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Interview de Jérôme Contamine : Directeur général exécutif de Véolia environnement

Jérôme Contamine

Directeur général exécutif de Véolia environnement

Nous anticipons une croissance de plus de 10% de nos activités et de nos résultats

Publié le 10 Mars 2008

Le groupe Veolia Environnement affiche de très bons résultats. Le chiffre d’affaires est en hausse de 14%, le résultat opérationnel en augmentation de 17% et le résultat net récurrent pour le groupe en croissance de plus de 22,3%. Quels ont été les moteurs de ces performances ? Quels ont été les secteurs les plus porteurs ?
Tous les secteurs ont vu leur croissance organique s’élever de près de 8%. Les activités du groupe se sont inscrites dans une dynamique globale. Les relations commerciales, les opportunités ont été assez homogènes.

En outre, nous avons fait des acquisitions dans certains secteurs qui ont permis d’accentuer la dynamique. Ainsi en a-t-il été du secteur du traitement des déchets qui est en hausse de 20%. Nous avions eu l’occasion d’acheter à la fin de l’année 2006  Cleanaway en Grande Bretagne, ce qui nous a permis d’être le premier opérateur de déchets dans le pays avec près de 15% de parts de marché. Nous avons également pris position en Allemagne dans le même secteur en rachetant la société Sulo en milieu d’année, le deuxième opérateur de gestion de déchets en Allemagne. Enfin, nous avons pu nous développer de la même manière en Italie par le biais du rachat de TMT, 1er opérateur privé sur le marché du traitement thermique des déchets. Tout cela a eu un impact positif sur les résultats du groupe.

Dans l’eau, nous avons acquis une société de contrats de gestion d’eau en Grande Bretagne, Thames Water, et en Irlande du nord.

Si tous les secteurs ont bien performé, pour autant, ils ne sont pas tous au même niveau de maturité. La branche la plus mature est celle de l’eau. Nous avons alors pour objectif de maintenir nos activités dans ce secteur à un niveau élever et de continuer à faire de la croissance en maintenant les niveaux de profitabilité.
Les branches propreté et transport sont dans une phase de croissance forte. La profitabilité n’est pas encore à son maximum.

Dans ce contexte de dégradation de la conjoncture économique, avec une éventuelle entrée en récession de l’économie américaine, un fort ralentissement de la croissance en Europe, quelles sont les perspectives du groupe pour cette année ?
Nous avons la chance d’être dans des secteurs d’activité peu dépendants de la conjoncture. Nous rendons des services de base : d’accès à l’eau, de traitement des eaux usées, de gestion des déchets municipaux, de fourniture de chaleur, de gestion de transport public…
Le difficile environnement économique que nous connaissons, touchera marginalement nos clients industriels.

Compte tenu des contrats que nous avons signés, nous sommes en croissance.

Par ailleurs, les contrats qui nous lient à nos clients sont des contrats de long terme. La durée moyenne résiduelle de ces derniers est supérieure à 10 ans. Cela nous donne une grande visibilité sur la tendance.

Par conséquent, nous anticipons une croissance de plus de 10% de nos activités et de nos résultats (résultat d’exploitation et résultat net).

Est-ce que la parité euro/dollar a eu un effet d’érosion sur la valeur du groupe ? Quelles sont les prévisions pour cette année ?
Nous ne sommes pas un exportateur, mais un opérateur de services locaux. Dans tous les pays où nous opérons, nos revenus, notre chiffre d’affaires, nos coûts sont dans la même monnaie. Par conséquent nous ne sommes pas en risque d’exportation.
Si nos activités aux Etats-Unis supposent des revenus et des coûts en dollars qui doivent être convertis en euro dans nos comptes, l’effet est relativement marginal.

En 2007, nous avons fait 2,5 milliards de résultat opérationnel. Si le dollar varie de 10 cents contre l’euro, cela va peser pour 25 millions, soit 1% du résultat opérationnel.

De plus, nous avons une politique de couverture naturelle et historique.  Nous adossons nos financement sur notre cash flow par pays et par monnaie.
Nous avons 10% de nos activités en dollar et 10% de notre dette en dollar. Cela réduira sur la valeur nette du groupe l’impact de la variation du dollar.

S’agissant des acquisitions, de quelle marge de manœuvre disposez-vous ? Quelle est votre flexibilité financière ? Quels sont les zones et les secteurs que vous regardez en particulier ?
Nous avons réalisé une augmentation de capital l’année dernière de 2,6 milliards d’euros, en cela nous avons accru notre marge de manœuvre. Celle-ci est significative, de plusieurs milliards d’euros.
De ce fait, nous avons pas de difficultés à financier notre croissance organique et à saisir les opportunités de notre croissance externe.

En termes de zones géographiques, nous pourrions faire des acquisitions significatives en Europe et en Amérique du Nord.
Il n’y a pratiquement pas de sociétés à acquérir, notamment en Asie.

Nous sommes très ouverts dans nos quatre branches d’activité. Nous n’avons pas établi de priorités. Parce que nous sommes de loin le leader du marché de l’eau, il y a moins d’opportunités dans ce secteur, la croissance sera davantage organique. La situation est  différente pour les secteurs de la propreté ou de l’énergie.

Un petit mot sur votre présence en Chine où les activités de Veolia environnement sont en forte expansion ?
Nous sommes présents en Chine dans le secteur de l’eau, avec près de 25 contrats qui correspondent à une population de l’ordre de 30 millions d’habitants. Nous allons également nous développer dans le secteur de la propreté en particulier dans des grandes villes comme Shanghai, Shanping et Canton. Nous avons développé une activité de gestion de chaleur par le biais de deux grands contrats à Harbin et dans le nord du pays.
Dans le transport, nous sommes à la recherche d’opportunités de contrats.

La Chine représente aujourd’hui un peu moins de 2% de notre chiffre d’affaires, beaucoup plus en activité réelle, car un m3 d’eau se vend moins cher en Chine qu’en Europe. Nous visons un doublement de cette part à l’horizon 2012/2013.

En dépit des bons résultats du groupe, le titre a connu une baisse relativement significative : -13% en une semaine, -6% à l’annonce de vos résultats. Comment expliquez-vous une telle réaction du marché ?
Le marché est extrêmement volatil. Le titre s’est très bien tenu depuis le début de l’année. La baisse a été plus faible que la tendance du marché.

En outre, nous avons cru l’année dernière de 7% alors même que le CAC ne croissait quasiment pas. Les années précédentes, notre taux de croissance avait été très supérieur.

Je pense que les mouvements s’expliquent par les positions courtermistes prises par certains acteurs qui, n’ayant pas eu la possibilité d’égaler les profits sur d’autres titres, sont venus dégager des profits sur notre titre.

Je reste optimiste sur l’évolution. Nous avons présenté de bons résultats, en ligne avec nos orientations. Nous avons confirmé notre intention de croître de 10% cette année et à l’avenir.

Un dernier mot pour vos actionnaires, notamment s’agissant de la politique de versement de dividendes que vous envisagez ?
Depuis plusieurs années, nous avons souhaité avoir une politique d’augmentation régulière des dividendes, de 10 à 15% par an. Nous proposons pour 2007, une augmentation de 15,2% à 1,21 euros au lieu de 1,05. Nous avons plus que multiplié par deux entre 2004 et 2007 les dividendes versés aux actionnaires.

Nos activités sont dans une tendance de long terme, et sont assez peu soumises à l’évolution de la conjoncture. Nous avons une grande confiance dans l’avenir du groupe et dans l’évolution de ses résultats et de sa profitabilité.

Propos recueillis par Imen Hazgui

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