-dire la possibilité pour les clients qui quittaient le tarif réglementé de pouvoir y retourner…

Justement la promulgation de la nouvelle loi sur la réversibilité, qui autorise désormais le retour au tarif réglementé, a-t-elle déjà eu un impact positif en termes de recrutement de nouveaux clients ? Va-t-elle vous permettre de dépasser l'objectif d'un million de clients particuliers fixé pour 2010 ?
Il y a effectivement un impact sensible depuis cette promulgation, mais qui devrait nous être très favorable à mesure que les Français en prendront connaissance. Nous devrions ainsi accélérer le recrutement de nouveaux clients.

Toutefois, nous n’avons pas encore révisé à la hausse notre objectif d’un million de clients particuliers en 2010, mais nous espérons bien entendu faire mieux.

En termes d'approvisionnement, quelle est votre stratégie et comment se traduira-t-elle dans vos résultats ?
Notre stratégie vise à établir un équilibre entre des contrats à long terme avec EDF –nous leur achetons de l’électricité d’origine nucléaire, en échange de quoi nous allons leur vendre de l’énergie provenant de notre centrale à cycle combiné à gaz de Sambre-, et nos propres capacités de production dont la première sera opérationnelle dans moins d’un an.

L'association de consommateurs l'UFC-Que Choisir affirme que les nouveaux opérateurs, dont Poweo, vendent à perte en attendant que les tarifs réglementés disparaissent. Au-delà de la polémique, cela pose néanmoins la question : comment faites-vous pour proposer et tenir l’engagement de tarifs inférieurs de 10% aux tarifs règlementés ?
Il s’agit bien d’un engagement, dans la mesure où nous nous sommes engagés dans nos conditions générales de vente, à être toujours moins chers que le tarif réglementé d’EDF.

Nous pouvons y parvenir pour deux raisons :
- la première, grâce à notre accord d’échange avec EDF par lequel nous pouvons acheter de l’énergie nucléaire à un prix calculé en fonction du coût de revient de l’électricité nucléaire, plus une marge pour EDF, mais ce prix est ainsi décorrélé des tarifs du marché
- la seconde, par nos actifs de production : le fait d’investir plusieurs milliards d’euros dans la construction de capacités de production nouvelle en France, nous permet en effet de sécuriser, en quantité et en prix, nos approvisionnements sur le très long terme.

Toutes ces raisons font que nous pourrons être compétitifs par rapport aux tarifs réglementés d’EDF et prendre cet engagement sur le long terme vis-à-vis de nos clients qui feront ainsi des économies sur la durée.

Où en êtes-vous de votre projet d'éoliennes off-shore dans la baie de St Brieuc ? Vous aviez rencontré quelques difficultés avec le comité local de pêche…
Le projet progresse et nous avons bon espoir de rallier tout le monde à notre cause. Nous sommes en discussions mais aucune décision n’a encore été prise. Il faut que l’on démontre aux pêcheurs que les mâts des éoliennes sont suffisamment loin et ne présentent pas de nuisance pour leur activité. 

Nous sommes bien évidemment très soucieux du respect de leur travail et de l’écosystème, mais nous pensons que le compromis est possible.

Vous avez annoncé un objectif de 25% dans les énergies renouvelables d'ici à 2012. A quelle part se monte actuellement ces énergies dans votre offre ? Comment comptez-vous y parvenir ?
Nous avons décidé d’incorporer par défaut 25% d’électricité verte dans toutes nos offres commerciales pour les particuliers et les professionnels, sachant que nous avons également lancé de nouvelles offres il y a trois semaines.

Nous proposons donc déjà à tous nos clients de consommer 25% d’énergie verte, une énergie que nous souhaitons vraiment démocratiser. Il s’agit d’une demande forte de nos clients qui nous apparait d’autant plus légitime étant donné la problématique du réchauffement climatique que nous connaissons aujourd’hui.

Nous comptons y parvenir à l’aide de notre plan industriel, et notamment dans le cadre de nos activités de production d’énergie renouvelable -nous détenons déjà une capacité significative de 41MW en éolien-, qui doivent, à terme, représenter 25% de l’énergie produite. 

Souhaitez-vous toujours investir dans le nucléaire, notamment dans un réacteur de troisième génération (EPR) ?
Nous avons toujours déclaré souhaiter détenir une participation minoritaire dans le nucléaire. Ceci étant, il s’agit de discussions très longues et très politiques, et pour l’heure, nous n’avons toujours pas été invités à dialoguer avec le gouvernement ou EDF sur le sujet… 

D'après un communiqué de Poweo, le projet de centrale à cycle combiné (gaz et vapeur) de 800 mégawatts à Beaucaire (Gard) a pris du retard mais une décision d'investissement pourrait être prise d'ici à juin... Avez-vous de nouveaux éléments à nous fournir à ce sujet ?
Le projet a effectivement pris quelques mois de retard, en raison principalement de l’opposition des viticulteurs qui travaillent à proximité de la centrale. Mais là encore, nous avons pris -et nous prenons- le temps d’expliquer pour convaincre du bien fondé de ce projet et de son utilité pour la région.

Nous sommes très confiants sur notre capacité à y parvenir, mais cela prend simplement un peu plus de temps que prévu.

Dans un marché de l'énergie où la taille est un élément décisif, Poweo peut-il rester indépendant ? N'êtes-vous pas l'objet de convoitises de la part de concurrents et de groupes étrangers ?
Il est vrai que Poweo est un actif rare sur le marché de l’énergie français, qui sera sans doute de plus en plus convoité et courtisé par les géants européens, néanmoins notre souhait est de demeurer indépendant le plus longtemps possible.

Nous sommes convaincus que c’est en étant indépendant que nous serons les plus réactifs et les plus innovants, et que nous créerons le plus de valeur pour nos actionnaires.

Sur le plan boursier, votre titre a amorcé un redressement mais affiche encore une décote de 33% par rapport au record inscrit durant l'été 2007. Comment expliquez-vous cette baisse de régime ?
Il semble que nous n’avons pas été épargnés par la baisse générale des marchés. Nous restons dans la norme, malheureusement, mais il n’y a vraiment pas de raison fondamentale qui l’expliquerait.

Quel message souhaiteriez-vous adresser à vos actionnaires ?
Je tiens à les remercier de leur confiance et je les encourage à poursuivre dans ce sens, dans la mesure où nous sommes convaincus qu’il reste encore énormément de valeur à créer sur le secteur de l’énergie en France.

Propos recueillis par Nicolas Sandanassamy