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«Ce qui nous sort aujourd'hui de la crise de la zone euro ce sont trois caractéristiques très indésirables à long terme»

«Ce qui nous sort aujourd'hui de la crise de la zone euro ce sont trois caractéristiques très indésirables à long terme»

(Easybourse.com) Pour Patrick Artus, responsable des études économiques au sein de la banque Natixis, auditionné par la commission des finances du Sénat mercredi 8 février au sujet de la zone euro, si la situation dans la région semble s'améliorer, c'est grâce à trois paramatères «horribles » dans leurs conséquences à long terme.

Le premier paramètre mis en avant est une renationalisation de l’épargne. «Nous observons qu’à l’heure actuelle, les épargnants français ne prêtent qu’à la France, les épargnants italiens ne prêtent qu’à l’Italie et ainsi de suite… C’est d’ailleurs parce que les épargnants allemands refusent de prêter aux autres pays qu’une gigantesque bulle est en train de se créer sur le compartiment obligataire allemand».

Cette situation est jugée totalement absurde par l’économiste sur le long terme. «Pourquoi avoir l’euro, une monnaie commune à 17 Etats, si l’épargne reste cantonnée à l’intérieur des frontières de chacun des pays. Il faut absolument que cette épargne circule, que les investisseurs allemands en particulier au lieu d’acheter leur dette publique nationale qui ne rapporte plus rien se remettent à financer le reste de l’Europe».

La deuxième déviance qui s’est dessinée avec la crise selon M Artus concerne la baisse drastique de l’investissement public. «Ce que nous faisons est en train de tuer la croissance potentielle de la zone euro sur le long terme. On a à la fois une forte réduction des investissements des entreprises et une forte réduction des investissements publics dans la mesure où les Etats veulent faire disparaitre leur déficit et qu’il est plus facile de couper les investissements publics que les autres dépenses des Etat

Ce constat est partagé par Gilles Moëc, chef économiste à la Deutsche Bank également auditionné par la commission des finances du Sénat. «Il est évident que les programmes d’ajustement budgétaires conduisent à une réduction de l’investissement public parfaitement contraire à l’effet recherché, la soutenabilité de la dette publique sur le long terme».
Ce dernier prend alors comme exemple ce qui se passe au Portugal. «Les réformes structurelles préconisées dans ce pays touchent essentiellement le marché du travail alors que le pays a l’un des taux de chômage structurel les plus bas d’Europe, a un taux d’emploi parmi les plus élevés d’Europe. En revanche, le Portugal a un problème au niveau de la qualification de sa main d’œuvre. La concurrence est directe avec les pays émergents. Pour remédier à cet handicap, Lisbonne devrait investir dans l’éducation. Or en 2011 l’investissement public dans l’éducation a énormément baissé».
L’expert termine son explication en signalant comprendre une telle démarche de la part des autorités politiques européennes. «L’investissement public ne créée pas de créances acquises par la population. Les tensions sociales qui résultent de son affaiblissement sont moindres. On peut de ce fait mesurer les difficultés politiques des dirigeants à protéger ce type d’investissement».

La troisième et dernière anomalie découlant de la crise decelée par Patrick Artus, qui de prime abord contribue à apaiser le stress des marchés financiers mais qui a long terme pourrait bien s’avérer un danger pour la zone euro réside dans le rôle que l’on a attribué à la BCE et aux banques par rapport aux Etats. «Aujourd’hui la BCE et les banques sont les financeurs à long terme des Etats. Ce n’est pas leur métier. Qui plus est, la régulation de Bâle avec le ratio de liquidité incite les établissements bancaires à davantage investir dans les obligations souveraines. Nous allons à mon sens dans la mauvaise direction».
L’économiste en chef de Natixis en veut pour preuve ce qui se passe au Japon. «Le déficit public du Japon est depuis 20 ans financé par les banques japonaises. Les entreprises de ce fait ne peuvent pas obtenir de crédits bancaires de manière aisée ».



I.H.

Publié le 10 Février 2012

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